
31/05/2002 - L'accrochage entre un Zodiac de Greenpeace et le voilier Défi Areva, participant à la prochaine Coupe de l'America, a offert au sponsor, leader mondial du nucléaire, une couverture médias inespérée.
La stratégie du coup médiatique a parfois ses revers. Greenpeace vient d'en faire l'amère expérience. La scène se passe le 18 mai à Lorient. C'est le baptême duDéfi Areva,le bateau qui portera les couleurs de la France pour la 31e édition de l'America's Cup en Nouvelle-Zélande, dont les éliminatoires doivent débuter le 1er octobre. Présents depuis la veille pour condamner« l'alliance contre nature entre l'industrie nucléaire et la voile »,les militants de Greenpeace se sont employés dès le début de l'après-midi à empêcher le voilier d'effectuer sa première sortie en mer. C'est au terme d'un ballet nautique pour le moins agité, et devant les caméras de télévision, que l'un des Zodiacs de Greenpeace percute de plein fouet le flanc droit du bateau à quai. Résultat : l'association écologiste s'offre une couverture médias dont elle se serait bien passée.
Des poursuites judiciaires
« Comportement délinquant délibéré »ou« simple incident non intentionnel »? Chaque camp défend sa thèse. L'équipe duDéfi, soutenue par son sponsor Areva, spécialiste du nucléaire et de la connectique, né en septembre 2001 du regroupement de CEA-Industrie, Cogema, Framatome-ANP et FCI, a pour sa part engagé des poursuites judiciaires. En attendant, l'image de l'association ressort passablement égratignée de cette opération coup de poing.« Nous avons fait une erreur, c'est clair »,reconnaît Bruno Rebelle, directeur général de Greenpeace France, qui note toutefois que« les médias sont tombés tête baissée dans l'affaire, relayés en cela par les communiqués excessifs d'Areva. Mais dès le lendemain, les commentaires ne parlaient plus d'agression et de trou dans la coque mais de simple incident. Au final, on sait maintenant quelle est la vraie nature d'Areva : le nucléaire. »Ce à quoi Jean-Emmanuel Saulnier, directeur de la communication d'Areva, sur place lors de l'incident, réplique :« Greenpeace a surtout fait tomber le masque de son dogmatisme et montré son incapacité au dialogue en s'en prenant à des sportifs. »
Gérer l'arrivée en Nouvelle-Zélande
Quoi qu'il en soit, avec cette affaire, le groupe industriel a amélioré sa notoriété, principale mission assignée à son partenariat d'un montant de 15 millions d'euros et ce, avant même d'avoir lancé son plan de communication, dont les premières actions devraient voir le jour en juillet. Reste toutefois à gérer les prochains mois et l'arrivée en Nouvelle-Zélande de l'« Atomic Warrior »,surnom duDéfi Arevaà Auckland.« Depuis l'annonce de notre partenariat en janvier, nous avons pris contact avec les autorités néo-zélandaises, les organisateurs et la presse locale pour leur expliquer que nous n'avions rien à voir avec l'affaire duRainbow Warrior,il y a dix-sept ans, et rien à vendre à la Nouvelle-Zélande. Notre objectif est simplement d'accroître notre notoriété »,explique Jean-Emmanuel Saulnier. Seule inconnue : la réaction de Greenpeace Nouvelle-Zélande.
Autre retour de bâton médiatique : l'affaire Leclerc lancée par la campagne presse du distributeur contre la loi Galland (« Ce n'est pas l'euro qui fait monter les prix, c'est une loi bien française »).Le groupe s'est retrouvé en position de punching-ball : condamnations de la FNSEA et de la CFDT, occupations par des agriculteurs de magasins Leclerc en Dordogne, dans le Pas-de-Calais et dans le Morbihan, prise de position de l'Association nationale de l'industrie alimentaire en faveur de la loi. Leclerc aura au moins eu le mérite de relancer le débat.
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