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Jean-Luc Bravi et Bertrand Suchet : « Trop souvent, les agences font du SOS pompiers »

Entretien

11/07/2003 - Deux ans après la fusion de Louis XIV et de DDB, Jean-Luc Bravi et Bertrand Suchet, les coprésidents de l'agence, dressent un bilan sans concession.

Vous venez de recruter deux directeurs de création, Sylvain Thirache et Alexandre Hervé, et vous réorganisez la création de votre agence. Dans quel but ?

Jean-Luc Bravi.Depuis deux ans, l'agence a globalement fait du bon travail. Alexandre Hervé et Sylvain Thirache, eux, sont là pour faire du très, très bon boulot et entraîner toute l'agence. Ils ont l'énergie nécessaire.

Bertrand Suchet.Les directeurs de création actuels n'ont pas donné pleine satisfaction. Nous passons donc à deux directions de création, mis à part les budgets lessive et cosmétiques. Un premier pôle est animé par Alexandre et Sylvain. Ils vont travailler sur des marques comme le Loto, Badoit, Audi, Rossignol, etc. Un second pôle sera mis en place pour la rentrée. Ces changements vont concerner toute l'agence. Ce ne sont pas les créatifs seuls qui portent le résultat de l'agence sur leurs épaules. Un vrai travail en amont doit être fait avec nos clients.

Cette réorganisation semble intervenir sous la pression. « Nous n'avons pas vocation à nous traîner derrière TBWA\ Paris », a récemment déclaré votre patron, Hervé Brossard...

J.-L.B.Remporter plus de Lions que les autres, c'est inscrit dans les gènes de DDB. Comme le réseau n'est pas leader à Cannes cette année et que c'était déjà le cas l'an passé, ça chauffe ! Mais pas seulement en France, ça chauffe partout. Il en a toujours été ainsi. Cela a parfois été le cas pour Hervé Brossard et Christian Vince. La règle, c'est de gagner des prix tout en engrangeant des budgets et en assurant la viabilité économique de l'agence. Et de ce côté-là, nous nous en sortons plutôt bien : l'agence est rentable.

De fait, vous avez gagné de gros budgets ces derniers mois et, pourtant, l'agence donne l'impression de patiner...

J.-L.B.Cela vient de l'absence de brillance de nos créations. Des campagnes que je noterais 14/20, nous en avons des kilos. Il nous manque des 18/20 et des 19/20, c'est aussi bête que cela. Le produit créatif de l'agence n'est pas au top. Ce qui ne veut pas dire que tout va mal, au contraire. Nous sommes très bien notés par nos clients. Certains, comme Président, nous confient leur budget sans compétition. Un annonceur, naturellement, ne demande pas du 18/20. Ce qui lui convient, c'est du 14/20 : la dose de courage suffisante, mais pas trop.

B.S.Ces dernières années, DDB a existé sur le marché avec des coups tirés par des « snipers », créatifs et commerciaux. Non motivés par la totalité des budgets de l'agence et démotivés par leurs clients, ils ont sorti des travaux formidables mais hors brief. Ce n'est pas le schéma directeur de l'agence qui a mené à cela. Quand nous sommes arrivés, il nous a fallu mettre en place, à tous les niveaux, les structures nécessaires. Notre objectif est d'améliorer partout le niveau. Il faut que les tirs de « snipers » soient le produit d'une méthode, et non des coups tirés au hasard.

La perte du budget Volkswagen, parti chez V. DDB, n'a pas amélioré les choses...

B.S.Beaucoup de gens chez nous, même inconsciemment, sont à l'agence pour ce budget, même s'ils ne travaillent pas dessus. Du style : « Je travaille sur un budget lessive, mais dans l'agence de VW ». Alors, bien sûr, cela a été mal ressenti.

J.-L.B.Traumatisant, même. Je rappelle que c'est la conséquence d'une réorganisation du portefeuille de marques au sein du groupe Volkswagen, décidée en Allemagne. En outre, nous conservons les véhicules utilitaires de la marque, dont certains sont des produits de grande consommation. On ne peut pas dire que Louis XIV DDB ne travaille plus pour Volkswagen.

B.S.Il est vrai que nous ne sommes pas vraiment parvenus à sortir des campagnes du niveau attendu sur un budget comme VW. Mais les conditions ont changé. Aujourd'hui, les films sont testés et doivent recevoir l'aval du siège, en Allemagne. Dans ces conditions, il est beaucoup plus difficile de produire du 18/20. Il est vrai aussi que nous sommes liés à Audi, et que rares sont les agences qui conservent encore les deux marques.

Dans cette nouvelle organisation, quel sera votre rôle ?


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LOUIS XIV DDB EN BREF

Juin 2001.Annonce de la fusion entre les agences DDB Paris et Louis XIV, deux filiales du groupe DDB Communication France.

30 millions d'euros.Marge brute de l'agence en 2001 (dernier chiffre communiqué).

Principaux clients :Audi, Bouygues Telecom, Castorama, Danone (Arvie, Badoit, Salvetat, Taillefine), Lactalis (Bridélice, Lactel, Lanquetot, Lepetit, Président, Roquefort Société, etc.), Loto, Nestlé Purina Petcare (Felix, Fido, Friskies, Gourmet), Unilever Bestfoods France (Maille, Knorr, etc.)

Dirigeants :Jean-Luc Bravi et Bertrand Suchet, coprésidents. Pierre Le Gouvello, vice-président chargé de l'international. Jean-Noël Perrin, directeur général.

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