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Michel Lucas : Le nettoyeur

29/03/2002 - par Delphine Le Goff

Arrivé à la tête de l'ARC en 1996, l'ex-président de l'Inspection générale des affaires sociales a restructuré l'association. Reste à retrouver la confiance perdue.

Six ans après, le scandale est dans tous les esprits. Six ans après, il s'agit encore de répéter inlassablement que l'ARC, l'Association pour la recherche sur le cancer, a tourné le dos aux dérives d'antan. Michel Lucas, président depuis 1996, en sait quelque chose :« Ce matin encore, ma dentiste a tiqué quand je lui ai dit que je travaillais pour l'ARC,raconte-t-il.L'affaire est malheureusement devenue un cas d'école, citée par les médias à chaque fois qu'éclate un scandale, et même reprise dans certains traités juridiques... »

Pour restaurer son image, l'ARC a donc décidé avec l'agence Senioragency de frapper un grand coup. À partir du 10 avril, Anny Duperey, Caroline Tresca, Alessandra Martines, Claude Lelouch, Carlos, Richard Bohringer, Claude Brasseur, Michel Galabru, Raymond Poulidor et Jean Rochefort témoigneront de leur engagement en faveur de l'association devant la caméra de Pascal Thomas. Cette campagne de 1,2 million d'euros vise d'abord les seniors, principaux bienfaiteurs des associations caritatives. Signés « Le cancer, abattons-le avant qu'il nous abatte ! », les « infomerciaux » de 35 secondes, qui seront diffusés tout au long de l'année, abordent les problèmes passés de l'association et martèlent que « Oui, l'ARC a changé ».

 

Mission quasi impossible

 

L'enjeu est de taille : de 600 000donateurs en 1996, l'ARC est passé aujourd'hui à 300 000. Les campagnes postérieures à 1996, réalisées par Euro RSCG Corporate, BBDO Corporate puis Strateus, volontairement austères et basées sur la recherche, images de laboratoires à l'appui, n'ont pas endigué l'hémorragie. Difficile en effet de faire oublier les malversations de Jacques Crozemarie, président tout puissant de l'ARC pendant trente-quatre ans, qui a détourné plus de 45 millions d'euros entre 1990 et 1995 et purge actuellement une peine de quatre ans de prison. Une mission quasi impossible même lorsqu'on s'appelle Michel Lucas, que l'on a occupé la direction de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et que l'on est celui qui a fait tomber Crozemarie et son système véreux.

 

4 000 lettres de donateurs

 

À soixante-quatorze ans, ce haut fonctionnaire à l'oeil pétillant, commandeur de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite, a fait toute sa carrière dans les affaires sociales, pour« tenter de faire avancer les choses ».Il avoue que« pantoufler, ça n'a jamais été [son] truc ».Lorsqu'il évoque la longue enquête, semée d'embûches, qui a mis à jour les agissements de l'ex-président de l'ARC, c'est avec la précision héritée d'une vie passée dans les organismes de contrôle. Au terme de l'affaire Crozemarie, quand on lui propose la présidence de l'association, Michel Lucas hésite : fraîchement retraité, il entend se consacrer à sa famille et à l'Agefiph, le fonds pour l'insertion professionnelle des handicapés dont il est l'un des administrateurs. Sa femme le pousse à accepter le poste. Il se lance donc dans l'aventure,« tenté par le challenge »,sans savoir alors que le cancer le touchera, lui aussi, de près : son épouse est décédée des suites de la maladie il y a deux ans.

À son arrivée à l'ARC, Michel Lucas reçoit quatre mille lettres de donateurs, des lettres« surprenantes et émouvantes »qui lui donnent, plus que jamais, envie de redresser l'association :« Je dis souvent que ce qui interrogerait la conscience de Crozemarie, davantage que quatre ans de prison, ce serait de lire, chaque matin, l'une de ces lettres poignantes de malades qui expliquent que tout cet argent détourné leur aurait, peut-être, permis de guérir. »En six ans, il restructure en totalité l'association, abandonnant l'idée, un temps évoquée, de la rebaptiser.

Aujourd'hui, 70 % des ressources de l'ARC sont directement attribués à des projets de recherche, contre 27 % sous l'ère Crozemarie, et les pouvoirs du président ont été considérablement réduits.« Michel Lucas est un homme de décision,souligne le professeur Wolf Herman Fridman, président du Conseil scientifique de l'ARC.Il a su instaurer un climat de confiance avec les chercheurs. »L'association vient par ailleurs de recevoir le certification du BVQI (Bureau Veritas Quality International), témoignant de la transparence et de l'éthique de la gestion de l'ARC, qui a donné 32 millions d'euros à la recherche en 2001.

Michel Lucas envisage maintenant d'explorer une nouvelle forme de collecte : le mécénat d'entreprise. Mais la présidence de l'ARC ne l'empêche pas de se consacrer à d'autres missions : toujours administrateur de l'Agefiph, il représente la France en Afrique au sein de la Commission de surveillance pour le traité de protection sociale de la zone franc. Pas mal pour un retraité...

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