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Entretien

Nicole Notat : « Pas de création de valeur sans développement durable »

08/01/2004

Ex-secrétaire générale de la CFDT, Nicole Notat s'est reconvertie dans la notation sociale des entreprises en créant Vigeo. Premier bilan après un an d'exercice.

En quoi consiste l'activité de Vigeo ?

Nicole Notat.Nous notons les entreprises sur des problématiques liées aux ressources et droits humains, à l'environnement, aux relations avec leurs clients et fournisseurs, au gouvernement d'entreprise et à leur engagement sociétal. À partir de ces six domaines de notation, nous offrons deux gammes de produits. La première, au service des gestionnaires d'actifs et de l'ensemble des opérateurs financiers, est issue d'une notation déclarative portant sur quatre cent quarante multinationales européennes et fondée sur une collecte d'informations en provenance de diverses sources (entreprises, syndicats, ONG et presse). La seconde propose une évaluation plus approfondie réalisée sur pièces et à la demande d'une entreprise. C'est pour l'heure l'offre la plus appropriée compte tenu de la maturité du marché. Nous n'en sommes évidemment pas encore au stade de la notation financière, où les agences se font rémunérer par les entreprises pour être notées et pour renseigner ainsi les marchés.

Ce type de prestations est-il accessible aux PME ?

N.N.La notation déclarative concerne essentiellement les sociétés cotées, donc les grandes entreprises. En revanche, la notation sollicitée, adaptée bien sûr à leurs propres besoins, peut intéresser des PME souhaitant connaître l'état de leur image sur ces questions.

Quels sont les profils des personnes qui travaillent avec vous ?

N.N.Nous avons deux profils. Les analystes, soit seize personnes travaillant pour le compte des fonds d'investissement, sont plutôt jeunes, issus de grandes écoles, avec des expériences diverses en entreprise, dans les ONG, en « asset management » ou en instituts d'études. Les auditeurs, qui sont sept à s'occuper des notations sollicitées, sont plus « seniors ». Ils viennent de l'entreprise ou de cabinets conseils. Ce sont des spécialistes des RH et de l'environnement.

Où en sont vos projets de développement européen ?

N.N.Dès l'an prochain, nous envisageons un développement international, en allant chercher des clients autres que français. Nous regardons vers la Grande-Bretagne, la Suisse et l'Allemagne. Nous traiterons ces nouveaux clients soit directement de Paris, soit via des relais propres à Vigeo sur leur marché respectif.

Quel premier bilan faites-vous de l'activité de l'agence ?

N.N.Notre offre de notation sollicitée n'existe que depuis juillet dernier. En 2003, nous aurons mené six évaluations. Pour 2004, nous visons une quinzaine de missions. Sur notre prestation originelle - la notation déclarative, héritée de l'agence Arèse que nous avons reprise -, nous comptons une trentaine de clients. Nous nous donnons quatre ans pour être rentables.

Quelles sont les perspectives de développement du marché de la notation sociale en France et en Europe ?

N.N.Les marchés commencent à comprendre que la performance des fonds socialement responsables non seulement n'est pas inférieure à celle d'autres fonds, mais offre parfois une meilleure résistance aux crises et aux fluctuations de conjoncture. Et les perspectives sont encourageantes, si l'on prend en compte, par exemple, le développement de l'épargne salariale et l'existence du fonds de réserve des retraites dont les investissements sont soumis à des critères socialement responsables. Dans le contexte actuel de mondialisation, les entreprises ne peuvent plus créer de la valeur pour l'actionnaire sans intégrer les critères sociaux et environnementaux. On s'achemine vers la réhabilitation d'un capitalisme plus partenarial. Et, du point de vue de l'entreprise, c'est le meilleur moyen de prévenir des coûts préjudiciables, justement, à la création de valeur.

Après un an d'activité, comment jugez-vous la position des entreprises par rapport au développement durable ?

N.N.Les situations sont très diverses. En termes de prise de conscience, on constate d'importantes avancées. La valorisation du capital humain, par exemple, est désormais répandue. Les risques sociaux et environnementaux peuvent affecter profondément la réputation d'une entreprise. Cela incite les sociétés à être plus attentives à ces sujets. Regardez l'impact qu'ont eu, sur des distributeurs et fabricants de textiles, les affaires liées à l'emploi d'enfants par leurs fournisseurs dans certaines régions du monde. Il existe une chaîne de responsabilités qui oblige l'entreprise à ne plus être négligente par rapport à ces enjeux. C'est un mouvement irréversible. En revanche, de la prise de conscience à la mise en place de véritables programmes d'action, il y a encore une marge. Les secteurs les plus exposés à des risques environnementaux, notamment, sont les plus avancés sur le sujet.

Les grandes entreprises françaises détiennent environ 45 % du capital de Vigeo. N'y a-t-il pas là un conflit d'intérêts ?

N.N.Le choix de réunir, au sein du capital d'une agence de notation des entreprises, des syndicats et des investisseurs peut paraître iconoclaste. Mais nous avions besoin de rassembler un montant élevé de capital pour ne pas nous retrouver limités financièrement comme bien d'autres agences. Associer les différentes parties prenantes concernées est plutôt un gage d'indépendance.

Au-delà de la structure de son capital, qu'est-ce qui distingue Vigeo de ses concurrents ?

N.N.Nous ne sortons pas de notre chapeau des standards permettant d'évaluer les entreprises. Notre travail est fondé sur des règles sociales et environnementales internationales établies. Nous ne sommes pas là pour apprécier des risques potentiels, mais pour estimer l'attitude des entreprises par rapport à des règles générales.

Vous avez l'ambition de faire de votre modèle de notation des fonds éthiques, Equitics, un nouveau standard européen dans ce domaine. Or l'offre est déjà pléthorique et les critères disparates. Comment les entreprises vont-elles s'y retrouver ?

N.N.Cette diversité est inéluctable compte tenu de l'état actuel du marché. Mais l'offre va structurer le marché comme cela s'est passé au début du siècle dernier avec les agences de notation financière.

Respecter des critères stricts en matière d'environnement, par exemple, peut nuire au développement économique d'une région ou d'un pays. La notation sociale et environnementale doit-elle être établie à partir de normes intangibles ou de contrats de progrès ?

N.N.Nos notations ne sont pas binaires. Elles rendent compte de l'évolution de chaque entreprise sur tel ou tel critère. Nous disposons d'ailleurs de quatre niveaux d'évaluation : la société n'est pas concernée par le thème du développement durable, elle est attentive, elle est active, voire elle travaille à la promotion de cet enjeu.

Mais la définition de critères sociaux n'est-elle pas subjective ? Jugée injuste en France, la délocalisation d'une usine dans un pays du tiers-monde, par exemple, n'est-elle pas plus responsable en matière de développement durable ?

N.N.Le référentiel sur lequel nous nous appuyons ne dit nulle part que la localisation des activités d'une entreprise répond à telle ou telle norme. En revanche, nous jugeons comment l'entreprise, localement, se comporte en fonction des standards sociaux et environnementaux du marché concerné. La notation porte tout autant sur l'impact d'une implantation que sur celui du départ d'une unité de production et ce, en fonction de la politique de reclassement et de réindustrialisation adoptée.

L'indice Aspi Eurozone que vous gérez inclut tous les secteurs d'activité, armement et tabac compris. N'est-ce pas un handicap par rapport aux fonds éthiques, notamment anglo-saxons, qui sont potentiellement vos clients ?

N.N.Nous évaluons toutes les entreprises quelle que soit la nature de leurs produits ou services. Les fonds éthiques ont le choix, ensuite, de ne pas acheter les analyses de ces sociétés-là. Nous voulons nous situer au coeur de l'activité économique et non à la marge. Vigeo n'est pas un outil militant.

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