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Chronique

Nouveau cycle pour Vélib

27/10/2017 - par Stéphane Distinguin, président de Fabernovel

Je n’ai pas retenu beaucoup de dates de lancement. Elles sont trop nombreuses. Pourtant le 15 juillet 2007 reste gravé.
La veille, un 14 juillet, le service était en place et j’avais été soufflé par son intégration immédiate dans la ville. Des enfants discutaient assis sous la voie aérienne de la Porte de la Chapelle. Avant même son lancement, la ville l’avait adoptée.
Je parle de Vélib bien sûr. Un de mes exemples favoris. C’est une réussite d’usage ; à une échelle qui a forcé le respect, associé à un modèle économique « biface » (comme Google), un partenariat public privé qu’on ne peut pas moquer, un exemple complet d’Internet avec très peu d’écrans (ils étaient rarissimes il y a 10 ans), last but not least, une première française, parisienne, bien qu’initiée à Lyon (Vélov).

Dans cette chronique comme dans mon métier, ce n’était jamais mieux avant. Je n’évoque pas Vélib par nostalgie mais parce que le renouvellement du service, la multitude de bons services qui lui ont succédé depuis 2007 (Autolib, Cityscoot, Coup, etc.) définissent ce que sera la ville comme espace d’innovations et d’expérimentations et nous permet d’envisager les acteurs et les règles qui les créeront et les animeront.

Freefloating

Si vous êtes parisiens, vous avez dû voir que les 1010 bornes disparaissent. Un service porté par un nouvel opérateur verra le jour avec 2018. JCDecaux sera remplacé par un consortium Smoovengo : une start-up de Montpellier, Smoove, entourée de trois acteurs de référence de la mobilité urbaine, Mobivia, Moventia et Indigo. C'est là que des start-up ont décidé de saisir cet instant de relative faiblesse pour proposer leur dispositif, indépendamment, en dehors de toute concession et sans infrastructure dédiée. Parmi ces start-up, Gobee bike, venu de Hong Kong a déployé quelques centaines de ses vélos verts, et on attend désormais le Uber du vélo, la licorne chinoise Ofo et ses vélos jaunes.

C’est le modèle de ces modernes. Des stations éphémères, légères, de Vélib 2 à Ofo ou Cityscoot. Pour avoir concouru pour Vélib et Autolib (nous avons perdu à chaque fois…), je sais que la présence de bornes était alors une condition sine qua non, pour la maîtrise du service et son intégration à la ville. Mais, une deuxième génération de services repose aujourd’hui sur des principes radicalement différents. Le freefloating donc, où je prends le véhicule où il est et le laisse où j’arrive, facture l’utilisateur uniquement en fonction de son usage. Des services globalisés enfin, qui mutualisent l’infrastructure (logicielle et technique), la conception et la fabrication des composants physiques du service. Du GSM de 2007 qui rend possible Vélib et ses bornes au smartphone de 2017, “Vélib 1” a été conçu sans intégrer la puissance de ces ordinateurs de poches ; ce qu’Ofo a pu faire pour déployer plus de 600 000 vélos à Shanghai en moins d’un an (!)
La ville comme espace d’expérimentation et de compétition
Automne 2017 à Paris, Vélib 1 s’éteint, Vélib 2 s’annonce, Gobee bike et Ofo s’inscrustent… pour ne parler que des vélos. Cityscoot valeureux local de l’étape, face à l’Allemand Coup pour les scooters, Uber, Chauffeur Privé, LeCab, Heetch, G7 qui résiste et Taxify qui arrive d’Estonie pour bousculer un marché des taxis et VTC qui n’a pourtant rien de stable. Blablalines aussi pour le covoiturage, lancé en Ile-de-France par Blablacar le mois dernier. Nous tenons sans doute, enfin, notre domaine d’excellence : Paris, la ville du monde qui possède une des meilleures offres de transport public, accueille aujourd’hui la concurrence des start-up de la mobilité urbaine les plus actives et créatives : même Uber, inventé à Paris, propose ici, pour la première fois en Europe et depuis la semaine dernière, l’accès et le partage de ses données d’usages avec son service Movement.
Les clés de la smart city : paradoxes et design
La ville sera-t-elle « smart », intelligente ? Le terme est inventé en 2004 par IBM, fournisseur des entreprises et des administrations. Son origine devrait déjà nous alerter car l’injonction est bien trop paradoxale. Plusieurs paradoxes en effet derrière cette intelligence, cette ruse. Quelle sera l’intégration de ces services à la ville ? Car celui qui bénéficie du freefloating dans ses déplacements n’appréciera pas forcément de retrouver le vélo d’un autre devant sa porte le matin. De même, et sans jamais dire que c’était mieux avant, les yellow cabs de New York, les black de Londres, les fontaines Wallace ou les colonnes Morris (des cadeaux d’étrangers déjà !) faisaient nos villes. Un peu comme les boutiques Zara ou H&M, les mêmes partout qui nous habillent à peu près pareil de Barcelone à Vancouver, regretterons-nous un jour d’avoir les mêmes vélos à Shanghai et à Paris, in fine d’y avoir les mêmes modes de déplacement ?
Enfin, dernier paradoxe et sans doute le plus grave, le déplacement individuel devient vite trop individualiste. Pensez à Waze – un de mes exemples favoris – qui peut sans vergogne vous faire passer devant une école pour vous faire gagner du temps, ou ces VTC qu’on ne veut pas attendre plus de 4 minutes mais qui pour cela doivent tourner à vide et en polluant ou vous attendre dans des espaces qui ne sont pas des parkings comme aux abords des aéroports.
Paris, ville lumière, aura accueilli la COP21 avant les Jeux Olympiques en 2024 : avant de penser à la médaille d’or de la ville la plus innovante en termes de mobilité, créons d’autres préférences que la vitesse (la pollution ? la vue ? la découverte ? la possibilité de lire ou de téléphoner ?). Aussi, pensons à l’avenir et soyons très exigeants avec ces objets qui deviendront s’ils sont réussis les stations de métro Guimard, les colonnes Morris, les Abribus de cette nouvelle révolution industrielle.

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