11/09/2003 - Le créatif Vincent Malone a compilé des coupures de presse extraites d'un hebdomadaire régional, qui sont autant de tranches de vie surréalistes.
Ses week-ends, Vincent Malone, créatif chez DDB, les passe à Saint-Germain-des-Grois (Orne), dans le Perche. Rituel immuable, la lecture de l'hebdomadaire local, baptisé fort à proposLe Perche. Comme dans tous les titres régionaux, les sujets traités sont assez éloignés des remous géopolitiques mondiaux, mais leur actualité n'en est pas moins brûlante pour les habitants de Nogent-le-Rotrou ou de Rémalard. Noces d'or, bilans des comités des fêtes, pots de retraite, bals musettes et autres choucroutes dansantes sont couverts sans relâche par les reporters duPerche. Effet comique garanti. Parfois, les photos se suffisent à elles-mêmes. Le plus souvent, les légendes - tour à tour extrêmement plates (« Du beau travail », « Une crèche bien originale », « Un dimanche après-midi bien sympathique »), étranges (« Une saucisse longue de 611,10mètres, il fallait le faire ! »), voire lyriques (« " Si vous saviez comme je suis bien moralement après avoir animé le loto. J'ai l'impression d'être comme tout le monde ", précise Jack Huguet, la voix chargée d'émotion ») - n'engendrent pas la mélancolie. Vincent Malone a regroupé les meilleures d'entre elles dans le livreLe Perche à l'aube du troisième millénaire, édité aux éditions Tagaro (45 euros).
« J'ai commencé à découper ces coupures dans le journal parce que je trouvais qu'elles avaient une force narrative hallucinante, un ton quasi surréaliste. Et, au moment où l'on ne parlait que du passage à l'an 2000, je trouvais intéressant de montrer une région de France où le temps semble s'être arrêté »,explique Vincent Malone.
De la tendresse, pas du mépris
Le journalLe Perchea ouvert ses archives au créatif, qui est par ailleurs musicien, chanteur et auteur de livres pour enfants.« Nous étions amusés de l'intérêt d'un résident secondaire pour notre journal »,raconte Fabienne Gérault, rédactrice en chef duPerche. Mais n'est-il pas un peu facile de se moquer des « petites gens » ou des personnes âgées, à l'instar du dernier film « Eurostar », qui avait provoqué une polémique ?« Mon objectif n'était pas d'avoir un regard méprisant sur ces gens »,se défend Vincent Malone. Fabienne Gérault n'y voit pas non plus de parisianisme déplacé.« Ce livre était une bonne façon de se moquer de nous-mêmes et de nos concitoyens, mais avec beaucoup de tendresse »,estime-t-elle. Les fonds recueillis par la vente de l'ouvrage seront reversés à l'ASPE, une association percheronne d'aide aux enfants épileptiques. Une bien bonne action !
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