
11/02/2010 - Célèbres designers brésiliens, Humberto et Fernando Campana, touche-à-tout éclectiques, font le bonheur des marques pour lesquelles ils travaillent. Visite de leur atelier à Sāo Paulo.
Les frères Campana n'en finissent pas de faire «buzzer» la planète design. Ils sont l'objet d'une rétrospective en Allemagne, revisitent le «flagship» de Camper à New York, on les a vus en 2009 chez Lacoste et leur mobilier se vend dans le monde entier. Alors, à quoi ressemblent les deux stars du design brésilien ? À un quinquagénaire (Humberto) et un quadragénaire (Fernando) qui ont en commun un pétillant regard noisette, une décontraction toute brésilienne et un petit grain de folie qui se retrouve dans leurs créations.
Pour mieux comprendre leur démarche, il faut pousser la porte de leur studio de design, dissimulé dans un quartier populaire de Sāo Paulo. Derrière la porte anonyme : un fourre-tout créatif, des bureaux baignés de lumière, un atelier en sous-sol et une cour où trône un prototype métallique et top secret. «Nous sommes installés ici depuis 1994. On adore le quartier, mais aussi le chaos de la ville dans son ensemble. Pour nous, c'est la laideur de Sāo Paulo qui révèle sa beauté. Il existe ici une modernité, une atmosphère vibrante ,», s'enthousiasment les deux frères, affirmant qu'ils ne quitteraient pour rien au monde cette mégalopole qui les a vus naître, entre béton et tropicalité. Eux qui, enfants, rêvaient de vivre dans la forêt amazonienne, ont finalement préféré la jungle urbaine.
Ils sont entourés d'une équipe de fidèles, comme Dorival, présent depuis les débuts, qui est en train de donner forme à une chaise de la ligne Sushi. Ou comme Julia, qui coud avec dextérité des peluches sur un futur fauteuil Alligator. Un peu plus loin, Manole, un stagiaire italien à la carrure de mister Univers, s'essaye au montage d'un miroir aux formes éclatées qui ont fait la renommée des Campana. Une quinzaine de personnes épaulent les deux designers dans une ambiance bon enfant et familiale. Ici, pas de stock et pas de ligne de production : les employés créent des pièces uniques au gré des commandes. C'est de l'autre côté de l'Atlantique, en Italie, que de nombreux modèles sont produits en série.
Du design «émotionnel»
Dans le studio, les prototypes les plus fous côtoient les matières les plus improbables. «Nous aimons domestiquer les matériaux. Plus ils semblent difficiles, plus ça nous plaît… Dans la plupart des cas, le matériau est notre point de départ : il nous dit en quoi il aimerait se transformer et quelle est la fonction de la forme qu'il souhaite prendre», précise Humberto. Résultat : l'univers Campana est un mélange de chaos organisé, de kitsch, de recyclage («le luxe des pauvres»), avec une référence constante à l'écologie.
C'est aussi un rapport au design décomplexé : leur première exposition, en 1989, s'intitulait Desconfortaveis (Les Inconfortables). «Nous n'avions pas l'intention de faire du mobilier, mais plutôt une exposition de sculptures qui questionne le concept d'assise. En fait, nous ne rêvions pas de devenir designers, c'est le design qui est venu à nous», expliquent Humberto, ancien avocat, et Fernando, qui a une formation d'architecte. «À la fin des années 1970, j'ai décidé de quitter mon cabinet et d'ouvrir un studio de design. Fernando finissait tout juste ses études, il est venu me rejoindre. Tout a été spontané.» Autodidactes, et «contaminés par l'audace d'Ingo Mauer, Philippe Starck ou Andrea Branzi», ils n'ont alors qu'un but : «Être aussi créatifs qu'eux !» Les deux frères aiment à dire qu'ils font du design «émotionnel» et qu'ils sont incapables de dessiner des formes parfaites… comme la chaise Favela, composée de centaines de petits rebuts de bois. «Notre travail s'inspire directement du Brésil, mélange de races, de couleurs et de cultures, pays chaotique et joyeux, malgré tous ses problèmes.»
Si, avec ce rapport aux formes, ils ont su séduire des marques nationales, comme Melissa (les chaussures en plastique adorées des fanas de mode brésiliennes), ils ont aussi attiré les européennes, comme l'italienne Alessi (avec la collection Blow up, qui s'inspire du jeu de Mikado) ou la française Lacoste. Pour cette dernière, ils ont créé en 2009 une série limitée de polos, en remplaçant le logo traditionnel par un amoncellement de crocodiles, symbolisant le rassemblement de ces animaux, obligés de vivre les uns sur les autres pendant la saison sèche, dans la région du Pantanal. Si la chaise Jenette, produite par Edra, a été leur plus gros succès commercial, Humberto avoue un faible pour la Vermelha Chair (qui les a fait connaître en Europe en 1993) et Fernando pour le Sofá Kaiman.
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Mots-clés :
humberto campana, fernando campana, brésil, design
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