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1/10. Marseille, une identité mal assumée

Régions

10/09/2012 -

Premier article d'une série sur les stratégies de marque des grandes villes françaises. Dans la bataille que se livrent les collectivités pour se distinguer de leurs voisines, la deuxième ville de France, Capitale européenne de la culture 2013, compte sur son dynamisme artistique pour émerger. Mais le décalage entre discours et réalité subsiste.

«Marseille continue à avoir mauvaise réputation. Ça c'était calmé, il suffit de trois assassinats dans la rue, et ça repart», lance Jérôme Matéo, de Radio Grenouille, sous un parasol de la place Castellane. Les Marseillais sont nombreux à hausser les épaules comme si les règlements de compte étaient une fatalité, une habitude. Confrontée à des problèmes de pauvreté, de saleté, de délinquance, de criminalité, d'affaires politiques, la ville est comparée à Bogota dans Le Point ou Chicago dans Grazia. Son image sulfureuse inquiète un peu, alors même qu'elle a été consacrée Capitale européenne de la culture pour 2013. Car si pour certains Marseille a tous les défauts du monde, sa vie artistique foisonnante n'est pas la moindre de ses qualités.

A l'heure où les collectivités locales, à commencer par les grandes métropoles, se livrent une concurrence de moins en moins feutrée pour attirer entreprises, touristes et nouveaux habitants, Marseille mise sur son dynamisme culturel pour émerger. «La vitalité du tissu associatif vient se substituer au manque de moyens avec un dynamisme assez rare, décrit Jérôme Matéo. En musique, on est pas mal en hip hop, musique occitane, jazz.» Régis Guerbois, président du Festival de jazz des cinq continents (FJ5C) confirme: «Marseille était une ville de jazz dès les années 20 et 30, et ça a explosé après la guerre: Duke Ellington, Miles Davis, Dizzie Gillespie, Charlie Parker sont venus ici.» Après treize éditions, le FJ5C, dont certains Marseillais persistent à ignorer l'existence malgré les affiches placardées dans toute la ville, a trouvé son public et intéresse la presse nationale. Le très bon festival Marsatac ou le très récent Rock Island attirent aussi la jeunesse.

L'Opéra a aussi bonne presse, mais paradoxalement plus à l'étranger que dans l'Hexagone, comme en témoignent par exemple les articles du Financial Times. Marseille compte aussi de nombreux théâtres. Tout n'est pas visible: le Toursky, enfoui dans les quartiers Nord où les taxis rechignent à s'aventurer, est l'un des plus importants avec sa grande salle de 750 places. La ville attire les artistes engagés ou en quête d'espaces vierges. «A La Friche [ex-espace industriel derrière la gare Saint-Charles], beaucoup d'artistes plasticiens interviennent dans l'espace public, l'aménagent. Ils sont séduits par la ville car elle n'est pas finie, c'est un bordel chaotique. D'autres considèrent que c'est important d'aller à la rencontre de ces territoires sensibles», poursuit Jérôme Matéo.

Marseille ville culturelle donc, mais pas comme Berlin, Paris ou Barcelone. Certaines aberrations demeurent, comme le très faible nombre de cinémas, dont ceux d'art et d'essai - deux en tout et pour tout. Son calme apparent la nuit tombée. Des défauts qui convenaient peut-être aux Marseillais, moins aux visiteurs. «Pendant très longtemps, le tourisme n'était pas une priorité, raconte Anne-Marie d'Estienne d'Orves, élue marseillaise et cofondatrice du FJ5C. Les gens allaient à Aix ou sur la Côte d'Azur. Marseille était vraiment une ville de commerce. Cela a changé en 1995, avec l'élection de Jean-Claude Gaudin.»

Pour Marie-Claude Paoli, directrice de la communication d'Euromed, le projet de rénovation urbaine de la ville: «Le tournant, c'est 1998, avec la Coupe du monde de football. La nouvelle équipe a compris qu'un événement comme celui-là pouvait faire basculer l'image d'une ville.» Un effort particulier a été fait sur l'accueil des journalistes étrangers. «Le but, explique Marie-Claude Paoli, qui était alors à la tête d'une agence de relations presse, était d'inviter les journalistes, même sportifs, à faire un maximum de sujets «cartes postales".»

L'équipe municipale de Jean-Claude Gaudin (toujours en place) développe ex nihilo le tourisme de congrès et de croisières, en favorisant l'implantation des grandes chaînes hôtelières. «On est passé de 4 500 chambres en 1996 à plus de 7 500 aujourd'hui», raconte Maxime Tissot, président de l'office du tourisme et des congrès de Marseille. La Ville est ravie de voir déambuler sur le Vieux-Port des croisiéristes du monde entier, un bob sur la tête et un appareil photo à la main. Une image inédite. 


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Vos commentaires

gabriel
merci pour cette carte postale, mais où est-il question de stratégie de marque??


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