
24/06/2010 - À l'heure de la Coupe du monde de football, le dynamisme du marché africain fait la une des médias du monde entier. La publicité n'échappe pas à cet essor, comme en témoignent les investissements publicitaires en Afrique de l'Ouest.
Multiplication des supports médias et des agences de publicité, explosion du nombre d'annonceurs, nouvelles habitudes de consommation: le visage de la publicité en Afrique de l'Ouest change rapidement. L'arrivée de la téléphonie mobile, à la fin des années 90, a déclenché un boom publicitaire. La Côte d'Ivoire, principal marché dans la «sous-région», compte cinq opérateurs téléphoniques, contre trois au Sénégal. Mais c'est le secteur agroalimentaire qui tire aujourd'hui le marché vers le haut. «L'an dernier, il n'y avait que Jumbo et Maggi dans les bouillons en cube. Aujourd'hui, il existe huit marques différentes, dont six communiquent de manière continue», analyse Christophe Gondry, directeur associé de l'agence d'études Omédia, présente au Sénégal et au Mali. Autres secteurs en plein boom: l'hygiène-beauté, les produits d'entretien et la banque avec, en premier lieu, les transferts d'argent de la diaspora.
Répondre aux besoins des marques locales
Avec la libéralisation du marché, le choix des consommateurs s'est élargi. Résultat, «les annonceurs se sont mis à communiquer de manière structurée et continue. Avant, on fonctionnait au coup par coup, sans réelle stratégie de communication. La concurrence s'est accrue, d'où le besoin de se différencier, de communiquer davantage», explique Patricia Abed, directrice de l'agence Caractère à Dakar.
Le nombre d'agences de publicité s'est ainsi sensiblement accru. Au Sénégal, il est passé de 80 à 110 en trois ans. Mais seules une demi-douzaine d'entre elles sont vraiment professionnelles, comme McCann, Voodoo, Ocean Ogilvy, Optima et Caractère. «Le marché était couvert par de grandes marques internationales, dont les produits sont importés, mais il restait encore des besoins non satisfaits, notamment ceux des commerçants locaux, devenus des industriels, qui souhaitaient positionner leurs produits», explique Olivier Mourgaye, directeur commercial de McCann-Erickson Sénégal.
Ce bouleversement a engendré des repositionnements. Les marques locales et régionales communiquent désormais sur leur origine africaine, telles Africa-Cola ou Koz, opérateur téléphonique ivoirien. Quant aux multinationales, comme Orange, elles s'essayent au panafricanisme, utilisant davantage dans leurs créations des éléments de la culture africaine.
Mais, en matière de création, difficile de sortir d'un schéma traditionnel, excepté en Côte d'Ivoire où la publicité peut être plus conceptuelle. «Ce qui attire, c'est une belle femme souriante, un plat qui mijote et la visibilité du produit. Le consommateur n'est pas encore prêt à voir une publicité décalée», avoue Bineta Tounkara, directrice marketing chez Patisen, qui commercialise notamment des bouillons en cube et de la pâte à tartiner. «La création est bridée par le manque d'audace des annonceurs, surtout quand il s'agit d'une cible populaire», réplique toutefois Patricia Abed. Mais les choses évoluent doucement. «Pour la campagne Volkswagen, nous avons montré les voitures en petit format. Alors qu'habituellement il faut que le produit soit imposant», souligne Didier Bangalter, directeur de l'agence Optima, à Dakar.
Embryon de législation
Autre frein à la créativité: l'absence d'écoles de formation à la publicité, que ce soit en Afrique de l'Ouest ou du Centre. Former un créatif ou un planneur stratégique sur le tas peut prendre trois à quatre ans, c'est pourquoi les agences font aussi appel à des compétences européennes. Le manque de réglementation ralentit également la professionnalisation. Au Sénégal, il n'existe ni législation ni autorité de régulation de la publicité. Tout le monde peut ainsi s'autoproclamer agence de publicité. Seule exception: la Côte d'Ivoire, où l'activité publicitaire est encadrée par des instances de régulation (Code de déontologie de la publicité, Conseil supérieur de la publicité, Union nationale des annonceurs, etc.). De même, un Code de la publicité est régulièrement actualisé au Burkina Faso.
Enfin, autre signe de bon augure, la Côte d'Ivoire et le Sénégal ont développé depuis deux ans des manifestations créatives: un concours de jeunes talents à Abidjan et des prix publicitaires, La Nuit de la pub, dans chacun des deux pays. Cette année, au Sénégal, ce sont les agences McCann et Optima qui ont raflé la majorité des prix. Une façon aussi pour les annonceurs de repérer le meilleur du marché.
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