
18/05/2011 - Face au «coup de tonnerre» déclenché par l'affaire DSK, l'équipe de communication du président du FMI a adopté un profil bas, en tout cas officiellement, et en attendant que la ligne de défense de Dominique Strauss-Kahn soit clarifiée.
«Dans ce genre d'affaire, on ne joue pas les médias contre les juges.» Contacté au lendemain de l'inculpation de Dominique Strauss-Kahn, président du Fonds monétaire international (FMI), pour agression sexuelle, séquestration et tentative de viol, Stéphane Fouks explique la position très discrète adoptée par l'équipe rapprochée des communicants de DSK, dont il fait partie avec Gilles Finchelstein et Anne Hommel, tout deux employés par Euro RSCG, respectivement comme directeur des études et consultante chargée entre autres du FMI pour l'Europe et l'Afrique. Sans oublier Ramzi Khiroun, directeur des relations extérieures du groupe Lagardère, lui aussi précédemment passé par la filiale d'Havas.
Apprenant l'affaire dimanche matin à 2 heures, le vice-président d'Havas et président exécutif d'Euro RSCG Worldwide a aussitôt contacté ses trois «associés». Rendez-vous est pris dans la matinée avec Jean Veil, l'un des avocats de DSK, pour définir la stratégie à suivre. Les communicants resteront en retrait: «Il faut savoir parfois ne pas communiquer.» L'affaire Florence Cassez, prise au piège d'une spirale politico-médiatique au Mexique, est dans tous les esprits. Entre de bons papiers dans les médias et le juge new-yorkais, le choix s'impose très vite.
La parole sera donc portée par les avocats et… Anne Sinclair. Le soir même, l'épouse de Dominique Strauss-Kahn diffuse un communiqué affirmant qu'elle ne doute pas «que [l'] innocence [de son mari] soit établie», tout en incitant «chacun à la décence et à la retenue».
Pour Georges Dardel, fondateur du cabinet de communication politique DA Conseil, «les mieux placés pour parler sont les avocats et, effectivement, le ou la conjoint(e) de la personne mise en cause, qui apporte une dimension plus humaine». Dans le cadre d'une telle crise, «toute information diffusée, même en France, peut avoir une incidence sur le dossier judiciaire outre-Atlantique», confirme Marc Vanghelder, président de Leaders & Opinion, qui conseille de nombreux élus de droite.
Officiellement, les «spin doctors» ne répondent donc plus aux appels et aux sollicitations des médias. Pour l'heure, seule Anne Hommel, très proche du couple Strauss-Kahn, a fait le voyage à New York. Mais si, outre-Atlantique, une offensive médiatique est jugée contre-productive par la bande des quatre, en France, il est difficile de les imaginer les bras croisés.
Et ce alors que, mis en cause pour leur «complaisance passée» (lire l'encadré), les médias français exhument d'anciennes «affaires» sur DSK: sa liaison avec une employée du FMI en 2008, son agression supposée, sept ans plus tôt, contre la jeune écrivain-journaliste Tristane Banon…
Lundi 16 mai dans la soirée, Le Parisien a tranché. DSK en prison, le quotidien, l'excluant de la liste, publiera le lendemain le sondage sur les personnalités que les sympathisants de gauche souhaitent voir désigner lors des primaires socialistes. Et qui donne François Hollande largement en tête. Initialement, le journal avait commandé une enquête avec les deux hypothèses à Harris Interactive.
En revanche, mardi soir, Opinion Way et Le Figaro continuaient de débattre sur l'opportunité de conserver DSK dans le baromètre des primaires du PS à paraître ce jeudi. C'est dire si, le terrain judiciaire n'étant pas stabilisé, les sondeurs tâtonnent avec, pour certains, la stratégie du scoop comme devise.
Mais tous sont unanimes à évoquer la «déontologie qui leur interdit d'interroger les Français sur la culpabilité ou non de DSK». C'est aussi la loi… «En aucune manière, notre sondage du 17 mai visait à connaître la réaction des Français à l'arrestation de DSK ni même d'entrevoir leurs perceptions de l'affaire», assure Jean-Daniel Lévy, d'Harris Interactive, soulignant que « les opinions sont sous le coup de l'émotion et de la stupeur ».
Jérôme Sainte-Marie, de CSA, a choisi, lui, de mesurer à chaud le jugement des Français sur l'affaire DSK. Dans son baromètre pour BFM TV, RMC et 20 Minutes sorti mercredi 18 mai, il les interrogeait notamment sur les chances du PS de remporter la présidentielle sans DSK et s'ils « pensaient que DSK est victime d'un complot ». (lire aussi «A qui profite le sondage sur le complot») Cette question singulière sans alternative posée lundi 16 mai, dans l'émotion, accrédite en quelque sorte la thèse, et du coup peut semer le doute sur la motivation de CSA (groupe Bolloré) cousine d'Euro RSCG (groupe Havas/Bolloré) d'autant que 57% des Français répondent de manière affirmative. Jérôme Sainte-Marie « dément tout contact avec les communicants de DSK depuis le début de l'affaire » et ajoute que ses « clients médias ont validé la publication de cette question dont on ne pouvait préjuger de la réponse».
Pour sa part, Brice Teinturier, d'Ipsos n'est pas favorable aux sondages à chaud. Il défend une autre méthode: «Il faut éviter les questions directes et ne pas placer le sondé dans un rôle de commentateur expert. Il faut aussi avoir des indicateurs réguliers pour une approche comparative comme le permet un baromètre de personnalité [avec Le Point] et des intentions de vote [avec France Télévisions et Radio France].»
Frédéric Dabi, d'Ifop, confirme que ses baromètres réguliers sur les personnalités politiques (Paris Match) et la cote de l'exécutif (JDD) donneront des informations sur les conséquences politiques de l'affaire. Pour le jdd.fr et Europe 1, son enquête parue ce jeudi a néanmoins interrogé les Français sur l'impact de l'arrestation de DSK sur l'image du personnel politique, et du PS en particulier.
Sur ce terrain, tous les sondeurs, via des sondages confidentiels, vont se pencher sur les conséquences que pourrait avoir l'accusation de tentative de viol de DSK sur la perception des Français de la classe politique, des médias et de la communication politique. «A un an de la présidentielle, il s'agira d'évaluer si l'affaire DSK a un impact sur le contexte d'opinion», résume Bruno Jeanbart, d'Opinion Way.
Cathy Leitus
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Dans l'affaire DSK, les médias classiques sont mis en cause pour avoir étouffé «un pan entier de la personnalité» d'un politicien, selon Pierre Haski (Rue 89). Sous prétexte de protection de la vie privée, les portraits consacrés à Strauss-Kahn se sont toujours gardés d'évoquer un «point faible», pointé sur son blog dès 2007 par Jean Quatremer, de Libération: «Trop pressant, (...) il frôle souvent le harcèlement.» Edwy Plenel (Mediapart) fustige la presse française qui «sacralise le monde du pouvoir» et «minimise la violence faite aux femmes». Le 16 mai, en «live tweet», la comparution du patron du FMI était commentée avant d'être retransmise sur les écrans. Pendant que le PS et l'un des avocats français de DSK s'indignaient des images d'un homme menotté, contraire à la loi Guigou, le réseau social se déchaînait...
Amaury de Rochegonde
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dominique strauss-kahn, stéphane fouks, fmi, crise
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