
08/09/2011 - Confronté aux travers du professionnalisme, le rugby, dont la Coupe du monde débute vendredi 9 septembre en Nouvelle-Zélande, risque de voir ses valeurs s’effriter. La discipline compte garder une image positive en s’appuyant sur l’esprit d’équipe plutôt que sur des icônes.
Sébastien Chabal ne sera pas en Nouvelle-Zélande pour la Coupe du monde de rugby, qui se tiendra du 9 septembre au 23 octobre. «Caveman» n'a pas été retenu dans le XV de France par le sélectionneur, Marc Liévremont. Cette décision a contrarié les marques, dont le rugbyman le plus connu des Français était le chouchou. Elles devront se trouver d'autres icônes. Pas facile pour une discipline dont le principal argumentaire en termes d'image est la force du collectif.
«Le rugby a toujours eu des personnalités fortes, comme Jean-Pierre Rives, Serge Blanco, Sébastien Chabal ou Bernard Laporte, mais la discipline ne supporte pas l'individualisme», affirme Bruno Bianzina, directeur général adjoint de l'agence Sport Market. «Le public réclame des icônes, mais la force du rugby réside dans le collectif et la diversité. L'individu est au service d'un objectif commun», ajoute Raphaël Niémi, responsable du sponsoring à la Société générale. Partenaire de la Coupe du monde, de la Fédération française de rugby (FFR) et de la Ligue nationale de rugby (LNR), le groupe bancaire a fait du collectif la signature de sa dernière campagne publicitaire, réalisée par Fred & Farid: «L'esprit d'équipe.»
Cette image est la force du rugby. Avec elle, la discipline traverse les années. L'Ovalie évite surtout les écueils liées à l'arrivée du professionnalisme et de l'argent. «Le capital sympathie est indéniable, et, malgré les années, l'image du rugby reste encore très traditionnelle», observe Bruno Lalande, directeur de Kantar Sport. En mars, une enquête de l'institut d'études qualifiait la discipline par quatre valeurs fortes: état d'esprit dans le jeu, combativité, convivialité et ambiance.
Sportlab n'a également pas remarqué de faiblesse dans l'image du rugby: «Depuis 2003, ses valeurs positives se sont confortées, confirme Gilles Dumas, directeur général du cabinet-conseil en marketing sportif. Dans le même temps, la discipline a perdu son seul item négatif: l'aspect violent du jeu. C'est sans doute en partie du à l'effet show-biz et spectacle introduit par le Stade français.» Un paradoxe, car, de l'avis des spécialistes, le jeu est au contraire devenu plus violent.
Un palier a été franchi
«Pour un annonceur, le rugby est plus noble en termes d'image que le football, précise Frank Hocquemiller, directeur général de VIP Consulting. Le rugby fait moins peur que le football. Toutefois, au contraire du football, le public a bien du mal à citer trois joueurs de l'équipe de France de rugby.» En fait, au grand dam de cet agent de sportifs, les marques «achètent» plus le rugby que les rugbymen.
Dans ce discours centré sur le collectif, difficile de retrouver des porte-parole forts. Sébastien Chabal mis à part, aucun rugbyman n'est utilisé seul par les annonceurs. Mennen, avec l'agence H, parie sur Morgan Parra, Maxime Médard et François Trinh-Duc. De son côté, Dim, aidé par Publicis Conseil, a recruté Thierry Dusautoir, Maxime Mermoz, Aurélien Rougerie, Alexis Palisson et Henry Chavancy. Quant à la marque Renault, épaulée par Publicis Dialog, elle mise sur Imanol Harinordoquy, Morgan Parra et Sylvain Marconnet. «Même si l'esprit du collectif nous séduit, nous avions aussi besoin de personnalisation, confie Guillaume Josselin, directeur marketing et communication de Renault France. Le choix des joueurs a été fait sur leur notoriété et leur qualité de jeu.» Partenaire de la Fédération française de rugby, le constructeur automobile s'est également lié avec quatre-vingts clubs hexagonaux. Le rugby apparaît pour la marque au losange comme un parfait outil d'animation des concessionnaires régionaux et locaux. Ceux-ci s'appuient sur l'image des trois joueurs.
Si l'image d'un rugby convivial, sympathique et festif a la peau dur, dans les faits, la discipline s'est professionnalisée. Pour les joueurs du Top 14, la première division du championnat de France, les troisièmes mi-temps d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec celles de leurs aînés. L'arrivée de l'argent des télévisions et des sponsors a permis à la discipline de franchir un palier. Les clubs et les structures se sont professionnalisés. Sur la pelouse, les joueurs contestent plus souvent les décisions des arbitres. Dans les vestiaires, les thèmes autour du dopage et ds contrats apparaissent plus souvent dans les conversations. «Le rugby est à la croisée des chemins, estime Frédéric Bolotny, économiste du sport. La discipline a beaucoup à craindre pour les années futures. Un rugby à deux vitesses se dessine et les différences économiques entre les clubs sont plus importantes.»
Coupe du monde 2011.
Partenaires: Emirates, Master Card, Heineken, ANZ/Société générale, DHL. Sponsors: Brancott Estate, Toshiba, Land Rover, Microsoft. Fournisseurs: Canterbury, Gilbert (ballons), Coca-Cola, Blackberry, Tag Heuer, Russell McVeagh (avocats), KPMG (comptabilité), Dole (fruits et légumes).
Fédération française de rugby.
Partenaires: GMF, Société générale, Nike (Adidas à compter de juillet 2012), Orange, Renault. Sponsors: France Télévisions, Air France. Fournisseurs: Eden Park, Orangina-Schweppes, Française des jeux, RATP, Gilbert, Neptune (Saint-Yorre), Parex Lanko, Predator, Simmons.
Ligue nationale de rugby.
Partenaire titre: Orange. Partenaires: Société générale, GMF, PMU. Arbitres: La Poste. Fournisseurs: Les Opticiens mutualistes, Land Rover, Gedimat. Médias (Top 14): Canal+.
Avec un voyage de plus de trente heures d'avion et un décalage horaire de dix heures, le XV de France joue vraiment aux antipodes. Disputés dans l'après-midi et en soirée en Nouvelle-Zélande, les matchs de la Coupe du monde de rugby seront visibles en France en pleine nuit ou, au mieux, en matinée.
«Cela ne nous dérange pas, car les matchs de l'équipe de France sont programmés le samedi ou le dimanche matin», explique François Pellissier, directeur des sports de TF1. La chaîne, détentrice des droits exclusifs de l'événement, acquis 40 millions d'euros, a revendu une partie des matchs à France Télévisions et Canal+. «Tous les supports du groupe seront mobilisés et nous comptons faire vivre les sept semaines de la compétition grâce aux images exclusives de notre cameraman qui partage la vie des joueurs», poursuit-il.
Actualité sur Internet et analyse dans le support papier
Même constat au journal Midi olympique, où le décalage horaire n'est pas préoccupant. «Nous jouerons la complémentarité entre le support papier et le site Rugbyrama, que nous avons en commun avec Eurosport», indique Jacques Verdier, directeur de la rédaction du titre. Les analyses seront dans le journal. L'actualité chaude et les vidéos sur le site.» Celui-ci profitera des images de la chaîne de sport du groupe TF1 pour se démarquer de la concurrence.
Enfin, et bien sûr, L'Equipe ne sera pas en reste et mobilisera, comme ses confrères, l'ensemble de ses marques, du quotidien papier à la télévision en passant le Web.
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