
24/03/2011 - En communication aussi, il y a un avant et un après Japon pour l'industrie nucléaire française. Areva, EDF et les pouvoirs puiblics doivent retrouver la confiance des Français.
Quelle trace va laisser la catastrophe de Fukushima dans l'opinion publique française? Lundi 21 mars, alors que les Japonais comptaient leurs morts et s'alarmaient plus que jamais des conséquences de l'accident nucléaire, deux sondages ont ajouté leurs voix à la bataille médiatique qui agitent pro et antinucléaires depuis le vendredi 11 mars, jour où le tsunami post-séisme a frappé le Japon et endommagé la centrale (lire page 10).
Le premier, commandé par EDF à TNS Sofres et réalisé en pleine crise, les 15 et 16 mars, indique que 55% des Français sont opposés à la demande des écologistes d'abandonner la production d'électricité nucléaire en France. Le second, signé Ifop, émane cette fois d'Europe Ecologie. Selon lui, 70% des Français sont pour une sortie du nucléaire: 51% pour un arrêt progressif à 25 ou 30 ans et 19% pour une sortie immédiate.
De quoi nourrir un peu plus les suspicions entourant les instituts d'études et leurs sondages, outil de communication très appréciée des entreprises et des associations. De quoi aussi alimenter le flot d'informations discordantes, péremptoires voire mensongères qui se succèdent depuis dix jours.
Notamment au Japon, où le gouvernement, soucieux d'éviter la panique, a fini par perdre sa crédibilité en distillant des messages contradictoires. Tokyo Electric Power (Tepco), quatrième producteur mondial d'électricité, en charge de la centrale de Fukushima, est également critiqué, tant pour sa communication floue et tardive que pour ses pratiques frauduleuses: l'entreprise n'a cessé, par le passé, de falsifier les rapports d'inspection de ses installations.
En France, dès le début de la crise, les principaux acteurs de la filière nucléaire, EDF et Areva, mais aussi l'Etat, actionnaire des deux groupes, n'ont eu qu'un mot d'ordre: information et transparence. «Tout a été fait pour communiquer abondamment et effacer les stigmates de Tchernobyl», commente Didier Heiderich, président de l'Observatoire international des crises.
En 1986, les autorités françaises avaient minimisé au maximum l'impact de l'accident, assurant que le nuage s'était arrêté à la frontière allemande. Pas de déni, cette fois, sur la gravité de la situation. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ont multiplié les communiqués et les points presse.
Une réunion d'urgence entre acteurs de la filière, parlementaires et ministres en charge du dossier, Nathalie Kosciusko-Morizet à l'Ecologie et Eric Besson à l'Energie, a même été organisée le 16 mars à l'Assemblée nationale: une vaste opération «porte-ouverte» retransmise sur France 3 et LCP où chacun s'est exprimé.
«Toute l'information que nous avons, nous la donnons. Nous ne travestissons aucune réalité», a insisté Eric Besson. «Le gouvernement s'appuie sur les experts, les scientifiques. C'est une communication lucide et réaliste qui fera date», commente Tea de Peslouän, directrice du département crise de l'agence Burson-Marsteller. Le gouvernement s'est ainsi montré plus alarmiste que son homologue japonais, donnant une note plus élevée au risque nucléaire. «Il s'est affiché en expert lucide. Sa parole n'en est que plus crédible», poursuit Didier Heiderich.
Rassurer
Autre enjeu dans cette crise protéiforme: rassurer les Français en communiquant sur la sûreté. Le gouvernement s'est engagé, très vite, à contrôler les réacteurs du pays, au regard notamment des risques sismiques, et à rendre public les résultats.
Une ligne reprise par EDF, qui a ouvert ses centrales à plus de deux cents journalistes soucieux de comprendre les mécanismes et les procédures d'un secteur s'affichant comme le plus contrôlé de France. Bien qu'avec parcimonie, Henri Proglio, son président, s'est tout de même exprimé sur RTL et dans Le Monde pour revenir sur «l'obsession de la sûreté» qui anime le groupe.
Rassurer, c'est aussi la mission confiée aux salariés d'EDF à qui il s'est adressé par courrier. La lettre, révélée par le site Mediapart, revient sur quelques arguments à mettre en avant pour rassurer familles, voisins et amis, comme les 2 milliards d'euros annuels investis par EDF en maintenance pour garantir un niveau de sûreté optimum.
«Lors du séisme, j'étais au siège de mon entreprise à Tokyo et la tour a bougé horizontalementde 3 à 4 mètres», témoigne Charlotte Bouvier, directrice du marketing et de la communication d'Uniqlo France. Touchés de plein fouet par la catastrophe, les géants japonais, tous secteurs confondus, de l'automobile (Honda, Toyota) à l'électronique de loisir (Nintendo, Sega, Sony) en passant par le prêt-à-porter (Uniqlo), ont annoncé leur intention de faire des dons, rejoints par des entreprises étrangères, notamment américaines (Boeing, Citigroup, Gap, Walt Disney, Wal-Mart) et françaises (Renault, Sanofi-Aventis). Le fabricant de textile Fast Retailing (Comptoir des cotonniers, Princesse Tam Tam, Uniqlo, etc.) a donné environ 12 millions d'euros, et Sony 2,6 millions. «Pour l'instant, les dons des entreprises japonaises sont spontanés, raconte Philippe Pamart, directeur de la société de conseil Go to Japan, rentré de Tokyo le 15 mars. Les firmes nippones n'ont aucune arrière-pensée et n'évoluent pas dans le registre de la publicité gratuite. Il y a également de nombreuses initiatives de célébrités et de sportifs, on peut dire que les Japonais font groupe.»
Dans ce contexte, toute tentative de récupération ou perçue comme telle est vouée à l'échec. Microsoft en a fait les frais avec une opération de marketing sur Twitter pour son moteur de recherche Bing. L'aide était conditionnée à la reprise d'un message contre un dollar reversé aux victimes du tremblement de terre. Face aux protestations sur cette action jugée déplacée, la firme a présenté ses excuses.
Opérations spéciales diverses
Autre type d'initiative, des dons de biens matériels. Areva et EDF en ont envoyé pour aider la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), qui exploite la centrale nucléaire de Fukushima, en sérieuse difficulté. Certains dons sont assez inédits, concernant des produits ou l'activité phare des marques. Ainsi Sony, qui donne 30 000 radios, et Fast Retailing, qui distribuera gratuitement pour 6 millions d'euros de vêtements Uniqlo et GU aux sinistrés. L'opérateur Deutsche Telekom remboursera à ses clients en Allemagne leurs communications vers le Japon passées après le tremblement de terre. La marque de ballerines Repetto et le site de vente de chaussures Spartoo vont bientôt proposer des opérations spéciales.
En France, Uniqlo démarre une collecte de fonds dans ses deux magasins franciliens et sur son site Internet. Une action déployée à l'échelle mondiale dans les points de vente du groupe Fast Retailing. «Nous portons le deuil des victimes de la catastrophe et sommes extrêmement meurtris en interne», souligne Charlotte Bouvier.
Quel rapport entre les athlètes et les nageurs français, qui ont brillé cet été lors de leurs championnats d'Europe respectifs? Un sponsor impliqué dans le nucléaire: Areva pour l'athlétisme, EDF pour la natation.
La catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, au Japon, conduit les deux entreprises à être plus discrètes en communication. Mais pas dans le sport. A la Fédération française d'athlétisme, personne ne craint un retrait, même provisoire, d'Areva. L'entreprise devrait bientôt s'afficher en grand pour annoncer le troisième Meeting Areva, qui se déroulera le 8 juillet au Stade de France, à Saint-Denis.
«Les marques ne doivent surtout pas lever le pied, affirme Gilles Dumas, directeur du cabinet d'études Sportlab. Au contraire, le sponsoring sportif permet à la marque de continuer à s'exprimer, tout en s'éloignant de ses problématiques premières.»
Areva et EDF n'ont pas choisi l'athlétisme et la natation par hasard. Ce sont les deux sports olympiques qui font appel à la seule force physique de l'homme, sans aide mécanique.
«Contrairement à d'autres sports, comme le football par exemple, l'athlétisme est à l'abri des moqueries possible, poursuit Gilles Dumas. Areva profite aussi d'un sport qui n'a pas le coté ostentatoire que pouvait avoir la Coupe de l'America, en voile, où l'entreprise était précédemment engagée.»
«Ces marques démontrent aussi qu'elles peuvent avoir un engagement utile et responsable en accompagnant des sportifs dans des disciplines moins médiatiques», estime de son côté Julien Guagliardo, directeur-conseil chez Carat Sport.
Laura Talias
Bonjour,
Le relais de l'information et les dispositifs de communication mises en oeuvre en situation de crise sont des stratégies essentielles, et très attendues.
J'en parle ici aussi!
tipsandtic.wordpress.com/2011/04/06/quand-emotion-et-information-riment-avec-manipulation
Un extrait :
"Lorsque l'on examine les informations autour d'une crise ou situation grave, il faut aussi savoir prendre du recul.
D'autant plus que l'information est issue des médias, et est rarement brute. Elle est retravaillée, anglée, sélectionnée et amputée.
Si l'on ajoute à ce postulat que la catastrophe est l'aubaine médiatique par excellence, mieux vaut y réfléchir à deux fois..."
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