
12/02/2004 - Avec Technikart, la marque signe un modèle baptisé No Sport. Le bien-être contre le dépassement de soi : une tendance qui pourrait sonner le retour d'une tennis qui a connu la gloire à la fin des années soixante.
On a déjà tout vendu ! »Fabrice de Rohan-Chabot, directeur du magazineTechnikart, n'en revient pas. La tennis No Sport qu'il vient de lancer avec la marque Springcourt et qui est en vente dans la boutique BlackBlock, au palais de Tokyo à Paris, s'est vendue comme des petits pains, en quelques jours. Et sur le site nosport.com, conçu par l'agence Avence, ça frémit...« Springcourt est une marque mythique née en France en 1936, que portaient John Lennon et Serge Gainsbourg,raconte Fabrice de Rohan-Chabot.La No Sport veut véhiculer une autre idée du sport, celui de l'esprit. On en a marre de la dictature du sport et on le dit. »Un acte politique altermondialiste comme celui du magazine canadienAdbustersqui envisage de lancer une fausse Converse (www. blackspotsneaker.org) en réaction au rachat de la vieille marque de basket par Nike ?« Non ! Une envie de revendiquer un état d'esprit. Ça s'arrête là,assure le journaliste.Quand on interrogeait Churchill à la fin de sa vie sur le secret de sa forme, il répondait, cigare et verre en main, " No sport ! ". »
Au départ de cette histoire, un dîner entre trois copains il y a un an : Fabrice de Rohan-Chabot, Gabriel Gautier, directeur de création de l'agence Leg, et Yvon Rautureau, un fabricant de chaussures iconoclaste. Cordonniers vendéens de père en fils, les Rautureau détiennent la licence de Springcourt depuis treize ans et sont à l'affût de toute bonne idée pour faire la promotion d'une marque qu'ils soutiennent et dont l'heure de gloire est passée. L'idée de la No Sport fait son chemin dans la tête de Fabrice de Rohan :« Nous cherchons à développer la marque Technikart comme on le fait avec le hors-série modeTechnikart Mademoiselle.Et la No Sport, c'est aussi un truc de mode. »
Virginie Bertrand, directrice de la communication de la Fédération française du prêt-à-porter flaire un bon plan et propose un stand au Salon du prêt-à-porter en janvier dernier.« Nous cherchons à ancrer le salon dans l'actualité,explique-t-elle.Le lancement de la No Sport nous intéressait d'autant plus qu'elle correspondait parfaitement à l'espace Pick&Mix que nous avons consacré à la nouvelle génération de l'Urban Wear, plus influencée par la mode que par le sport. »Sur le stand, la No Sport a attiré des importateurs de Los Angeles et de Lisbonne... Le Printemps est candidat pour la vendre dans ses magasins.
Le succès de la simplicité
« La No Sport, c'est un clin d'oeil et un contre-pied s'inscrivant dans la mode des vêtements à message,poursuit Virginie Bertrand.Elle correspond aussi à une tendance émergente qui privilégie la recherche du bien-être plutôt que le dépassement de soi. »La fin de la performance technologique ? Yvon Rautureau n'ose y croire :« La Springcourt est par excellence " low tech ". C'est une chaussure en toile de qualité, simple et saine, basée sur un système de ventilation breveté. Avec la dictature du sport, la marque est tombée, elle est devenue un produit confidentiel vendu à dose homéopathique. Cela fait treize ans que nous ramons. Peut-être que l'heure est enfin venue ! »Contemporaine de la marque Lacoste et chaussure des joueurs de tennis sur terre battue dans les années cinquante, la Springcourt portée par John Lennon sur la pochette d'Abbey Roadet le jour de son mariage avec Yoko, est aussi la tennis des barricades. Il s'en vendait plus d'un million de paires à la fin des années soixante, contre pas plus de 40 000 aujourd'hui dans le monde.
Springcourt n'a pas su prendre le tournant international dans les années soixante-dix et s'est fait laminer par les Adidas, Nike et autre Converse.« J'avais dix-sept ans et de retour des États-Unis, j'ai fait un rapport à mon oncle sur la nécessité de miser sur l'export,se souvient avec amertume l'actuel propriétaire de la marque, Théodore Grimmeisen, cinquante et un ans, fils de l'inventeur de la Springcourt mort en 1956.Il me l'a jeté à la figure. »Le développement des terrains de tennis en dur et le succès mondial de la Stan Smith d'Adidas, première tennis technique efficace sur tous revêtements, portée aussi à la ville, sonnera le glas de la frêle Springcourt pour terre battue... Et ce malgré le succès de la Springcuir lancée avec Jacques Séguéla en 1979 sur un concept inédit : l'affiche en relief sur les culs de bus, qui vaudra à la marque deux distinctions au Grand Prix de l'affichage en 1979 et en 1982.
C'est une histoire de tonneau donc d'étanchéité... donc de bouchons en caoutchouc. L'histoire de Théodore Grimmeisen, tonnelier débarqué d'Alsace en 1870 à Paris, dont le fils fera - après les bouchons - des articles chaussant en caoutchouc. Et le petit-fils Georges, des bottes moulées sous la marque Colibri (pour contrer Aigle !) avant de déposer le brevet de la tennis Springcourt à la semelle ventilée. « Spring », de l'anglais « ressort ». L'héritier, Théodore, contraint en 1982 de stopper la fabrication sur place (la Springcourt est désormais produite en Thaïlande sur les machines d'époque), a réhabilité les lieux. Aujourd'hui, l'usine Springcourt, 5, passage Piver dans le xie arrondissement de Paris, loue ses 5 000 m2 à des sociétés de la communication. Après Magnum, on y trouve l'agence Metis, Orange Films, les Humanoïdes associés... Dernier installé,Le Nouvel Économiste. Tous les locataires se retrouvent au restaurant ouvert par Théo, dont le nom, « L'Atelier des mélanges », en dit long sur l'esprit qui y règne.
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