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« Il faudrait un CSA des objets »

15/02/2007 - par Pascale Caussat

Les 5.5 Designers sont les chefs de file d'une nouvelle génération de créateurs qui remettent en cause les excès de la consommation. Une posture contestable mais qui n'exclut pas l'humour.

Ils s'appellent les 5.5, mais ils sont quatre. Ils sont designers, mais ils s'opposent à la « prolifération » des objets. Ils ont des convictions, mais leurs idées restent souvent au stade de l'utopie. Les 5.5 Designers seraient-ils une contradiction ambulante ? Alors qu'ils viennent de recevoir le Grand Prix de la création de la Ville de Paris et que le Salon du meuble et Maison&Objet, fin janvier, ont exposé leurs travaux, ce collectif de créateurs remet en question la relation entre les marques et les designers.

Les 5.5, ce sont quatre jeunes gens de 26 ans, Vincent Baranger, Jean-Sébastien Blanc, Anthony Lebossé et Claire Renard, qui se sont rencontrés à l'École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d'art, autrement appelée Olivier de Serres. Leur cinquième comparse, Thomas Pouverel, s'occupe de l'aspect logistique. Ils se sont fait connaître en 2003 avec le projet Réanim, une entreprise de sauvetage de mobilier récupéré, en partenariat avec le Secours populaire. « Ce devait être notre dernier projet entre amis, en fait, il nous a permis de nous structurer en agence », se souvient Jean-Sébastien Blanc, porte-parole improvisé de la bande. Dès le départ, leur parti pris était clair : donner une nouvelle vie aux objets mis au ban de la société, grâce à des prothèses en plastique vert fluo. Leur posture va cependant au-delà de la tendance « récup' », qui s'étale dans tous les magazines de décoration. « Nous sommes dans un marché de renouvellement : dès qu'un objet est cassé, on le jette, explique Jean-Sébastien Blanc. Les grandes marques sont fondées sur cette obsolescence programmée. Cette profusion donne envie de réfléchir à des alternatives. Pour nous, les objets malades sont des points de départ à la création de nouveaux produits. Au lieu de parler de matière première, on parle d'objet premier. »

Chez les 5.5, le développement durable ou l'écologie ne sont pas un positionnement marketing : « C'est un acquis. » Suite au coup d'éclat originel de la médecine des objets, présentée au Salon du meuble en 2004, les Galeries Lafayette leur ont confié l'aménagement de leur magasin pour les jeunes, Lafayette VO. Le Salon du prêt-à-porter, la Biennale du design de Saint-Étienne, le Salon du meuble de Milan ont accueilli leurs réalisations. Progressivement, ils se sont fait un nom parmi les jeunes designers français, au même titre qu'un Ora-Ito ou les Sismo. Mais ces quatre-là ne peuvent pas se contenter d'apposer leur signature sur un objet événementiel à l'invitation d'une marque. « On veut dépasser le processus classique qui va de la conception à l'industrialisation. Pour nous, être designer, ce n'est pas seulement dessiner une forme. Par exemple, la fondation Bernardaud nous a demandé de faire des propositions autour de la porcelaine. Plutôt que de créer de nouveaux moules, nous avons travaillé directement sur la chaîne de production, en demandant aux ouvriers de modifier l'emplacement des anses sur les tasses. Cela supposait de perturber des gestuelles acquises par certains depuis plus de quarante ans. C'était un peu déstabilisant, mais cela permettait de valoriser leur savoir-faire et de leur redonner une certaine liberté dans un contexte de production standardisée. »

« Tranche de jambon design »

Le travail des 5.5 prend souvent la forme d'un manifeste. Le Salon du meuble, dans le cadre des cartes blanches du VIA (organisme de valorisation des industries de l'ameublement), présentait leur projet de luminaire Style IV, résumé humoristique de la tarte à la crème qu'est devenu le terme « design ». Il est composé de quatre portions de lampe, de styles rustique, classique, premier prix et « design ». « Le design est un métier qui consiste à concevoir des produits, mais il est utilisé comme un adjectif, déplore Jean-Sébastien Blanc. Il est devenu un style, synonyme de cherté. Bientôt, on ira chez le boucher se faire trancher un morceau de jambon design. » Le collectif a également imaginé les Vices de la déco, des verres et couverts dont ne subsiste que la partie fonctionnelle, l'utilisateur pouvant visser le manche qui lui sied. Un exercice inspiré par le groupe néerlandais Droog Design, qui implique le consommateur dans le processus de conception. « Quand on participe à la création, on jette moins facilement », assure Jean-Sébastien Blanc. Provocatrice, l'agence estime qu'« il devrait y avoir un CSA des objets, qui déciderait si tel objet a déjà été fait, s'il apporte vraiment du nouveau ».

La démarche des 5.5 est évidemment contestable. Peut-on être designer et questionner le fait même d'inventer de nouveaux produits ? Si l'on estime que la société de consommation est saturée, ne vaut-il pas mieux changer de métier ? Et puis, comment vivre de son travail si l'on en reste au stade du concept ? Le collectif édite bien ses créations (lampe, cintre, anse en sucre, etc.) sous l'enseigne La Corbeille. Le projet Réanim, refusé par la grande distribution, a abouti à des prothèses éditées en série limitée et donc chères, au point qu'il est plus intéressant de réparer soi-même les chaises cassées (ou de les jeter !). On en revient à un design réservé aux initiés. « Mais si la démarche parvient à convaincre les gens de soigner leurs meubles, c'est gagné », soutient Jean-Sébastien Blanc.

www.cinqcinqdesigners.com

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