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Science-fiction

Le web en 2027 : côté pile et côté face

24/06/2019 - par emmanuel Gavard

Le monde est à la croisée des chemins. Stratégies imagine deux futurs en 2027. Le premier : celui où les Gafa dominent. Le second : celui où les Gafa sont limités.

LE WEB EN 2027 : CÔTÉ PILE

Les Gafa dominent.

 

Les feux d’artifice pleuvent sur la tour Eiffel. En ce 14 juillet 2027, Google est aux manettes du plus beau spectacle dans le ciel français depuis bien longtemps. La firme internationale a choisi cette date, symbole de la prise de la Bastille, pour lancer son nouvel assistant de consommation : Spip (Save and Protect our Illed Planet). L’application est simplissime : elle aide à consommer pour préserver la planète. Un ordinateur enrichi en données personnelles adapte le mode de vie et régule la consommation des citoyens pour limiter l’impact sur l’environnement. Ceux qui s’y abonnent n’ont plus de carte bancaire, plus de liquide. Aucun achat ne peut être réalisé ailleurs. Ils ont un compte de bitcoins-équivalent CO2, et ne peuvent le dépasser. Véritable tracker offline, Spip prend en compte tous leurs déplacements, et leur commande pour eux les produits de première nécessité, ainsi que ceux dédiés aux plaisirs, en limitant leur consommation. Si le réchauffement climatique a été réfuté pendant plusieurs années, ses effets sont indéniables depuis 2025. Il n’a fallu que deux ans pour qu’un mouvement d’anticonsommation prenne son essor. Google s’est inséré dans la brèche, y voyant une opportunité de marché. L’objet a été pensé avec le gouvernement, et notamment le ministère du Numérique et de l’Intérieur, qui ont fusionné. Une centaine d’influenceurs testeront Spip, pendant six mois, en diffusant sur YouTube l’essentiel de leur vie.  

Une joint-venture Amazon-Facebook

Sur le web, le monde a bien changé. Seuls quelques médias payants ont le luxe d’avoir des journalistes. Que beaucoup ne peuvent pas lire, faute de moyens. Le reste du contenu cherche simplement à générer de l’engagement : par le rire, ou le scandale. Depuis la mise en place de la loi e-privacy en 2019, aucune donnée de navigation ne peut être récoltée en dehors d’un environnement loggé. La publicité ciblée n’existe plus en dehors des plateformes de contenus, qui possèdent les identifiants des internautes et leurs données de navigation, récoltées directement dans les trois navigateurs Chrome, Safari, et Amazon Surf, lancé en 2022. Les éditeurs ont tenté de réagir en mettant en avant les atouts de la publicité contextuelle, basée sur l’environnement de lecture, mais les annonceurs n’ont pas suivi. Biberonnés pendant des années à des ROI de campagnes plus élevés, ils ont pris l’habitude d’optimiser leur budget média, et n’ont pas accepté de dépenser davantage à l’aveuglette. Car les données de navigation, au-delà du ciblage de la publicité, servaient également à mieux mesurer l’efficacité des campagnes pour mieux piloter ses dépenses pub. Suite à la loi e-privacy, l’économie du digital s’est effondrée. En dehors des Gafa, bon nombre d’entreprises ont dû mettre la clé sous la porte, ou des géants comme Criteo ont été rachetés par des Chinois, laissant Google, Apple, Amazon et Facebook se gorger d’investissements. Les deux derniers ont même créé un Joint-Venture sur l’e-commerce, après le succès de la monnaie Facebook, alliant contenu de marque et achats intégrés dans la plateforme. 

Après l’Europexit de 2024, et l’arrivée au pouvoir dans la plupart des pays européens des « partis de préservation nationale », – le mot populisme a été banni de la langue, considéré comme antidémocratique –, les monnaies nationales ont fait leur grand retour, et la monnaie électronique indépendante a connu un bond sans précédent, devenant le standard des échanges internationaux. Et c’est donc en bitcoins que Google a offert aux Français le plus beau feu d’artifice de leur histoire. 

LE WEB EN 2027 : CÔTÉ FACE

Les Gafa sont limités.  

C’est un grand jour. En ce 21 septembre 2027, journée internationale de la paix, on fête le 500jour sans clash sur Twitter. Pas une insulte, pas un troll à l’horizon. Le système de modération de tweet « ni drôle ni pertinent » du réseau social fonctionne à merveille. Sa solution d’IA augmentée gère parfaitement l’humour noir, et supprime toute la violence de la plateforme. Il a été inventé par une start-up française : Amicality. Elle est utilisée partout dans le monde : Facebook, Twitter, mais aussi en Chine, sur Weibo, Renren, et aussi sur les nouveaux réseaux sociaux européens : Bthoven, le site de microblogging plutôt politique et d’échange sur l’actualité, ainsi que sur SchuMad, le réseau familial et d’amitié, utilisés partout en Europe. Ils ont émergé en 2021, six mois après la mise en place des lois anti-trust par la Commission européenne, limitant la croissance verticale et horizontale des géants du net. 

Ces lois interdisent à des sociétés de se positionner sur différents secteurs d’activité en parallèle, cadrant ainsi légalement la concurrence entre géants. Elles sont arrivées avec une politique drastique de règlement de l’impôt pour les sociétés du digital, soutenue par les 29 pays de l’Union européenne, après réintroduction du Royaume-Uni qui n’a passé que six mois en dehors de l’UE. Le numérique, via des impôts harmonisés, contribue ainsi au financement de la vie publique. Le système français, lui, foisonne. Les lois anti-trust ont permis à des acteurs de l’open internet (en dehors de walled garden des Gafa) d’émerger. Et leur restriction sur le marché des autres médias (TV, affichage…) a permis à des entreprises comme JCDecaux de prendre une envergure énorme sur le Out-of-home numérique. Quand par le passé la moindre innovation était copiée ou rachetée par les géants du web, déversant directement les investissements publics de recherche dans les poches des géants américains. La publicité ciblée a permis à la presse de mieux rémunérer ses contenus. Mais cela ne s’est pas fait en jour… Après la loi e-privacy de 2019, les médias ont pu valoriser une bonne partie de leurs données. Mais alors qu’ils n’engrangeaient avant que quelques pourcents des investissements numériques, majoritairement captés on ne savait où dans l’écosystème publicitaire, ils ont gagné peu à peu dans le rapport de force grâce à de subtiles alliances et ont pu taper du poing sur la table pour enregistrer de meilleurs bénéfices.  

Des contenus valorisés

En parallèle, ils ont monté le Fonds de libération de la presse, qui est aux médias ce que le CNC est au cinéma. Et permet de redistribuer de la valeur des droits d’auteurs du web. Ce système, encore décrié de nos jours par certains ultralibéraux, a tout de même permis de revaloriser le métier de « producteurs de contenus », tout en le différenciant du journalisme. Différents statuts de médias ont ainsi été créés pour éviter la course au volume des médias numériques politiques et sociétaux pour développer leur trafic. La liberté d’opinion a ainsi progressé, tout en stabilisant la croissance de production de contenu sur internet. Les internautes voient moins d’articles ou de vidéos, mais ils y restent plus longtemps et vont plus au fond des choses. Avec plus d’attention, la publicité numérique vaut davantage. Plus posé, moins névrosé, le public débat avec autant d’émotion, mais plus d’écoute et de respect. Les antidépresseurs sont de moins en moins consommés dans l’Hexagone. Et le site internet « bellejournée.fr » est le plus visité du web français.

Scénario imaginé avec la participation de Nicolas Rieul, directeur de la stratégie chez S4M et Jean Neltner, cofondateur de Fifty-Five. 

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