
17/03/2005 - Au moment où La Cène vue par Marithé + François Girbaud est condamnée par le TGI de Paris, le bilan annuel du BVP montre que les publicitaires se sont « bien tenus » en 2004.
Les Chiennes de garde n'ont pas eu souvent l'occasion d'aboyer l'an dernier. Le Bureau de vérification de la publicité (BVP) vient de rendre public son rapport sur le respect de la personne humaine dans la publicité en 2004. Verdict : sur 60 000 visuels pigés, seulement 19 ont retenu l'attention du BVP pour atteinte à la dignité d'un groupe de personnes, contre 63 en 2003. Parmi les créations épinglées, celle pour ING Direct, dont les « avantages » de son crédit étaient illustrés par une poitrine généreuse, ou encore la marque Lejaby, avec sa campagne « Remember me » qui proposait le parfum d'un string pour aide-mémoire.
Selon le BVP, les manquements avérés aux règles déontologiques se réduisent d'année en année et ne se produisent plus qu'en quantité infinitésimale. «Notre travail sur le respect de l'image de la personne humaine depuis 2001 a porté ses fruits,se félicite Joseph Besnaïnou, directeur général de l'organisme paritaire.Les publicitaires sont plus disciplinés, ils ont bien compris leur responsabilité sociale. »
Bien compris ou bien obéi ? Un vent de rigueur puritaine soufflerait-il sur la création publicitaire française ? La récente affaire Marithé + François Girbaud montre qu'il est plus que jamais difficile d'oser - en l'occurrence avec le sacré. Il faut dire que le visuel pourtant très esthétique de l'agence Air donnait le rôle de Jésus à une femme.« Blasphématoire ! »,selon les évêques de France. Et quand le BVP laisse passer, le tribunal de grande instance (TGI) de Paris prend le relais.
Une fois le jugement rendu, le 10 mars dernier (la marque a fait appel), le BVP appuie la décision de justice :« Nous aurions certainement réagi tôt ou tard à une telle campagne. Il faut comprendre les évêques, les publicitaires ne jouent jamais avec des symboles juifs ou musulmans ! Les catholiques, sous prétexte de religion majoritaire, sont sans arrêt pris à parti »,poursuit Joseph Besnaïnou. Le directeur général du BVP le reconnaît cependant :« Il va falloir repenser la protection des religions, des races et des ethnies, élaborée il y a vingt ans quand la France ne composait pas avec un tel paysage multiculturel... »La boîte de Pandore de toutes les (auto) censures s'entrouvre...
La publicité peut peser de tout son poids contre les discriminations et pour la diversité. Elle est l'indicateur privilégié de la place des minorités visibles dans l'imaginaire collectif. »Ces propos de Yazid Zabeg, PDG du groupe Communication et Systèmes, auteur avec son frère Yacine du livreDiscrimination positive,pourquoi la France ne peut y échapper(*), ont touché Marc Tessier, président de France Télévisions, et Édouard Pellet, délégué à l'intégration et à la diversité du groupe audiovisuel.
À leur initiative, les présidents du Club des annonceurs, de l'Union des annonceurs, de l'Association des agences-conseils en communication et du BVP ont décidé de lancer un concours auprès des créatifs sur le thème de cette France « pluriethnique ». Ce concours, relayé sur France Télévisions, devrait être associé à la création d'un programme court. De son côté, Jean-Pierre Teyssier, président du BVP, s'est engagé à mettre en place un observatoire des campagnes publicitaires où les « minorités » ont trouvé leur place, aussi étroite soit-elle. Philippe Larroque
(*) Calmann-Levy. Tribune publiée dans Stratégies n°1342 du 21 octobre 2004.
Réagissez à cet article
Merci de vous identifier afin de pouvoir publier un commentaire :
Identifiez-vous