01/04/2009 - Pour le ministre de l’Écologie et du Développement durable, les publicitaires sont des relais essentiels pour modifier en profondeur les modes de consommation.
Les entreprises françaises sont-elles en retard en matière de développement durable ?
Jean-Louis Borloo. Elles ont clairement pris le virage. Elles ont compris que c'était là que se situait leur principal relais de croissance dans les dix ou quinze ans à venir. Notre pays a tous les atouts pour devenir demain l'un des deux ou trois grands leaders de la croissance verte.
La crise est-elle, selon vous, un frein ou une opportunité pour le développement durable ?
J.-L.B. Elle va surtout permettre d'accélérer la mutation écologique. Le Grenelle de l'environnement, ce sont près de 400 milliards d'euros d'investissement et près de 550 000 emplois dans tous les domaines de la croissance verte : le bâtiment, les transports, les énergies renouvelables, la rénovation thermique, etc. Je rappelle que 35% des investissements prévus par le plan de relance concernent directement les chantiers du Grenelle de l'environnement. Grâce à ces investissements programmés sur le long terme, nous donnons de la visibilité à nos industriels et à leurs sous-traitants.
Les problèmes de pouvoir d'achat ne risquent-ils pas de ralentir la consommation des produits verts ?
J.-L.B. Sauf quand le produit «vert» coûte moins cher à l'achat ou consomme moins d'énergie. Un exemple : dans le domaine de la rénovation thermique, c'est le moment où jamais pour les Français de faire des économies sur leurs factures en profitant dès maintenant du cumul exceptionnel du crédit d'impôt développement durable et de l'écoprêt à taux zéro. Selon une étude récente du Boston Consulting Group, la rénovation d'un appartement de 100 m² en mauvais état permet d'économiser jusqu'à 1 400 euros par an ! C'est un vrai plus en termes de pouvoir d'achat.
On assiste à une multiplication de labels bio ou verts qui sèment la confusion dans l'esprit du consommateur. Que faire ?
J.-L.B. Sans doute aller vers plus de simplicité et de lisibilité. En attendant, je vous en recommande trois ou quatre : l'écolabel national NF-Environnement, l'écolabel européen et les produits issus de l'agriculture biologique ou du commerce équitable…
Le packaging, qui est un support important de communication et d'innovation pour les marques, et plus largement les emballages ne sont pas vraiment écologiques. Que prévoyez-vous à ce sujet ?
J.-L.B. Nous avons justement signé avec la grande distribution et les industriels des conventions pour réduire le volume de leurs emballages. À titre d'exemple, les engagements pris par les industriels vont permettre d'économiser 17 millions de tonnes de matières premières à l'horizon 2012 et d'éviter le rejet de 11 millions de tonnes de CO2. Chaque filière s'est engagée sur des objectifs chiffrés : 15 000 tonnes d'emballages en moins sur cinq ans pour les détergents; 5 200 tonnes pour les biscuits et gâteaux; 50 000 tonnes pour les spiritueux, etc. Le déchet, ça coûte cher à l'entreprise en stockage et en transport, ça coûte cher à la collectivité et ça coûte cher au consommateur.
Comment expliquez-vous que les publicitaires se soient retrouvés au cœur du Grenelle de l'environnement ?
J.-L.B. Pour deux raisons. D'abord, dans nos sociétés, tout repose sur la consommation : si on parvient à modifier en profondeur les modes de consommation, ce sont ceux de la production et de la distribution qui évolueront. De plus, les publicitaires comprennent ou anticipent peut-être mieux que les autres les attentes des consommateurs. C'est même leur boulot ! C'est pour cela qu'il est important qu'ils soient au cœur du Grenelle. Ce sont des relais d'opinion importants. Il y a comme un jeu de miroirs : ils sont à la fois le reflet des nouvelles aspirations de la société et des relais essentiels pour modifier les comportements.
La publicité vous paraît-elle suffisamment citoyenne ?
J.-L.B. Comme dans tous les secteurs, les choses évoluent plutôt dans le bon sens, chacun est conscient de sa responsabilité. Nous avons voulu laisser le temps aux acteurs de s'adapter. On incite, on informe, on accompagne et on évalue ensuite.
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