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La valse-hésitation des nouvelles élites

30/08/2007 - par Entretien : Alain Delcayre

Stéphane Fouks, coprésident d'Euro RSCG Worldwide, publie Les Nouvelles Élites - Portrait d'une génération qui s'ignore (Plon). Radioscopie de ces leaders d'opinion, longtemps restés dans l'ombre de la génération 68.

En quoi les Français de 30 à 45 ans, auxquels vous consacrez votre premier ouvrage, se distinguent-ils des baby-boomers ?

Stéphane Fouks. Contrairement à ces derniers, c'est une génération qui ne sait pas qu'elle est une génération. Or, tous ces gens qui pensent être isolés et avoir une réflexion autonome développent des valeurs, des projets et des codes communs. Ils décrivent la crise de la société française comme une crise structurelle et non conjoncturelle. Ils estiment que chaque pouvoir - politique, économique, médiatique- vit dans son coin. Et ils sont très critiques vis-à-vis de la génération des baby-boomers, qui ont pris le pouvoir et qui l'ont gardé sans rien en faire, se contentant d'avoir changé leur propre vie et non la société. Mais les 30-45ans ne s'en tiennent pas à ce seul constat. Ils estiment qu'il faut débloquer la société. Pourtant, ils n'ont pas l'ambition de changer le monde. Ils ont en revanche une volonté de changement à leur ­niveau, là où ils sont en responsabilité. Cette génération n'est pas dans le désir du pouvoir pour le pouvoir, mais plutôt pour ce qu'il permet de faire, pour l'action. Elle est d'ailleurs assez peu intéressée par les attributs traditionnels du pouvoir.

Quel est son rapport au travail et à l'autorité ?

S.F. Elle a une relation décomplexée au pouvoir, et pratique un mode plus collaboratif que hiérarchique. L'organisation bureaucratique cède la place à l'organisation en projet.

C'est une génération idéale que vous décrivez !

S.F. Encore faut-il qu'elle passe à l'acte... Elle ne peut plus se contenter d'être critique et de n'agir qu'à son niveau. Le temps est venu pour elle d'assumer et de se préoccuper de ce qui se passe dans la société et pas seulement dans sa sphère de pouvoir. Or la perception que les 30-45 ans ont du pouvoir laisse planer le risque de les voir se satisfaire du statu quo. Si toutes les élites restent dans leur propre champ de légitimité, il n'y aura plus d'endroit pour élaborer un consensus sur la société française. Le danger est dans cette fragmentation de la société et des pouvoirs, qui ont d'ailleurs développé leur propre système d'information : le monde économique avec Les Échos et le Financial Times, les politiques avec Le Monde, les médias audiovisuels avec Le Parisien...

Diriez-vous que Nicolas Sarkozy et le nouveau gouvernement sont en phase avec les aspirations de cette génération ?

S.F. Historiquement, en France, c'est la politique qui crée le mouvement. Cette fois, avec l'élection présidentielle, elle ne l'a pas créé, elle l'a donné à voir. Le renouvellement générationnel, dans l'entreprise comme dans les médias, était déjà à l'oeuvre. L'âge moyen des patrons du CAC40 a diminué de neuf ans pendant les quatre dernières années ! En fait, la composition du gouvernement a servi de cristallisation. Et Nicolas Sarkozy n'est qu'en partie en phase avec ces nouvelles élites. Il est l'expression du besoin de renouvellement et d'action porté par cette génération, mais il s'appuie encore beaucoup sur les ressorts politiques du passé, tant par rapport à l'exercice du pouvoir qu'à ses symboles. Pour autant, il est certain que la composition du gouvernement Fillon a révélé que cette génération était au pouvoir. C'est à elle maintenant d'y aller. Elle n'a plus d'excuse.

Au-delà de la fragmentation de la société, qu'est-ce qui peut encore la dissuader de prendre le pouvoir ?

S.F. La peur des médias, et donc de la notoriété qui vous désigne comme cible, est un réel obstacle. Les 30-45ans s'inquiètent de la « vidéocratie », qui donne le pouvoir à l'émotion. Mais contrairement à leurs aînés, ils sont conscients de la nécessité de communiquer. L'enjeu est de trouver le juste chemin entre l'hypermédiatisation et le repli dans sa tour d'ivoire. On ne peut pas ne rien dire, mais il faut veiller à ne pas trop en dire. Les communicants comme nous peuvent être un soutien à cette génération, pour qu'elle dépasse ses réticences.

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