Reportage. Lundi 7 avril, deux jours après l'officialisation du rachat de SFR par Numéricable, le groupe Altice tenait sa conférence de presse au Pavillon Gabriel, Place de la Concorde. Presse économique, caméras et micro étaient présents pour assister à la naissance du nouveau groupe.

Lundi 7 avril en fin de matinée, le groupe Altice tient conférence de presse au Pavillon Gabriel, Place de la Concorde. Au pupitre, Patrick Drahi, fondateur et patron d'Altice, Eric Dunoyer, PDG de Numericable, et Dexter Goei, CEO du groupe Altice, qui réalise là sa « première sortie médiatique », salue Patrick Drahi. Presse économique, caméras et micros, la salle de conférence grouille de monde. Bien plus que lors de la conférence tenue par le même groupe, dans le même lieu, trois semaines avant, et déjà orchestrée par l'agence de RP Vae Solis aux côtés d'Havas Groupe, Stéphane Fouks en personne suivant de près les questions posées par la presse.

 

C'est donc Numericable qui a remporté la bataille. L'annonce est tombée samedi 5 avril après-midi, après un mois sous haute tension. Depuis le dépôt des deux offres Bouygues Telecom et Altice-Numericable pour racheter SFR, le 5 mars, puis l'annonce par le conseil de Vivendi, le 14 mars, d'une entrée en négociation exclusives avec Altice, la maison-mère de Numericable, pour une durée de trois semaines.

 
Un mois de tensions

 

Entretemps, la tension aura été à son comble, avec les prises de positions publiques de Xavier Niel, patron du groupe Iliad, d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, et les communiqués de presse égrenés par le groupe Bouygues à un rythme presque quotidien - entre surenchérissements sur son offre initiale et nouvelles annonces produits ou tarifaires de Bouygues Telecom. Le 8 mars, Bouygues annonce même une entente avec Iliad : il cèdera fréquences et réseaux à Xavier Niel pour 1,8 milliard d'euros s'il rachète SFR.


Vendredi dernier, date de l'échéance des négociations exclusives annoncées par le groupe Vivendi, bon nombre s'attendaient à un rebondissement ultime. De fait, Bouygues monte son offre à 15 milliards d'euros. A 21 heures, le conseil de Vivendi annonce... ne rien décider le jour même et se donne le temps de la réflexion pendant le week-end.

 

Ce 7 avril au matin, Patrick Drahi ne boude donc pas son plaisir. C'est « à l'unanimité » que les 13 membres du conseil de surveillance de Vivendi ont retenu sa candidature. « Nous associons deux entreprises à forte dynamique à un projet de forte croissance », rappelle-t-il. Objectif : bâtir un « champion du très haut débit fixe-mobile ». Pour convaincre Vivendi, son groupe a vendu la synergie entre son activité de câblo-opérateur, solide dans l'Internet fixe, et SFR, qui a beaucoup investi dans le mobile. Et a déboursé 17 milliards d'euros, dont 13,5 milliards en cash à la réalisation de l'opération, ainsi qu'un complément éventuel de prix de 750 millions d'euros. Altice aura le contrôle du nouvel groupe SFR-Numericable avec une participation de 60%, Vivendi détenant 20%, qu'il cèdera ultérieurement.

 

Duopôle Orange - SFR/Numericable

 

Résultat, le nouvel ensemble pèsera 13 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 21 millions de clients mobiles, 7 millions pour l'Internet fixe et 850 boutiques. Il talonne ainsi le leader actuel, Orange, qui compte 29,2 millions de clients, dont 19,1 millions sur le mobile.

Côté calendrier, des consultations des personnels de Numericable et de SFR vont être ouvertes dès ce mardi. Le groupe lancera ses nouvelles offres d'ici fin 2014, espère Patrick Drahi, une fois le processus de consultation des instances représentatives du personnel achevée, ainsi que les autorisations des autorités de la concurrence obtenues.

 

L'ensemble des boutiques seront conservées, tout comme leurs salariés (plus de 11 000 au total), promet Patrick Drahi. Sans surprise, le nouveau groupe SFR Numericable restera domicilié à Paris et coté en Bourse de Paris Euronext. Autre promesse, pas de hausse des prix : « On s'est engagés auprès des services du Premier ministre à ne pas augmenter les prix du mobile », révèle Patrick Drahi.

 

Une chose est sûre : « le groupe portera le nom de SFR », confirme Patrick Drahi, et l'offre sera « sous marque SFR avec le réseau très haut débit Numericable. Notre business model du mobile est simple : nous aurons une vente associée à du très haut débit avec un Arpu [chiffre d'affaires moyen par utilisateur] de 5 euros par mois », clame Eric Dunoyer.

 

Recomposition

 

Assurément, cela esquisse une recomposition des télécoms européens. Car cette acquisition de SFR par Numericable est la plus importante en Europe, après l'acquisition du britannique Virgin Media par l'américain Liberty Global en juin 2013 pour 18 millions d'euros. Et ce dans une tendance européenne où régulateurs et pouvoirs publics voient d'un bon œil un retour à trois opérateurs par pays. Bruxelles a approuvé « l'acquisition par Vodafone de Kabel Deutschland (géant du câble) en Allemagne, puis du câblo-opérateur Ono en Espagne. Et nous venons de racheter Orange en République Dominicaine », insiste Patrick Drahi.

 

Et ce n'est pas fini : Altice se voit bien racheter Vodafone au Portugal, et regarde de près le cas de la Belgique et du Luxembourg, ou des opérateurs mobiles sont à vendre, a ensuite lâché Dexter Goei à une poignée de journalistes.

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