
08/03/2007 - L'agence interactive indépendante est rachetée à 100 % par la société américaine Avenue A/Razorfish.
Fini les rumeurs et les plans sur la comète : Matthieu de Lesseux et Christine Santarelli, les cofondateurs de l'agence interactive Duke, ont cédé aux avances d'Avenue A/ Razorfish, première agence interactive américaine indépendante, filiale de Aquantive Inc., une société cotée au Nasdaq et spécialisée dans le marketing interactif. Duke, qui a réalisé en 2006 un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros et qui affiche une rentabilité de 14 %, est donc devenue, mardi 6 mars, une filiale à 100 % de la société américaine. Le montant de la transaction s'élève à 6 millions d'euros au comptant. Le solde, bien supérieur mais tenu secret, dépendra des résultats de l'entreprise pendant les trois prochaines années.
Duke conserve son nom, son équipe de management et ses cent cinquante collaborateurs, dont quinze basés à Londres. Elle rejoint un groupe dont le champ d'intervention comprend la publicité en ligne, la conception et le développement de sites Web, le marketing par courriels et par référencement sur les moteurs de recherche, et les stratégies de médias émergents. Les clients d'Avenue A/Razorfish sont Kraft, Dell, Nike, Apple, Procter&Gamble, Microsoft, The New York Times ou encore Starwood Hotels.
Déploiement international
L'agence américaine, basée à Seattle, est reconnue comme un expert dans la connaissance client et l'expérience utilisateur, via des outils d'analyse sophistiqués. Elle compte parmi les premières agences médias en ligne aux États-Unis et a réalisé 550 millions de dollars d'achat d'espace sur le Net en 2006. Hors cette activité médias, son chiffre d'affaires est de 250 millions. Sa maison mère Aquantive fournit par ailleurs aux éditeurs et aux agences le serveur de publicité Atlas, concurrent de Double Click. Duke rejoint donc une entreprise qui va lui permettre de se renforcer notamment sur l'activité médias.
Pour Avenue A/Razorfish, cette implantation en France marque une nouvelle étape dans un déploiement mondial (lire ci-dessous). « Nous avons décidé il y a deux ans de développer un réseau à l'international, explique Clark Kokich, président de l'agence. Le rachat récent de Digitas par Publicis nous a confirmé qu'il fallait le créer rapidement pour conserver notre avance. » Après avoir acquis l'agence interactive DNA au Royaume-Uni en novembre 2005, Amnesia en Australie en juillet 2006 et Neue Digitale en Allemagne le mois suivant, Avenue A/Razorfish s'est installée à Hong Kong et à Shangai en octobre 2006. Elle a aussi signé en janvier 2007 un accord capitalistique et commercial au Japon avec Dentsu.
L'arrivée en France s'inscrit dans la même démarche. « Nous avons rencontré il y a dix-huit mois une demi-douzaine d'agences françaises, raconte Keith Metzger, vice-président en charge du développement. Très vite, il nous est apparu que Duke était le bon choix. Nos critères sont toujours les mêmes : nous recherchons des agences portées par un management fort avec un portefeuille de grandes marques et un talent créatif et innovant. » À cet égard, les patrons de Duke sont emblématiques : Matthieu de Lesseux, trente-neuf ans, est président de la délégation interactive de l'AACC, et Christine Santarelli, trente-huit ans, a fait partie du jury des Cyber Lions de Cannes. Ils font entendre, depuis la création de leur agence en 1999, une petite musique qui les distingue.
« Nous défendons un management basé sur l'écoute, le respect et le partage, explique Christine Santarelli. En sept ans, nous n'avons eu que trois démissions. » « Nous développons les mêmes valeurs de confiance auprès de nos clients, poursuit Matthieu de Lesseux. Nous faisons un métier de conseil et de création, pas de vendeur de tapis. Nos commerciaux ne sont pas rémunérés sur les ventes. Cela change tout. Nous voulons garder nos clients et les accompagner, c'est pourquoi nous refusons des compétitions. »
Parmi ses clients, Duke compte Nissan Europe, McDonald's, Playstation, Nike, Procter&Gamble. Primée dans divers festivals internationaux, l'agence a récemment reçu un Cyber Lion à Cannes et un premier prix au Club des DA, pour le lancement de la Play- station. « Nous partageons avec Duke la même vision et les mêmes valeurs, notamment sur l'engagement moral et de qualité envers les clients, ajoute Clark Kokich, d'Avenue A/Razorfish. Nous croyons au principe de l'agence " pure player " dédiée au média digital car le marketing interactif réclame une spécialisation et une composante technique forte. Nous ne pensons pas que la bonne solution soit d'intégrer tous les métiers pour proposer une offre globale à la fois hors et en ligne. »
L'arrivée des Américains sur le marché français était attendue. Elle annonce une nouvelle étape dans la consolidation de la communication interactive. Il reste peu d'agences indépendantes susceptibles de susciter les convoitises. Parmi les quatre premières agences françaises, Business interactif, cotée à Paris, est la dernière indépendante. Nurun est filiale de Québecor, Fullsix est dans le giron de WPP, actionnaire minoritaire, et Duke est désormais propriété d'Avenue A/Razorfish. « Business interactif pourrait être la prochaine sur la liste », commente un expert. Les agences de taille moyenne sont aussi concernées, à l'instar de WCube (6 millions d'euros de chiffre d'affaires), qui a reçu plusieurs offres. Son président, Thierry Vandewalle, salue l'opération réalisée par Duke : « Ce rachat va dans le sens de la consolidation de notre marché, qui est génétiquement mondial. C'est très positif. Duke reste un " pure player " français tout en participant à une aventure mondiale qui lui permet de partager un savoir-faire objectivement en avance. C'est intelligent. » Même satisfecit de la part de Philippe Seignol, ancien directeur général d'Isobar (Aegis) : « Bravo pour avoir signé avec les Américains, qui sont les " cadors " du Net, et de surcroît avec un " pure player ", ce qui est le sens de l'histoire. » En dehors des Web agencies, d'autres proies sont à saisir, notamment l'agence Mille- mercis, cotée à Paris et spécialisée dans les bases de données, et Nextedia, le groupe d'agences médias interactives créé par Henri Le Menestrel. Ce dernier serait actuellement en discussion avec le groupe britannique WPP. Mais tout reste ouvert...
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