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Que veut donc Vincent Bolloré ?

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02/09/2004 - L'homme d'affaires est devenu cet été le premier actionnaire d'Havas. L'opération intrigue les milieux financiers, qui se demandent si cette initiative n'est vraiment que spéculative.

Vincent Bolloré a encore frappé. L'homme d'affaires a acquis, cet été, 4,9 % des parts d'Havas, sixième groupe publicitaire mondial. Depuis, il aurait porté cette participation à près de 10 %. En toute hypothèse, il est ainsi devenu le premier actionnaire du groupe. Une opération guère étonnante, pour certains, quand on connaît ses velléités affichées dans la communication. En début d'année, il avait réaffirmé sa volonté d'investir 10 % de ses actifs dans les médias,« soit plus de 400 millions d'euros ».Aujourd'hui, le groupe Bolloré, qui pèse près de 5,4 milliards d'euros, compte, à côté de ses activités phares du transport maritime et de la distribution d'énergie, un ensemble de participations hétéroclites dans la communication, avec la salle de cinéma parisienne Mac Mahon, Gaumont, la SFP et la future chaîne numérique terrestre Direct 8.

Un coup à 100 millions d'euros

Mais beaucoup s'interrogent : en s'invitant cette fois au capital d'Havas, que recherche au juste Vincent Bolloré ? Son parcours de prédateur financier ne laisse guère présager un investissement industriel. Ses juteux allers-retours sur Bouygues et Pathé en 1998, pour ne parler que des opérations dans l'univers de la communication, font plutôt pencher la balance pour un nouveau coup dont le « raider » a le secret.« Cela a tout l'air d'une opportunité avant tout financière. Pour le moment, compte tenu de la disparité de ses actifs dans les médias, Bolloré ne peut être crédité d'une véritable stratégie dans ce secteur »,remarque Jacques Falzon, analyste chez KBC Securities. Il est vrai que Vincent Bolloré n'est pas du genre à mettre tous ses oeufs dans le même panier. Or, même si le cours particulièrement sous-évalué d'Havas est une aubaine, en détenir plus de 10 % nécessite un assez gros investissement, qui représente 100 millions d'euros environ.

Toutefois, le marché reste partagé sur le sujet.« C'est la première fois que l'on voit Bolloré entrer dans une société qui n'a pas d'actifs à vendre et dont la restructuration est déjà amorcée. Havas n'ayant pas d'actionnaires de référence[lire l'encadré], avec 10 %, on est le maître du monde. Ce n'est pas comme pour Publicis, où il faut 50 % pour avoir son mot à dire »,remarque un autre analyste. Chez Bolloré, on se dispense de tout commentaire, soulignant simplement qu'Havas est un« investissement financier qui s'inscrit dans les axes de développement du groupe ».Du côté d'Havas, on se félicite du soutien de l'homme d'affaires, sans plus de précision. Et ce, alors que le groupe, présidé par Alain de Pouzilhac, est désormais officiellement sur les rangs, en tandem avec le fonds d'investissements américain Quadrangle, pour racheter le réseau publicitaire indépendant Grey.

Mais les chances d'Havas face à WPP, prétendant favori, paraissent bien minces. Le groupe français doit d'abord compléter son tour de table. Quadrangle n'a pas l'habitude d'investir plus de 150 millions de dollars dans ce genre d'opération. Havas doit ensuite convaincre le marché, compte tenu de son endettement associé à une perte record de 396 millions d'euros en 2003 (même si les résultats du premier semestre 2004 ont attesté une amélioration). Mais quelle que soit l'option adoptée par Havas dans le dossier Grey, Bolloré compte bien évidemment tirer son épingle du jeu.


Information traitée dans Stratégies Magazine n°1335

Les principaux actionnaires d'Havas

Selon la direction du groupe Havas, le capital est réparti de la façon suivante : le groupe Bolloré via La Financière du Loch et Nord Sumatra Investissements (plus de 5 % du capital), le fonds d'investissement Fidelity (4,93 % au 17 août 2004), la famille March Delgado (3,7 % au 31 mars 2004), la famille Rodés (2,6 % au 31 mars 2004), le fonds Putnam (4,64 % au 15 avril 2003, dernier relevé connu) et le public (87,3 % au 31 mars 2004, dont les familles March Delgado et Rodés).

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