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Mécénat

Citoyens patrons

07/12/2001

La 4e édition des rencontres Humagora, qui se tiendra les 17 et 18 décembre au Cnit de Paris La Défense, portera sur la responsabilité sociale des entreprises. Un sujet qui semble avoir dépassé le seul effet de mode.

L'idée de l'entreprise citoyenne n'est plus seulement un sujet qu'il est de bon ton d'aborder lors d'un dîner en ville. C'est devenu aujourd'hui un enjeu stratégique pour l'entreprise. L'Institut du mécénat de solidarité en a fait le thème central de ses prochaines rencontres Humagora (lire l'encadré ci-dessous). Et si nombre de patrons font encore la sourde oreille, les notions de responsabilité sociale et de développement durable ne devraient guère tarder à résonner dans les salons feutrés de leur comité de direction.« Les entreprises qui ont laissé à d'autres la prise en charge des enjeux publics liés à la mondialisation sont prises en étau entre les rigueurs de la compétition économique et l'âpreté des mouvements contestataires »,constate Patrick d'Humières, dirigeant de Man.Com Consulting et coauteur desPionniers de l'entreprise responsable(Éditions d'Organisation).

Le mouvement s'est notamment accéléré depuis 1999, date à laquelle le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU), Kofi Annan, lançait à Davos le Pacte global, qui proposait aux entreprises de s'engager à respecter neuf grands principes dans les domaines des droits de la personne, du travail et de l'environnement. Parallèlement à cette initiative institutionnelle, la montée en puissance des fonds éthiques et des sociétés de notation sociale, comme Arese en France, a aussi largement contribué à bousculer les vieilles habitudes. Dans ce domaine, le volontarisme des chefs d'entreprise reste décisif. Des pionniers aux VRP, les motivations des citoyens-patrons sont toutefois très différentes. Portraits de famille.

Les pionniers

Président et cofondateur en 1986 de l'Institut du mécénat humanitaire, Claude Bébéar, alors président du directoire d'Axa, a été l'un des premiers patrons français à défendre le concept de l'entreprise citoyenne. Il a montré l'exemple dès 1990 en créant l'association Axa Atouts Coeur, structure de mécénat social impliquant aujourd'hui plus de trois mille sept cents salariés du groupe. Autre précurseur : Antoine Riboud. L'actuel président d'honneur de Danone avait depuis longtemps intégré la notion de responsabilité sociale dans la gestion du groupe. Un héritage parfois difficile à assumer : son fils, Franck Riboud, président du géant agro-alimentaire, en a fait l'amère expérience lors du retentissant plan social annoncé au printemps dernier. Mais l'Institut Danone pour la nutrition montre, depuis 1991, que l'engagement du groupe n'est pas qu'un effet de style. Toutefois, les vrais pionniers, par leur antériorité, sont à chercher du côté des grandes institutions financières publiques. Sous l'impulsion de son directeur de l'époque, Robert Lion, la Caisse des dépôts et consignations a créé dès le début des années quatre-vingt une mission pour le mécénat dont l'investissement représente aujourd'hui près de 9 millions d'euros (59 MF) par an. Idem pour les Caisses d'épargne dont les nouveaux statuts de 1999 leur imposent de verser désormais 30 % des résultats à des projets d'économie locale et sociale.

Les passionnés

Comptant indéniablement parmi les pionniers ayant prôné l'engagement de l'entreprise dans la vie de la cité, Alain-Dominique Perrin, président international de Cartier, est avant tout un passionné d'art, notamment d'art contemporain auquel il a consacré une fondation. Créée en 1984 à Jouy-en-Josas et installée, depuis 1994, avenue Raspail à Paris dans un magnifique immeuble signé Jean Nouvel, la Fondation Cartier est devenue un haut lieu de la création contemporaine qui ne cesse d'enrichir sa collection par des acquisitions annuelles. Sur ce thème du partage de la culture, François Pinault, président du groupe PPR (Pinault Printemps Redoute), est certes un cas atypique tant sa démarche est avant tout personnelle. Propriétaire de la célèbre maison Christie's, le futur maître du musée d'art contemporain de l'île Seguin, à Boulogne-Billancourt, tient à distinguer sa passion de la stratégie de communication propre à son groupe. Quoi qu'il en soit, le nom de François Pinault est si étroitement associé à celui de PPR que ce dernier bénéficie inévitablement des actions de mécénat de son patron.

Les pragmatiques

Plus prosaïquement, la carte de la responsabilité sociale peut aussi être l'occasion d'accompagner, notamment en interne, une période difficile, comme une fusion. Exemples : Carrefour, Seita et Renault. Suite au rapprochement de Promodès et Carrefour, Daniel Bernard, président de la nouvelle entité résolument tournée vers l'étranger, a lancé fin 2000 la fondation Carrefour. À vocation internationale et dotée de 4,5 millions d'euros (près de 30 millions de francs) par an, elle a pour mission la lutte contre les exclusions, la recherche médicale et l'aide aux pays touchés par des catastrophes naturelles. Jean-Dominique Comoli et Pablo Isla, les coprésidents d'Altadis, groupe issu de la fusion de Seita et de Tabacalera, favorisent également le croisement des cultures, via le Prix Altadis Arts plastiques qui soutient, depuis deux ans, trois artistes français et trois artistes espagnols. Enfin, en mars dernier, Louis Schweitzer, PDG de Renault, n'a pas été moins pragmatique, à l'heure de l'alliance avec Nissan, en lançant en grande pompe la Fondation Renault destinée à favoriser les échanges entre universités françaises et japonaises.

Les VRP

L'engagement citoyen, c'est bien. Mais en profiter pour promouvoir son savoir-faire, c'est mieux. Voilà en substance l'idée qui semble guider certaines entreprises dans leurs actions socialement responsables. Cela n'enlève rien d'ailleurs à la qualité et à la sincérité de leur effort. Ainsi EDF, très actif aussi bien dans les secteurs de la santé, des arts plastiques que de la solidarité, du sport ou du patrimoine, ne fait rien de moins que de promouvoir son expertise d'électricien en mettant en lumière le Mont-Saint-Michel par exemple. Et quand Lindsay Owen-Jones a remis en février dernier le premier prix L'Oréal Unesco for Women in Science, récompensant des femmes chercheurs, il espérait bien ainsi souligner l'importance que porte son groupe à la recherche et au développement, activité majeure en cosmétique mais méconnue. Idem pour Michel Bon, qui a décidé cette année de donner comme nouvel axe de mécénat à la fondation France Télécom, jusqu'ici tournée vers l'art lyrique et l'autisme, le développement des usages sociaux d'Internet. La démarche est encore plus limpide quand Procter& Gamble décide de lancer sur le thème du sport la fondation Sunny Delight, du nom de son nouveau jus de fruits vitaminé.

Les recruteurs

Restent ceux, enfin, qui voient dans l'engagement social de leur entreprise un moyen de toucher une population convoitée : les jeunes diplômés.« Le mécénat peut être un outil de ciblage exceptionnel, notamment quand il est mené sur le long terme comme le partenariat entre le CIC et l'université depuis dix ans »,explique Dominique Goutard, PDG de Vocatif, agence conseil en mécénat du CIC. C'est sous l'impulsion d'un des responsables régionaux du groupe, Denis Samuel-Lajeunesse, président de la Lyonnaise de banque, que la fondation CIC qu'il préside s'est aussi orientée vers une politique de mécénat dédiée au livre. Dernière initiative en date : la délivrance cette année de cinquante bourses, d'une valeur totale de 150 000 euros (environ 1 million de francs), pour faciliter l'inscription d'étudiants aux nouveaux enseignements numériques.

Justement, les nouvelles perspectives de la société de l'information en inspirent plus d'un. Ainsi, depuis janvier 2000, la fondation Cegetel, présidée par Richard Lalande, directeur général adjoint de cette filiale de Vivendi Universal, encourage dans ce domaine les échanges université/entreprise et les projets d'étudiants et de chercheurs. Un engagement qui permet à la fois de favoriser la réalisation de nouveaux produits et services liés à l'activité de Cegetel et d'entretenir des relations privilégiées avec des candidats potentiels à l'embauche. Comme quoi, entreprise responsable ne veut pas forcément dire mécène désintéressé.

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