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Storytelling

Nouveaux espaces de travail: la révolution au milieu du guet

24/07/2017 - par Gilles Deléris, cofondateur et président de l'agence W

Dans les entreprises, seuls 11% des collaborateurs se sentent engagés et se lèvent le matin avec le sourire. Ils sont 60% à indiquer qu'ils ne quitteraient pas leur lit s’il ne s’agissait pas de gagner de l’argent. Ceux qui restent sont activement désengagés, souffrent de leur situation, le font savoir et dégradent les processus de travail (1). Les raisons sont multiples. Certaines sont exogènes, d’autres relèvent de logiques installées dans les têtes et dans les faits. Elles rendent les remèdes d’autant plus complexes.

Pensée unique

Alors quoi? On subit? Non! Face à ces difficultés, les entreprises engagent peu à peu une remise à plat des conditions de vie de leurs salariés. Parmi les plus radicales, de nombreuses expériences d’entreprises libérées critiquent le système hiérarchique pyramidal et donnent des résultats. Mais ces transformations sont complexes à mettre en place. Elles supposent la volonté réelle au plus haut niveau managérial de culbuter des siècles de verticalité… face Nord.

Alors, en attendant, le management emprunte des sentiers moins escarpés et se concentre sur une vision renouvelée des espaces tertiaires. Les open spaces, conçus comme des chaines taylorisées de production, ont été un temps présentés comme le comble de la modernité et de l’efficacité. Depuis, les très riches start-up de la Silicon Valley ont rebattu les cartes en offrant à leurs employés convoités des conditions de services et de confort inédits.

Leurs exemples inspirent ceux qui ont la charge d’accompagner les réorganisations internes. Il s’ensuit une pensée unique, ou du moins calibrée, de l’aménagement de bureau tel qu’il doit être désormais.

Mise en scène

Le concept de «flex office» s’impose comme la solution au bonheur de l’employé du XXIe siècle. Tout est mis en œuvre pour créer des conditions physiques optimum et pour lui proposer un savoir-être aussi cool qu’efficace. Les espaces sont pensés en termes d’objectifs, dans un décor qui veut faire oublier le cadre du business. On s’y sent comme chez soi. On fait appel aux technologies facilitatrices d'échanges, de réservations de salle, de géolocalisation. Les applications spécifiques prennent le relais, estompant encore davantage la frontière entre sphères professionnelle et privée. Grâce à elles, on travaille, on mange, on fait du sport, on y passe littéralement sa vie. Elles s’imposent sans cesse de telle sorte que le lieu physique devient inopérant sans leur usage permanent. Cette liberté démonstrative poursuit le but de maintenir dans les murs celles et ceux qui seraient tentés de rentrer trop vite chez eux.

Implicitement, on a réinventé la pointeuse. Plus ambiguë encore, cette idée du bonheur professionnel met en scène la négation –Storytellingou l’abolition– du salariat. Tout se passe comme si la subordination à son employeur n’existait plus alors que demeurent inchangés les schémas managériaux initiaux.

Face à ces contradictions, on voit apparaître le stress des managers qui perdent le contrôle optique et physique de leur équipe disséminée ça et là. Les collaborateurs se plaignent d’un big brother numérique qui les suit pas à pas. Du coup, on en appelle au droit à la déconnexion: poison-contrepoison-poison…, pour un bonheur «monitoré» et une nouvelle norme sociale qui s’imposent à tous.

Redéfinition positive

La révolution des organisations ne peut se satisfaire d’une transformation numérique et spatiale. La redéfinition positive du rapport à son travail ne se résout pas dans une pâle copie du Googleplex [le siège social de Google]. Elle génère depuis cinq ans des clones architecturaux, aux dépens de la singularité, de l’histoire, de la culture de chaque entreprise.
Ces solutions présentent naturellement des atouts, mais font l’économie d’un corps social complexe qui continue, dans bien des domaines, à exercer son métier selon des canons opérants. Mais elles font surtout l’impasse sur l’examen critique des rapports entre collègues, comme ils ont été pensés par les révolutions industrielles, avec leurs cascades de chefs, de contremaîtres et de positions subalternes déresponsabilisées. Tout change, mais derrière le miroir, rien ne change. Cette illusion de liberté dans l’espace, dans les horaires, dans le temps partagé confrontée à l’immobilisme managérial envoie des signaux paradoxaux.

L’enjeu consiste bien à corréler management et fonctionnement physique des lieux de travail. Cette mutation est lente. Elle ne s’impose pas du jour au lendemain, mais la qualité des espaces, du confort et de la qualité de vie, comme incarnation de cette transformation, seront alors de formidables alliés.

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