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Inspirations

Le carnet, ça cartonne

01/10/2017 - par Caroline Bonacossa

Alors que les smartphones sont dans toutes les poches, certains s’agrippent à leurs calepins et autres agendas papier, qui connaissent un regain salvateur.

« Le papier fait de la résistance » : ce pourrait être un slogan à l’heure où les smartphones et assistants vocaux dynamitent nos repères-pépères et révolutionnent nos habitudes. Mais c’est surtout le nom d’une marque créée le 18 juin 2013. Comme un hommage au général de Gaulle et un appel, non pas téléphonique ou radiophonique, mais dactylographique, à tous ceux qui aiment entendre le bruit plus ou moins sonore des pages d’un carnet que l’on noircit. « Nous avons voulu faire de la résistance, en créant une marque impertinente, avec des cris de ralliement comme "Arrêtez de vous raconter des histoires, écrivez-les" », explique Nicolas Guillemot, cofondateur.

Trois des quatre associés historiques avaient d’abord monté leur boîte de conseil et d’investissement avant que l’idée de se lancer eux-mêmes ne les taraude. « Dans notre univers dédié au web et aux start-up, tous nos interlocuteurs étaient accros à leur carnet Moleskine. On s’est dit que ça valait le coup de casser ce monopole en proposant des carnets d’excellente facture. Mais commercialisés avec les codes du digital : site dédié et e-commerce ». Le papier Munken print 90 grammes, les feuilles cousues-collées détachables format 22x13 cm, numérotées decrescendo pour ne pas se retrouver sans munition, le soufflet avec encoche à carte de visite et l’élastique vertical pour y accrocher un stylo, pourquoi pas une plume... Tous ces détails ont ravi les amoureux de la calligraphie. Des marques de mode comme Chanel ou Kenzo leur ont aussitôt commandé des carnets personnalisés à offrir à leurs clients. Plus efficace qu’une bonne campagne de com...

Résultat, après quatre ans d'existence, les fondateurs inaugurent leur première boutique à Lyon, affichent 100 points de vente, jusqu’au Japon - où l’un des leaders mondiaux de l’écriture développe un projet avec eux -, et envisagent une levée de fonds significative.

Best-sellers.

Une ascension qui rappelle celle de leur prédécesseur, Papier Tigre, créé en 2012 par trois copains qui travaillaient dans un studio de création sur l’identité visuelle. « Nous nous disions que nous pouvions faire valoir notre savoir-faire graphique et d’impression, que l'on devrait en faire quelque chose » confie Maxime Brenon, cofondateur de Papier Tigre, qui peut, de prime abord, être pris pour un étudiant-vendeur de la boutique. Leurs premiers carnets présentés sur un bout de stand au salon Maison & Objet tapent dans l’œil de Colette et du Bon Marché. L’aventure s’enclenche. L’enseigne de papeterie aux couleurs toniques et graphiques a désormais deux boutiques : l’une dans le Marais, l’autre à Tokyo, 250 revendeurs dans 25 pays qui affichent +60 % de ventes cette année. Leur best-seller depuis trois ans ? « Le primeur », un calendrier cartonné et ajustable selon les mois indiquant les fruits et légumes de saison, vendu 27 euros. Preuve que cette appétence papetière relève aussi un goût pour l’immémorialité des traditions rassurantes.

Leurs carnets, dont le chanteur Vincent Delerm est fan, tiennent le haut du pavé et ont attiré l’attention d’un vétéran incontesté : Quo Vadis. La marque, créée en 1954 par le docteur Francis Georges Beltrami, inventeur du planning qui permet de visualiser d’un coup d’oeil ses rendez-vous de la semaine, affiche un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros en 2016. Elle produit 8,2 millions d’agendas et carnets par an, en quinze langues, vendus dans 60 pays. « Nous avons été un peu surpris et flattés qu’ils s’adressent à nous pour une édition limitée de carnets et d’agendas, raconte Maxime Brenon. Et nous avons eu un peu peur aussi, car l’agenda est un secteur problématique, à la baisse. En y réfléchissant, on s'est dit qu’il y avait un gros boulot à faire. C’est justement notre travail : que cette industrie continue à produire en France, à Carquefou, en Loire-Atlantique et fasse travailler 300 personnes ». Un deal gagnant-gagnant pour la jeune pousse qui se donne de la visibilité grâce aux milliers de points de vente Quo Vadis et la « vieille dame » qui s’offre un sacré lifting, acceptant de bousculer son immuable grille hebdomadaire. « Nous sommes ravis de ce travail qui relève plus de la coédition que de la collaboration et pour lequel nous nous sommes mutuellement réengagés pour 2019. Ils font des produits élitistes de grande qualité et très créatifs » s’enthousiasme Jérôme Nusse, le président de Quo Vadis.

Bullet journal.

Bien décidée à combler les gratte-papier amoureux de la sensualité du vélin que le digital ne parvient pas à détrôner, la marque sexagénaire prévoit, pour les fêtes, de proposer des agendas sur-mesure à composer sur son site en choisissant couleurs, horaires et personnalisation des cases. Une manière de répondre à l’engouement anglo-saxon pour les « bullet journal ». Ces carnets créatifs à personnaliser où se mêlent semainiers, mémos, to-do list, inventaire d’idées et même journal intime font un tabac. Le kit Bullet Journal ou Bujo mis en vente par Quo Vadis mi-mai, a été en rupture de stock en quinze jours avant d’être réédité.

Même écho, amplifié, chez le premier à l’avoir commercialisé en France : les éditions du Chêne, sur une idée de la directrice générale Fabienne Kriegez. Les 10 000 premiers exemplaires se sont vendus aussitôt : « On a mis au point ce carnet avec une graphiste créative, avant de le décliner en carnet de voyage. J’avais repéré cette tendance émergente sur la Toile. Contrairement au numérique dont toute trace peut parfois s’effacer malencontreusement, le papier est pérenne et fait la part belle à une créativité que le digital ne pourra jamais concurrencer ». Voilà qui est maintenant imprimé !

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