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L’Élysée en flagrant délit d’opinion

04/02/2010 - Budget sondages revu à la baisse, application des règles de la concurrence : la présidence de la République, récemment épinglée par la Cour des comptes, veut balayer toute suspicion d’«opiniongate». Enquête.

Le 26 janvier, le groupe socialiste à l'Assemblée nationale renonçait à une demande de commission d'enquête sur les sondages de l'exécutif formulée six mois plus tôt. Motif de cette capitulation : une atrophie du périmètre d'investigation, orchestrée par une majorité UMP manifestement soucieuse d'écarter l'Élysée de l'examen parlementaire. «Affaire des sondages de l'Élysée», clap de fin ? Pas si sûr. Certains sénateurs, dont le socialiste Jean-Pierre Sueur, auraient d'ores et déjà constitué un groupe de travail et entamé leur propre enquête.

Tout commence en juillet 2009. Un rapport de la Cour des comptes vient pointer certaines anomalies dans la commande d'études d'opinion au niveau de la présidence de la République. La commission des finances de l'Assemblée lui emboîte le pas en novembre en rendant publiques les factures payées en 2008 par le Château. Note globale : 3,2 millions d'euros.

Premier bénéficiaire, le conseiller de l'Élysée Patrick Buisson, qui a engrangé via son entité Publifact près de 1,5 million d'euros, en servant notamment d'intermédiaire entre les sondeurs et l'Élysée. Ce à la faveur d'une convention pour le moins succincte (rédigée sur une page) et au mépris des règles de mise en concurrence requises par le Code des marchés publics. Autre conseil auprès de l'Élysée, Giacometti Péron & Associés, pour lequel la commission des finances avance qu'il aurait touché la somme de 723 000 euros.

Quant aux études facturées directement à l'Élysée par les sondeurs, elles s'élèvent pour 2008 à près d'un million d'euros. Ipsos et TNS Sofres étant les seules sociétés à travailler exclusivement en direct avec la présidence, à hauteur respectivement de 889 000 euros et 38 300 euros.

Dépenses somptuaires ? Avant 2008, l'Élysée n'avait jamais été audité : difficile donc d'établir des comparaisons… Plus objectivement intrigante est la marge commerciale de Publifact (50% sur des prestations achetées à son principal fournisseur, l'institut Opinion Way). Depuis, la rémunération de Patrick Buisson a été ramenée à 10 000 euros nets par mois. Le contrat liant Giacometti Péron & Associés à l'Élysée porte, lui, sur 43 500 euros mensuels (lire l'entretien de Pierre Giacometti).

La Présidence a sensiblement réduit son budget études et conseil en opinion. De 3,2 millions d'euros en 2008, il passe à 1,6 million en 2009 et à 1,4 million pour les prévisions 2010. Une diminution de 56% en deux ans. Les sondages seront désormais commandés en direct, dans le respect des règles de la concurrence - qui n'avaient au demeurant jamais été appliquées par l'Élysée.


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«Un suivi plus soutenu de l’opinion»

Quel est le montant du contrat de votre société avec la présidence de la République ?

Pierre Giacometti. Pour une prestation qui mobilise six collaborateurs, dont les deux cofondateurs du cabinet, tous salariés de l'entreprise : 43 500 euros mensuels. Je tiens à préciser que depuis sa création en mars 2008, Giacometti Péron & Associés n'a de lien commercial ou financier avec aucun institut d'études. Nous ne réalisons ni ne commandons aucun sondage, nos prestations portent exclusivement sur du conseil en diagnostic d'opinion et en stratégie de communication.

 

Y a-t-il une explosion de la consommation d'études de la part de l'Élysée ?

P.G. Accélération des réformes oblige, il est normal qu'il y ait un suivi plus attentif, plus rythmé et plus soutenu de l'opinion. Le profil de la présidence Sarkozy va sans doute également dans ce sens. Mais je ne pense pas que l'on puisse parler d'explosion. La systématisation du suivi de l'opinion par l'exécutif date de la présidence Giscard d'Estaing. Depuis, les techniques de sondage ont beaucoup changé, passant de rythmes mensuels à des rythmes quotidiens. Cette accélération a permis de multiplier les sujets d'enquête. Pas simplement sous Sarkozy. J'ai travaillé pour trois présidents, Mitterrand, Chirac, Sarkozy. Sur la période, l'attention portée par l'Élysée à l'opinion n'a pas cessé de s'intensifier et de se professionnaliser. Et cette tendance est le fait de toutes les grandes démocraties. L'investissement de l'administration Obama dans l'observation de l'opinion est sans commune mesure avec ce dont nous parlons en France.

 

À quoi servent les études d'opinion en politique ?

P.G. Elles sont un outil de réflexion, d'aide à la décision et de communication. La compréhension des phénomènes d'opinion est nécessaire si l'on veut piloter les changements, convaincre et mobiliser.

 

Et jamais un frein à la décision et à l'action politiques ?

P.G. Ça l'a été. Et ça peut toujours l'être. Mais franchement, je n'ai pas l'impression que Sarkozy soit obsédé par la recherche du consensus. Depuis deux ans, j'ai d'ailleurs vu très peu de prétests à la Présidence.

 

La Cour des comptes a pointé un manquement au respect des règles de mise en concurrence…

P.G. Je note pour ma part que c'est la première fois qu'un président de la République décide que toutes les enquêtes d'opinion commandées par l'Élysée le soient dans le respect du Code des marchés publics. Et cette décision est antérieure au rapport de la Cour des comptes.

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