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Paradiski veut atteindre les sommets

Loisirs

16/10/2003 - Comment imposer, dans le monde entier, la marque d'un nouveau domaine skiable sans gommer les spécificités des trois stations qui le composent ? Tel est le challenge de Paradiski, qui réunira cet hiver les Arcs, La Plagne et Peisey-Vallandry.

Mardi 30 septembre, 7 h 55. Un convoi exceptionnel arrive à Peisey-Vallandry, station savoyarde située à 1 650 mètres d'altitude. Il transporte, par camions, les deux cabines de Vanoise Express, le futur téléphérique ultramoderne qui reliera, à partir du 20 décembre prochain, la station de La Plagne à celle des Arcs à quelque 380 mètres au-dessus de la vallée du Ponturin. Un bijou technologique appelé à devenir la mascotte de Paradiski, le nouveau domaine skiable que la Compagnie des Alpes, concessionnaire des remontées mécaniques des Arcs, de La Plagne et de Peisey-Vallandry, présente comme l'un des plus grands et l'un des plus beaux des Alpes, voire du monde. Avec 100 millions d'euros de chiffres d'affaires annuel, la Compagnie des Alpes est en tout cas déjà le premier opérateur de remontées mécaniques dans le monde.

L'arrivée des cabines concrétise un projet dont tout le monde parle ici depuis plus de vingt-cinq ans.« Cette liaison a été envisagée dès la création, en 1972, de la station des Arcs, dix ans après celle de La Plagne,se souvient Pierre Bidou, ancien patron des Arcs et mémoire de la vallée.Toutes les hypothèses, y compris les plus farfelues, ont été envisagées. »Mais il a fallu attendre 1998 pour que le feu vert soit donné au projet actuel. Peut-être parce que les élus locaux ont longtemps traîné les pieds :« Pour nous, ce n'était pas le plus urgent,reconnaît Jean- Pierre Chenu, maire d'Aime-La Plagne.Notre priorité résidait dans le développement de notre propre station. » « Faire travailler ensemble des maires aux étiquettes politiques différentes et jaloux de leurs prérogatives relève de l'exploit »,renchérit François Gazave, maire de Bourg-Saint-Maurice.

Pour sortir de l'impasse, il a fallu tout le poids de la Compagnie des Alpes - une société cotée en Bourse qui exploite une dizaine de stations en France et en Europe, dont Tignes, Méribel, Chamonix-Mont-Blanc, Courmayeur et Verbier, et propriétaire du musée Grévin et du parc Astérix - pour vaincre les réticences.« Nous avons promis aux élus que l'investissement consacré à cette liaison ne se réaliserait pas aux dépens de la modernisation des domaines skiables,explique Laurent Chelle, directeur marketing de la Selalp, société d'exploitation de la liaison Les Arcs-La Plagne.Après avoir investi 30 millions d'euros en 2002, nous avons dépensé 45 millions cette année, dont seulement 15 pour le téléphérique. »Mais la Compagnie des Alpes n'avait guère le choix : le marché français du ski est aujourd'hui devenu mature et ne progresse plus.« Ou on attend qu'il décline, ou on bouge, en essayant de séduire une nouvelle clientèle,résume Bernard Aubonnet, délégué du directoire de la Compagnie des Alpes.Or les étrangers sont friands de grands domaines. »

Un nom international

C'est dans cette optique qu'a été imaginé Paradiski. Avec 425 km de pistes, deux glaciers équipés à plus de 3 000 mètres d'altitude, 20 villages pour tous les publics (de la cible familiale aux accros de la glisse), le nouveau domaine ne manque pas d'arguments pour séduire les Européens, mais aussi les Américains, les Japonais, les Chinois ou les Australiens, nouvelles cibles privilégiées des offices de tourisme des Arcs et de La Plagne. Le choix du nom, qui a demandé des années de réflexion, d'abord avec l'agence Nomen puis avec Demoniak, répond à cette exigence internationale, puisqu'il se prononce correctement et, surtout, se comprend dans toutes les langues.

Reste maintenant à le faire connaître pour qu'il acquière, en trois ans, la notoriété spontanée du domaine des Trois Vallées (les Ménuires, Courchevel, Méribel et Val-Thorens) et qu'il permette aux stations des Arcs et de La Plagne de voir croître leur fréquentation.« Nous n'avons pas attendu l'inauguration du téléphérique pour lancer l'opération »,prévient Laurent Chelle. Le concept Paradiski a ainsi été présenté aux tour-opérateurs, dès janvier dernier, lors du salon Grand Ski. Un événement fondateur qui a permis, pour la première fois, de faire connaître la nouvelle marque et de réunir sous une même bannière les offices de tourisme de deux stations jusque-là plutôt concurrentes. Mais il n'est pas question pour autant qu'elles se fondent dans Paradiski : les Arcs et La Plagne doivent continuer à exister par elles-mêmes.« Paradiski, c'est un parapluie : il constituera notre principal axe de communication pour les deux années à venir et va nous permettre de relancer la dynamique de l'innovation, qui est la marque de fabrique des Arcs,tranche Daniel Payot, président de l'office de tourisme des Arcs.Mais nous n'allons pas faire la promotion de La Plagne. »


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CHIFFRES CLÉS

100 millions d'euros.Chiffre d'affaires pro forma des remontées mécaniques des trois stations. Chaque année, la Selalp consacre 18 % de son chiffre d'affaires à des investissements.

35 millions d'euros.Coût total pour la construction et la mise en place de Vanoise Express, dont 15 millions pour le seul équipement.

92 318 lits.Capacité d'accueil des trois stations, dont 50 000 à La Plagne.

235 pistespour tous les niveaux et toutes les techniques de glisse.

45 km/h.Pour parcourir les 1 824 mètres du parcours, Vanoise Express mettra quatre minutes. Chaque cabine peut transporter deux cents personnes réparties sur deux étages, soit un volume de deux mille personnes à l'heure.

3 stations et 20 destinations,du vieux village de Savoie à la station d'altitude pour les sports extrêmes.

25 % de clientèle étrangère.Avec Paradiski, la Compagnie des Alpes espère atteindre 35 % dans les dix ans.

Une 4e station pour les Arcs

À Bourg-Saint-Maurice-les Arcs, l'autre événement de la saison 2003/2004 réside dans l'ouverture, à Noël, d'une quatrième station d'altitude, dans un vallon situé juste en dessous d'Arc 2000. Baptisée Arc 1950, le village, elle est l'oeuvre d'Intrawest, société canadienne qui possède notamment une dizaine de stations de montagne en Amérique du Nord. Cette année, seules deux résidences seront ouvertes, mais le programme prévoit, à terme, la construction, sur 55 000 m2, de 750 appartements, soit 3 500lits, de 40 commerces, d'une station thermale, de piscines extérieures, etc.

Directement importé d'outre-Atlantique, ce concept de village piétonnier très haut de gamme, qui s'inspire de l'architecture des vieux villages savoyards, s'adresse à une clientèle aisée, qui n'hésite pas à investir jusqu'à 7 000 euros le mètre carré. Et ça marche : les deux premières résidences, qui comprennent respectivement 102 et 77 appartements, ont été successivement commercialisées en huit et cinq heures, au cours d'une journée de vente organisée sur invitation privilégiée dans un grand hôtel parisien.« Les Français représentent moins de 15 % de nos acheteurs,explique Robert Jérôme, président d'Intrawest France.Nos clients sont en majorité américains, britanniques, belges ou néerlandais. »

À sa façon, le village Arc 1950 constitue pour la région un formidable outil de promotion à l'international.« Les investissements réalisés par Intrawest depuis trois ans sont tels que nous aurions presque pu supprimer notre budget de communication vers l'étranger »,plaisante François Gazave, maire de Bourg-Saint-Maurice. Un avis on ne peut plus éloquent !

D.F.

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