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La chasse aux conseillers politiques est ouverte

15/03/2007 - par Delphine Masson

Toute échéance électorale connaît son lot de transferts des cabinets ministériels vers les conseils en communication. Qu'en attendent les patrons d'agence ? Enquête.

Àl'approche de l'élection présidentielle, la chasse aux « politiques » s'intensifie du côté des agences de communication. Cette semaine, deux transfuges de cabinets ministériels ont sauté le pas. Bruno Souchon, conseiller technique en charge du Parlement au cabinet du Premier ministre, a rejoint TBWA Corporate comme consultant en ­affaires publiques. Et Pierre-Jérôme Henin, conseiller en communication de Catherine Colonna, ministre délégué aux Affaires européennes, va intégrer Publicis Consultants pour y gérer, entre autres, les relations avec les institutions communautaires bruxelloises. Sans oublier Stéphane Pocrain, cofondateur du Conseil représentatif des associations noires (Cran) et ancien porte-parole des Verts, qui a préféré, il y a quelques semaines, le poste de vice-président de Draft FCB à celui de... président de la République. Il s'était en effet dernièrement lancé dans la course à la présidentielle.

Expertise médiatique

D'autres transferts pourraient suivre. Soumis aux aléas de l'alternance politique de par leur statut de contractuels, les conseillers des cabinets ministériels cherchent à se recaser. Burson-Marsteller a reçu une dizaine de curriculum vitae ces deux derniers mois, Publicis Consultants une trentaine depuis septembre 2006, et plusieurs parviennent chaque semaine à Harrison&Wolf, certains accompagnés d'un mot d'un ministre soucieux de l'avenir de ses équipes. Quant à Bernard Sananes, directeur général d'Euro RSCG C&O, il a d'ores et déjà rencontré une vingtaine de personnes, qui ont fait acte de candidature ou sont venues demander des conseils d'orientation à celui qui fut, de 1993 à 1995, conseiller pour la communication du ministre de l'Équipement, des Transports et du Tourisme. La filiale d'Havas affectionne ces profils. « Quand on a fait de la politique, on peut tout faire. C'est une excellente école », explique Bernard Sananes. Son agence compte d'ailleurs une dizaine de salariés issus de la fonction publique, contre six chez Publicis Consultants.

Que recherchent les agences en misant sur ces profils ? « Ils font preuve d'un niveau de conseil très élevé et d'une grande rigueur, répond Pierre-Yves Frelaux, directeur général de TBWA Corporate. Ils ont appris à gérer le stress, évoluent dans un contexte de crise permanent, savent travailler dans l'urgence et, en plus, ils ont une bonne plume. » Et qu'importe s'ils n'ont pas l'expérience des métiers de la communication. « Avec des gens intelligents, cela s'apprend », ajoute Pierre-Yves Frelaux. D'autant qu'ils sont rarement néophytes. « Ils font de la communication sans le savoir, souligne Bruno Walther, président de Draft FCB, lui-même ancien chef de cabinet de Brice Lalonde. Ils connaissent parfaitement les médias et les questions d'opinion. »

À ces compétences s'ajoute la connaissance d'un secteur d'activité, souvent utile en matière de conseil en affaires publiques, un domaine en fort développement. « En tant qu'agence généraliste, nous cherchons à couvrir l'ensemble de la société française en croisant des expertises professionnelles et la connaissance des secteurs d'activité de nos clients, explique Éric Giuily, président de Publicis Consultants et ancien conseiller technique puis directeur général des collectivités locales au ministère de l'Intérieur de 1981 à 1986. Ce qui nous permet, sur un sujet donné, de réagir vite en cernant au mieux les problématiques. » Bien connaître les enjeux politiques d'une consultation, les circuits de décision, la culture d'un commanditaire, pouvoir être rapidement pertinent, sont des qualités également très recherchées sur les appels d'offres publics. « C'est d'autant plus vrai qu'il s'agit de consultations très cadrées laissant peu de place à la discussion ou à l'approfondissement », commente Pierre-Yves Frelaux.

Carnet d'adresses

En embauchant des hommes politiques, les agences s'achètent-elles un réseau, la connaissance du contact qui leur fera décrocher un budget ? « Concernant TBWA Corporate, le copinage relève du fantasme, affirme Pierre-Yves Frelaux. Il nous arrive certes de ne pas participer à certaines compétitions pour ces raisons-là, la préférence nationale étant de notoriété publique dans notre secteur. Mais, pour le reste, c'est vraiment la connaissance d'enjeux politiques ou de certains rouages administratifs que nous achetons. » « Que la présence d'un individu puisse faire gagner à elle seule une compétition me laisse sceptique, renchérit Éric Giuily. Sinon, autant attendre le résultat des élections pour embaucher. Avec ces profils, nous intégrons un potentiel de relations utiles pour cerner un sujet en peu de temps. »

Dans ce concert, les propos de Jean-Christophe Alquier, président de Harrison&Wolf, détonnent. Pour lui, les agences capitalisent moins une compétence qu'un carnet d'adresses : « C'est très franco-français. On rend service en espérant un renvoi d'ascenseur. » Il va même jusqu'à évoquer l'existence d'emplois fictifs : en échange de bienveillances, des agences emploieraient des salariés travaillant pour des hommes politiques n'ayant pas les moyens de s'offrir des collaborateurs... Il est par ailleurs peu convaincu de l'intérêt d'embaucher ce type de profil. Passant du public au privé, de l'intérêt général à la culture commerciale, leur intégration serait loin d'être évidente. « C'est un peu comme passer du pont supérieur aux cabines populaires, commente Jean-Christophe Alquier. C'est moins glamour et souvent décevant. D'ailleurs, ces profils vivent dans l'attente d'une prochaine ­alternance. Dès que possible, ils regagnent le monde politique. »

Vrai pour certains, mais pas pour tous. Ainsi Éric Giuily et Philippe Paillart, président-directeur général de Burson-Marsteller et ancien conseiller technique, chef de cabinet, puis directeur de l'information et de la communication du ministère de l'Industrie de 1988 à 1993, n'ont-ils jamais quitté leur agence malgré de nombreuses propositions. « L'univers politique, c'est du 5h-1h du matin. Un travail harassant et difficile que l'on ne fait pas toute sa vie », explique Philippe Paillart. Ce qui ne l'empêche pas, pour le plaisir et à titre personnel, de continuer à militer en participant au « think tank » d'un candidat à la présidentielle qu'il ne souhaite pas nommer.

Militer autrement

Ces difficultés à intégrer des anciens de cabinets ministériels et de la sphère politique, aucun des patrons d'agence de communication ne les nient. À eux, estiment-ils, de confier les bons dossiers aux nouveaux arrivants. Sur ce point, Bruno Walther pense avoir trouvé une mission à la hauteur de Stéphane Pocrain : celle de transformer le marché de la publicité en développant des communications responsables. « Les marques qui refusent toute responsabilité sociale et environnementale sont condamnées à disparaître, lance-t-il. Dans les années cinquante, la publicité a réussi à pousser les ménages à s'équiper, ce qui a modifié du tout au tout la société de consommation. Sa nouvelle mission est de rendre le consommateur plus responsable et respectueux de l'environnement. Elle peut être un formidable accélérateur du changement, bien plus puissant que les Verts et les structures écologiques réunis. »

In fine, les profils politiques attirent les patrons d'agence plus qu'ils ne les rebutent. Pierre Siquier, président de Ligaris, espère bien pouvoir un jour en recruter. Mais toutes les agences ne peuvent y prétendre. Notamment celles qui n'ont pas un budget suffisamment important pour les attirer et les employer.

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