
Stéphane Fouks, coprésident d'Euro RSCG (Havas) vient tout juste de rendre «une visite de courtoisie» au président ivoirien Laurent Gbagbo alors qu'une élection présidentielle devrait se tenir dans les prochains mois. Jean-Philippe Dorent se contente d'évoquer «une simple réflexion en cours». De fait, le groupe Bolloré, dont le président est le principal actionnaire d'Havas, gère le port d'Abidjan. Ses intérêts en Afrique sont nombreux. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'émission Paroles d'Afrique sur Direct 8, la chaîne du groupe, est animée par son vice-président chargé de l'Afrique, Michel Roussin.
Sur le terrain, le marché de la communication politique en Afrique se résume souvent à des actions peu coûteuses. Dans le genre, la campagne présidentielle sénégalaise de 2000 reste un exemple. Conseillé par Jacques Séguéla, à grand renfort de spots TV et d'affiches «à la française», le président sortant Abdou Diouf s'est vu détrôner par son opposant Abdoulaye Wade qui, sur les conseils de Bernard Rideau, a uniquement privilégié un affichage sauvage, mais omniprésent. «Sans compter qu'en fournissant un mobile à nos représentants dans les bureaux de vote afin qu'ils communiquent en direct aux médias les résultats des premiers dépouillements, nous avons évité le risque d'une manipulation du pouvoir en place», ajoute pour sa part Marc Bousquet, alors collaborateur de Bernard Rideau et aujourd'hui président de l'agence parisienne Médiatique, qui travaille toujours pour Wade. L'agence réalise certains travaux d'édition du chef de l'État. Son ancien associé, Jean-Pierre Pierre-Bloch, ex-député UDF, aujourd'hui patron de Médiatique Africa, installée à Dakar (Sénégal), travaille à l'organisation d'événements. Il est notamment derrière Fesman 2009, le troisième Festival des arts nègres que doit accueillir Dakar du 1er au 21 décembre 2009.
La donne a changé
Marc Bousquet le reconnaît avec une pointe de nostalgie : «Nous sommes sur la queue de la comète…» En même temps que la disparition des derniers «Foccard boys», à la fin des années 1990, la donne tend a changé pour les fameux «gourous blancs». «Si avoir son sorcier blanc a longtemps fait partie de la panoplie du parfait dirigeant africain, c'est beaucoup moins le cas aujourd'hui. La génération des quadras africains, formés dans les universités américaines ou canadiennes, prend peu à peu la main», observe Bernard Rideau, en donnant l'exemple d'Hassan Bâ, qui a travaillé à Genève au Forum de Davos, avant de devenir conseiller spécial du président Wade pour la communication.
«La manne s'est raréfiée pour les gourous blancs, confirme Isaac Tchiakpe, conseiller de l'opposant togolais Gilchrist Olympio. Déjà, les pays ont moins besoin de soigner leur image que du temps de “papa”, qui l'écornait à force d'élections truquées. Les hommes politiques africains se sont aussi professionnalisés et n'ont plus besoin de recourir aux communicants pour défendre leurs intérêts et leurs dossiers.»
Jean-Philippe Dorent, d'Euro RSCG, reconnaît qu'une page s'est tournée : «Pour parler à l'Europe, aux États-Unis ou au FMI, les dirigeants africains ont compris que les “gourous blancs” ne suffisaient plus. Nous sommes en train de passer de l'époque du consultant solitaire avec son officine et son carnet d'adresses à l'ère des groupes de communication plus organisés, internationaux mais aussi locaux, comme Vodoo [basé à Lomé et présent dans toute l'Afrique de l'Ouest].»
Et si certains «sorciers blancs» sont toujours très présents, la nature de leurs missions a changé. «Ils ne font plus vraiment du conseil en communication, mais plutôt du lobbying, voire de la stratégie politique ou carrément du renseignement», constate le Sénégalais Mamadou Dia, ancien journaliste et patron d'une agence de communication, aujourd'hui conseiller spécial du Premier ministre de Guinée-Bissau. Anne Méaux, présidente d'Image 7, qui gère notamment les relations presse et l'image à l'international de la Tunisie et du Sénégal, est aussi la reine du lobbying, conseillant le ban et l'arrière-ban du CAC 40.
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Françafrique, publicité, Michel Bongrand, Stéphane Fouks, Claude Marty, Marcd Vanghelder, Marc Bousquet, Bernard Rideau, Pierre Dassas
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