
02/10/2003 -
L'exposition qui se tient à la bibliothèque Forney, dans le ive arrondissement de Paris, jusqu'au 27 décembre, est un petit miracle. Pas seulement parce que bon nombre des documents présentés (cent cinquante affiches ainsi que de nombreux dépliants, annonces presse, couvertures de magazines ou de livres) ont été sauvés des flammes qui ont ravagé en décembre dernier l'atelier de leur auteur - les deux commissaires de l'exposition, Anne-Claude Lelieur et Raymond Bachollet, les ayant justement empruntés pour les photographier en vue de la publication du catalogue. Le côté miraculeux de la chose tient aussi à la liberté de ton et d'expression qu'expriment ces soixante-dix ans de création, depuis les premiers pas d'André François dans les années trente, quand il s'inscrit à l'école de l'affichiste Cassandre, jusqu'à ses travaux les plus récents, comme l'affiche de la dernière Fête de la musique.
Un touche-à-tout
Encre, aquarelle, gouache, peinture à l'huile, etc., André François ne s'interdit aucune technique, qu'il met au service d'une imagination débridée où les bêtes tiennent une place de choix : moutons et escargots pourLe Nouvel Observateur,baleines bleues pour la bière japonaise Suntory, animaux hybrides pour Citroën, etc.« S'il y a autant d'animaux dans mes travaux, c'est peut-être parce qu'on peut plus facilement leur faire faire des choses qu'aux humains »,explique André François qui, à quatre-vingt-huit ans, s'étonne qu'on lui demande s'il crée toujours :« Excusez-moi, je ne sais pas quoi répondre tellement la question me semble incongrue : le matin, comme je me lève, je vais à mon atelier... »Car André François, qui aura eu trois nationalités (il naît hongrois, à Timisoara, en 1915, avant de devenir roumain à l'annexion de la ville après la Première Guerre mondiale, puis français à la veille de la suivante), est aussi un peintre et un sculpteur de renom à qui le centre Georges Pompidou rendra hommage l'an prochain. Ici, à l'Hôtel de Sens, qui a déjà accueilli les travaux de Savignac, Hervé Morvan et consorts, l'exposition se concentre sur son oeuvre graphique, regroupant les affiches par thème : produits, transports, commerces, presse, spectacles, etc. La publicité y tient la vedette aux côtés de commandes pour la presse : dessins pourLe Monde,couvertures pourThe New Yorker,qu'il aura réalisées pendant trente ans (« À chaque fois que j'en vendais une, je pouvais faire vivre ma famille pendant un mois »). Son secret :« Pour qu'une image existe, il faut qu'on puisse imaginer ce qui s'est passé avant et ce qui va se passer après. C'est encore plus vrai pour l'humour : ce qui est drôle, c'est ce qu'on imagine qui va arriver juste après. »
André François, affiches et graphisme. Bibliothèque Forney, 1, rue du Figuier, 75004 Paris. Du mardi au samedi de 13 h 30 à 20 heures, 4 euros. Catalogue de 251 illustrations couleurs : 35 euros.
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