Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

2 - Le social

L'ancien cadre revendicatif vole en éclats

27/10/2000

La nature des relations sociales a changé. Le retour à la croissance a modifié la donne, en obligeant les entreprises à s'adapter à de nouvelles formes de revendications parfois plus radicales et souvent déstabilisantes.

On n'a plus rien à perdre.» «On va tout faire péter.» «Ça ne marche plus autrement.»Chez Cellatex à Givet dans les Ardennes ou chez Adelshoffen à Schiltigheim dans le Bas-Rhin, le même cri de désespoir a surpris l'été dernier une France en vacances tout à sa joie de fêter le retour de la croissance. Pour la première fois, des salariés en grève se déclaraient prêts au pire pour défendre leur emploi, les uns en menaçant d'empoisonner un affluent de la Meuse, les autres en assurant faire sauter leur usine avec des bonbonnes de gaz. Ces conflits d'un nouveau genre doivent-ils être considérés comme un épiphénomène, une exception?«Ce sont en tout cas des crises émergentes qu'il serait bon d'analyser,prévient Patrick Lagadec, professeur à l'École polytechnique et spécialiste de la gestion de crise.Elles sont peut-être le signe d'une inadaptation des anciennes recettes en matière de relations sociales.»En somme, les entreprises auraient tout intérêt à ne pas négliger de pareils signaux.«Ce genre de situations radicales risque fort de se répéter», assure Jean-Pierre Beaudoin, président de l'agence de relations publiques i&e. Certes, les entreprises ont fait des progrès considérables dans le traitement technique des problèmes sociaux. Après des années de crise et leurs chapelets de licenciements, elles ont appris, notamment sous la pression des pouvoirs publics, à monter des plans sociaux dignes de ce nom.«On ignore certainement que sur environ 20000suppressions d'emplois en vingt ans, Michelin qui est tant montré du doigt n'a fait que 186licenciements», assure Jean-Yves Naouri, président de Publicis Consultants et conseil du fabricant de pneumatiques. Malheureusement, les entreprises sont encore trop nombreuses à se contenter du seul volet technique des plans sociaux.«Avec l'inversion du marché de l'emploi, la capacité revendicative s'est sensiblement accrue. Au-delà des procédures réglementaires, un plan social est aussi, et parfois même surtout, un exercice de communication», constate Jean-Pierre Beaudoin, pour qui«il n'y a pratiquement plus de communication de crise mais des crises de communication». La fermeture, en 1997, de l'usine Renault de Vilvorde en Belgique peut être considérée comme les prémices de cette nouvelle capacité de «rebellion» des salariés après des années d'apathie.«Il n'y a guère plus d'un an que le changement est vraiment notable,constate Jean-Yves Naouri.À l'époque, toutes les universités d'été des partis politiques dissertaient sur le plein emploi. Les salariés n'ont plus alors compris pourquoi les licenciements continuaient. On ne leur a pas expliqué que le processus de productivité est continu, même en période de croissance.» À ce malentendu s'ajoute l'incapacité de trop nombreuses entreprises à tenir compte de nouvelles populations revendicatives échappant aux interlocuteurs habituels, les syndicats. La multiplication des collectifs et autres coordinations, sans parler des associations de plus en plus revendicatives, comme Droit devant! ou AC contre le chômage, implique une véritable révision du dialogue social.«Encore faut-il que les entreprises repèrent ces nouveaux interlocuteurs, les rencontrent et leur présentent leurs projets. C'est le meilleur moyen de prévenir ou au moins de se préparer au conflit quand il est inévitable», note Jean-Pierre Beaudoin.

Bruxelles s'en mêle

Dès que l'on a identifié ses interlocuteurs, reste à leur délivrer le bon message. Dans ce domaine, un minimum de travail sémantique s'impose pour tenir compte des différents publics auxquels on s'adresse (lire l'encadré). Mais un travers des entreprises est de penser la communication interne déconnectée de l'externe.«Transmettre des documents légaux aux représentants des salariés dans le cadre d'un plan social par exemple n'est pas un simple exercice du droit du travail, c'est aussi un acte de communication corporate,explique Jean-Yves Naouri.On sait bien que ce type d'information, en théorie confidentielle, est aussitôt communiquée aux médias. Il est donc indispensable que la médiatisation fasse partie du plan social.»Malheureusement, les directions de la communication sont souvent peu associées en amont sur ce genre de dossier.«Leur direction ne leur ont tout simplement pas donné l'autorité suffisante pour gérer ces problèmes,regrette Patrick d'Humières, directeur du cabinet conseil Man.Com Consulting.Très souvent, les directions générales n'ont pas la carrure pour imposer une démarche ouverte sur ces sujets. Elles attendent que ça coince pour changer de pied.»Bref, d'énormes progrès restent à faire. Paradoxalement, l'impulsion pourrait venir des pouvoirs publics. En effet, Bruxelles est en train d'étudier un projet de directive visant, en cas de fusion, à instituer une notice sociale sur le modèle de la notice COB pour obtenir l'autorisation des instances légales. Une petite révolution en perspective...

Envoyer par mail un article

L'ancien cadre revendicatif vole en éclats

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.