
23/10/2003 - Quatre agences ont jalonné l'histoire publicitaire du fromage Chaussée aux moines. Une chose est sûre : la force de la marque est d'avoir fait subsister, puis évoluer son positionnement humoristique et monacal au fil des ans.
Chaussée aux moines est, dans le langage des professionnels, un « PPNC », comprenez un fromage à pâte pressée non cuite. Il est même le premier de sa catégorie, avec 42 % de part de marché. Un succès qu'il doit, dès ses origines, à la volonté du groupe familial français Celia de conquérir l'Hexagone. Son arme, outre les qualités gustatives du produit, c'est la publicité, qui imprègne depuis vingt ans les esprits avec la rengaine « Chaussée aux moines » chantée sur un air liturgique et l'incontournable « Amène ». Des éléments que le dernier film de la marque « Le moine sonneur », signé Dufresne Corrigan Scarlett, réactualise sans lasser.
Ce positionnement humoristique et monacal a été imaginé dès la première apparition publicitaire de la marque, en 1983, signée de l'agence Business. À l'époque, c'est Thierry Ardisson, l'un des fondateurs de l'agence, qui marque le fameux coulant de sa patte. Deux films courts de huit secondes et 400panneaux d'affichage amènent la notoriété du fromage à un score de 69 %, et le référencement suit le mouvement, avec une présence dans 50 % des grandes et moyennes surfaces. En 1986, Business récidive avec « La Famille autour de la table regardant le moine à la télé ». Toujours la patte, pas molle, de Thierry Ardisson et une notoriété qui monte à 80 %. En 1987, Chaussée aux moines annonce avoir multiplié ses ventes par dix en dix années, avec près de 5 000tonnes de produits commercialisés.
En dépit de ce succès, la marque change d'agence et de stratégie en 1992, mais toujours avec le même objectif : rajeunir l'image du produit. Iceberg-Bozell signe ainsi un spot rompant avec les codes du marché. Dans « La visite du monastère », une jeune femme promène sa sensualité dans les lieux sacrés. Un échec qui fait perdre à la marque son leadership. Pour redresser la barre, CLM/BBDO, nouvellement en charge du budget, décide en 1995 de se séparer du bon frère tout en conservant l'esprit religieux et le chant grégorien, mais façon techno. Le film « Le livre de messe » associe alors le passé et le futur, à travers un ouvrage ancien dont les illustrations et autres enluminures animées laissent entrevoir, au fil des pages, des objets modernes comme une machine à laver.« Il fallait rajeunir le profil de nos consommateurs et viser la famille »,commente Yannick Euzenot, directeur marketing. Objectif atteint. À l'époque, le traité créatif est jugé original et sympathique et le fromage est implanté dans 75 % des points de vente.
Retour aux fondamentaux
1927. Création à Craon (Mayenne) du groupe familial laitier Celia, fabricant du fromage Chaussée aux moines, aujourd'hui dirigé par les frères Frédéric et Xavier Sallé.
1983. Chaussée aux moines décide de conquérir le marché national en investissant dans la publicité.
35 %. Taux du « souvenir publicitaire » en 1998, soit la deuxième place derrière Coeur de lion.
4 700 tonnes. Production actuelle de Chaussée aux moines, équivalant à un chiffre d'affaires de 33,5 millions d'euros.
57 %.Taux de « nourriture », qui mesure la « fidélité à la marque ».
2 millions d'euros. Budget publicitaire brut 2003.
Yannick Euzenot, directeur marketing et vente chez Celia, maison mère de Chaussée aux moines, explicite la stratégie d'expansion du groupe lancée cette année.
Pourquoi avez-vous conçu ce spot cinq ans après la dernière campagne ?
Yannick Euzenot.Quand je suis arrivé chez Celia en 1996, en provenance de chez Lactalis, j'avais deux objectifs. Le premier était d'atteindre le leadership. C'est fait. Avant 1996, nous avions dix points de moins que notre concurrent Cousteron (Bel). Aujourd'hui, nous le dépassons de dix points. La notoriété assistée est de 80 %, versus 63 % pour Cousteron. La pression publicitaire constante n'y est pas pour rien, associée à la qualité du produit, qui a le meilleur agrément en termes de constante organoleptique (test d'analyse sensoriel). Aujourd'hui, nous pouvons nous lancer dans l'innovation produit, avec une équipe marketing renforcée et une structure recherche et développement étoffée.
Quels sont les projets du groupe ?
Y.E.Nous avons modifié l'identité visuelle, le logo et le packaging, avec Hotshop, pour obtenir plus d'impact en linéaire. Le moine est rajeuni, plus avenant et semble offrir son produit au consommateur. Nous lançons La Baratte de Chaussée aux moines, un beurre vendu en trois formats et en versions doux et demi-sel. Un spot simple comme « Chaussée aux moines fait aussi du beurre » sera prochainement diffusé. Notre objectif est d'atteindre 25 % de part de marché dans les deux ans.
D'autres diversifications sont-elles envisagées ?
Y.E.Nous lançons une seconde marque, Le Marin, dessinée par Hotshop. Le premier produit sera un beurre au sel de mer. À partir d'aujourd'hui, la cadence de lancement sera de deux produits par an, un pour chaque marque. Le groupe Celia est, par ailleurs, spécialisé dans les laits nutritionnels à l'export, la France étant saturée sur ce secteur. Nous avons racheté un laboratoire en France et comptons développer une gamme de laits infantiles en pharmacie.Entretien : C.S.
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