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Un Français à Denver

politique

04/09/2008 - Stéphane Fouks, coprésident d'Euro RSCG Worldwide et consultant en communication politique à ses heures, a assisté à la convention démocrate de Denver. Regard d'un observateur averti.

En 1980, Stéphane Fouks, alors jeune étudiant, assistait à sa première convention démocrate au Madison Square Garden de New York. Vingt-huit ans plus tard, le coprésident exécutif d'Euro RSCG Worldwide ne pouvait manquer la convention "historique" de Denver, lançant officiellement, du 25 au 28 août, la candidature du démocrate noir Barack Obama à la présidentielle américaine.

Conseiller des grands patrons français, Stéphane Fouks a toujours fait de la communication politique son "hobby". Il a notamment conseillé Michel Rocard et Lionel Jospin en France, Ehoud Barak en Israël et Aleksander Kwasniewski en Pologne. "Si j'assiste aux conventions démocrates depuis toutes ces années [Denver est la sixième à son actif], c'est que j'y trouve des choses à transposer en France et pas seulement en communication politique", reconnaît-il.

En observateur avisé, Stéphane Fouks sait combien cet événement politique devenu planétaire ne se résume pas à un seul grand show à l'américaine avec pom-pom girls et paillettes. "Hormis les médias français, plus présents que par le passé, la totalité de la délégation française ne dépassait guère celle... du PS belge", déplore-t-il.

Conçu pour faire de l'audience

Certes, le modèle américain n'est pas totalement transposable en France: "L'exhibition typiquement américaine de la vie familiale des candidats, par exemple, fait sourire, voire agace les Français. Mais, sur place, ils ne sont pas les derniers à se laisser prendre par l'émotion de l'événement." Car, si depuis le début des années quatre-vingt la forme des conventions américaines n'a guère changé, "la capacité à écrire une dramaturgie pour les téléspectateurs, bien plus que pour le public présent à la convention, qui d'ailleurs joue très bien le jeu, ne cesse de s'améliorer." 

À Denver, tout a été bâti autour de deux objectifs de communication: montrer l'unité du parti derrière Obama et construire son leadership. Le premier jour, Michelle Obama défend les valeurs de son mari et par là-même celles de la "middle-class" chère aux Américains. Le jour suivant, la convention prend son envol avec l'intervention d'Hillary Clinton. Le troisième jour, peu après l'éloge d'Obama par son mari Bill Clinton, la candidate déchue demande une suspension des votes pour élire par acclamations son ancien adversaire. Le quatrième jour, c'est dans un stade de 80 000 personnes que Barack Obama fait enfin son entrée triomphale...

"Une mise en scène rigoureusement calculée pour faire de l'audience, où le fond et la forme ne sont jamais séparés. Et ça marche", constate Stéphane Fouks. De fait, avec quatre heures de prime time offertes aux chaînes chaque jour et même des temps morts prévus pour s'adapter aux écrans publicitaires, le résultat est là : 15 millions de téléspectateurs lors de l'intervention de Michelle Obama, 40 millions pour le discours de clôture du candidat.

Une efficacité qui a un coût: 140 millions de dollars pour la seule convention de Denver, soit plus que les dépenses de tous les candidats français à la présidentielle de 2007. "De ce point de vue, l'Amérique n'est pas un modèle. En revanche, la force du système américain est que le marketing de l'offre impose son tempo aux médias et non l'inverse comme en France, où paradoxalement plus on s'approche de l'élection, moins on peut communiquer", regrette Stéphane Fouks. 

La convention démocrate en chiffres

4 233 délégués présents à la Convention démocrate.

15 000 journalistes.

50 000 participants au total au Pepsi Center.

75 000 personnes au stade Invesco Field.

140 millions de dollars. Coût de la convention démocrate.

300 millions de dollars. Dépenses d'Obama pour les seules primaires (100 millions pour McCain).


Alain Delcayre
Information traitée dans Stratégies Magazine n°1511

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Mots-clés :
Stéphane Fouks, Convention démocrate, élection présidentielle américaine, communication politique

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