
04/12/2008 - La révolution verte est en marche dans la Silicon Valley. Elizabeth Pastore-Reiss et Bruno Paillet, deux professionnels de la communication, y ont visité quelques entreprises phares. Impressions de voyage.
Jeudi 18 novembre, dix-sept Français, consultants, directeurs de communication et responsables du développement durable, mettaient le cap sur la Californie. Parmi eux, Elizabeth Pastore-Reiss, directrice d'Ethicity, agence-conseil en marketing et communication éthique, et Bruno Paillet, directeur général du cabinet-conseil en choix d'agence Conseils & Annonceurs Associés, les deux initiateurs de ce voyage d'études.
Leur objectif : prendre une longueur d'avance dans leur métier en visitant quelques entreprises phares de la mythique Silicon Valley. Siège de la révolution Internet, la région est aussi le nouveau fief d'entreprises faisant de la responsabilité environnementale et sociétale (RSE) un axe majeur d'innovation, de différenciation et de compétitivité.
A San Francisco, Realchange, une société spécialisée en management et «learning expedition», leur avait concocté un programme de choix : visite de Google, d'Hewlett-Packard, de Pacific Gas & Electric, l'EDF-GDF local, mais aussi de Whole Foods Market, le pionnier du supermarché bio dont Monoprix s'est largement inspiré.
Les Français ont également été reçus chez Global Exchange, une ONG particulièrement dynamique en matière de droits de l'homme et de commerce équitable, sans oublier Saatchi Sustainability (groupe Publicis), agence-conseil en stratégies de développement durable qui a conçu un étonnant programme pour les salariés de Wal-Mart, le géant américain de la distribution nouvellement converti à la RSE (lire ci-contre).
Au programme, également, la visite de start-up comme Kiva, l'inventeur du microcrédit 3.0 (lire ci-contre) et Tesla Motors, le fabricant américain d'automobiles, entreprise phare de la révolution verte financée par Elon Musk, cofondateur de Paypal, société de paiement en ligne rachetée par Ebay. Signe des temps, ce jeune milliardaire de la nouvelle économie n'a aujourd'hui qu'un rêve : commercialiser la première voiture de sport entièrement électrique, à la fois performante, esthétique et écologique.
Le «double vert» des entrepreneurs américains
«“Green is gold, green is dollar” : le “double vert” est sur toutes les lèvres. Les entrepreneurs de la Silicon Valley y croient et ils ne font pas les choses à moitié. Ce sont de vrais fonceurs», commentent Elizabeth Pastore-Reiss et Bruno Paillet, visiblement séduits par l'énergie et l'état d'esprit combatif entrevus sur place. «Une personne sur quatre sera au chômage cet hiver à San Francisco, mais nous ne l'avons pas ressenti, pousuivent-ils. Les difficultés, les échecs sont pour eux une force, l'occasion de rebondir. En France, ceux qui échouent sont des mauvais. Ici, ce sont des gens bien qui ont osé.» Une attitude qui, selon eux, est la meilleure façon d'aborder le développement durable. «Personne n'a la solution au monde de demain. Pour la trouver, il faut nécessairement expérimenter, être pragmatique, tester des actions à petite échelle avant de les généraliser», ajoute Elizabeth Pastore-Reiss.
D'un côté, de petits entrepreneurs originaires de pays en voie de développement qui recherchent des fonds pour ouvrir une boutique ou moderniser une plantation de riz. De l'autre, des citoyens prêts à prêter de l'argent à condition de savoir à qui et à quoi il va servir. Entre les deux, le site Kiva.org, créé en 2005 à San Francisco par un ancien d'Ebay avec le soutien des grandes compagnies de la Silicon Valley, dont Google et You Tube, qui assurent sa publicité en ligne. Le site a vu sa popularité décoller après l'attribution en 2006 du prix Nobel de la paix à Muhammad Yunus, créateur de la Grameen Bank, organisme de microcrédits permettant aux paysans du Bangladesh d'emprunter de petites sommes à un taux très bas. Aujourd'hui, ce sont quelque 73 000 dossiers qui ont été financés par 362 600 internautes. Le montant total des sommes prêtées représente 50 millions de dollars. Avec Kiva.org, la philanthropie se met donc à l'heure du Web 3.0, sans mauvaise surprise (97% des prêts ont été remboursés entre six à douze mois). Aussi les internautes en redemandent, puisqu'ils sont 65% à réinvestir leurs sommes. Tous les bons côtés du Web sont exploités : possibilité de créer des communautés de prêteurs, paiement en ligne sécurisé, création d'un profil de prêteur avec photo, mise en ligne de l'histoire de l'emprunteur, qui informe des progrès réalisés suite au prêt. Ce site devrait donner des idées aux ONG, car toutes cherchent à développer la collecte de fonds en ligne.
Chez HP, on voit les choses en grand. Le groupe informatique ne parle d'ailleurs pas seulement d'environnement, mais de «citoyenneté mondiale». Pour lui, le développement durable est l'occasion de remettre en question ses technologies, son activité, son organisation et ses pratiques sociales, sans perdre de part de marché. C'est d'ailleurs pour contrer de petits concurrents qui grignotaient l'un de ses marchés les plus lucratifs avec des cartouches d'encre reconditionnées plus écologiques que HP a lancé, dès 1991, «Planet Partners», un programme de reprise et de recyclage de cartouches. Depuis, il est cité en exemple pour les pratiques sociales et environnementales de sa chaîne d'approvisionnement. Le groupe s'est également fixé des objectifs ambitieux en matière de réduction de consommation d'énergie, de recyclage des produits, de respect de la vie privée… Il innove aussi avec son souhait de réduire la consommation de papier imprimé, non pas les 2% concernés par ses imprimantes, mais les 98% restant, souvent gaspillés. Son idée : proposer des services d'impression à la demande de journaux, livre et documents, pour que ne soit matérialisé que ce qui est vraiment consommé par le lecteur. Une nouvelle approche, typique d'une démarche développement durable, qui consiste à vendre non plus des produits, mais bien des services.
Jusqu'à présent, Wal-Mart était plutôt connu pour la forte pression exercée sur ses fournisseurs et pour la faiblesse de son modèle social (bas salaires, couverture santé a minima, absence de syndicats…). Le numéro un mondial de la distribution souhaite changer son image et son comportement pour devenir un leader incontesté du développement durable. Plusieurs mesures ont été récemment annoncées et prises en ce sens, comme l'achat d'énergie renouvelable ou la vente de produits biologiques. Le groupe a également lancé, en 2007, un programme engageant ses quelque 1,3 million de salariés sur un projet personnel de développement durable. Concrètement, chacun d'eux est appelé à se fixer un objectif : arrêter de fumer, maigrir, faire du sport, prendre les transports en commun, dire bonjour au chauffeur du bus, boire de l'eau dans une gourde, passer plus de temps avec ses enfants… Chaque objectif est assorti d'indicateurs de mesure des progrès réalisés. Cinq cent mille salariés ont d'ores et déjà joué le jeu, enrôlés par des «salariés capitaines» chargés de motiver les troupes et de suivre les performances de chacun. L'entreprise peut également accorder des bonus ou des tarifs préférentiels à ceux qui choisissent de manger bio. Pour Wal-Mart, pas de doute : ces petits gestes qui améliorent le bien-être des salariés feront à terme la différence en terme de protection de l'environnement et de santé publique. Mais aussi d'efficacité et de productivité économique.
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Mots-clés :
Silicne Valley, développement durable
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