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Quand la publicité est un roman...

19/07/2002

Nous sommes en 1974. Giscard est au pouvoir et Pierre Lemonnier écrit des annonces pour son client fétiche, Ferrari. Le texte ci-dessous (1) est titré « La petite Ferrari 308 et la limitation de vitesse ». Un travail de concepteur-rédacteur comme on n'en fait plus. Extraits.

Déjà, il y a dix ans, quand j'ai acheté ma première Ferrari (un coupé 250 GT Lusso), j'ai pu faire le compte de mes « amis ».

Il m'a suffi de regarder et d'écouter. C'était un 3 litres. Je l'observais depuis plusieurs mois. L'idée de la posséder me donnait le courage de me lever chaque jour à 6 h 30 et d'écrire jusqu'à des heures avancées de la nuit. Je ne me sentais pas aliéné d'être stimulé par un objet. Elle était la meilleure dans sa cylindrée et moi, je me préparais à être le meilleur dans ma catégorie. Nous allions bien ensemble.

À l'époque, la vitesse n'était pas limitée. ça n'empêchait pas quelques jaunis, plus assis que ceux de Rimbaud, de me dire d'un air doucereux :« Entre nous, ça vous sert à quoi une Ferrari qui marche à 240 puisqu'on ne peut plus avancer ? ».Maintenant, voilà que ces agressifs rentrés ont la loi Messmer pour eux. Si, pour tester leur réaction, je leur dis que, dimanche dernier, j'ai roulé à 265 au volant de la petite Ferrari 308, avant même de savoir si c'était sur un circuit, je les sens prêts à me dénoncer.

Et pourtant, des Ferrari, ils pourraient s'en payer dix, s'ils voulaient. Ils en meurent d'envie. Mais blocage. J'ai observé que le refoulement allait bien avec les comptes bloqués. Et que la joie de vivre allait mieux avec le compteur qu'on bloque.

Et les radars ?

Maintenant, les voilà donc justiciers et menaçants :« Et les radars ? C'est le retrait de permis. À votre place, je... »Personne ne peut se mettre à la place d'un possesseur de Ferrari 308.

Quand on l'a en main, Messmer, on ne lui en veut même plus. La chanson du légionnaire est couverte par une symphonie en huit cylindres. On ne se demande même pas si Giscard sera d'accord pour l'ouverture des carburateurs.

On ne regrette rien et on n'espère pas : on vit chaque passage de vitesse, chaque montée en régime comme un prisonnier politique savoure chaque bouffée d'une cigarette interdite [...].

Orgasme à Baden-Baden !

[...] Le coup dans les reins, l'amorce d'un orgasme ferrarien commence en effet vers les 6 000tours et s'accomplit en cinquième, à 7 600. Alors, c'est 260 garantis. Photo-radar en prime ? Peut-être. Mais l'Allemagne n'est pas loin. Pourquoi, puisque là-bas tout est permis, ne pas en profiter pour découvrir ou redécouvrir Baden-Baden, où les Français sont si bien accueillis.

Au retour, l'auberge des frères Haeberlin vaut le détour (Téléphone : 46 83 23...) [...]

Des progrès attendus

[...] Quant au coffre arrière, mieux vaudrait ne pas en parler. Non qu'il soit trop petit : il peut mériter cette critique ; mais ce serait injuste dans la mesure où les deux places arrière permettent de loger de quoi partir pour un mois.

Il y a tout simplement que le coffre arrière est une superbe cocotte SEB. Vous mettez un pot-au-feu en quittant l'Étoile : je vous garantis qu'il est cuit en arrivant à Asnières. Guérard n'aurait pas fait mieux quand il était dans le quartier. [...]»

(1) Quand la publicité est aussi un roman, par Pierre Lemonnier (Hachette, 1985)

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