
21/10/2004 - L'Union des étudiants juifs de France s'offre une campagne choc signée Colorado. Objectif : susciter le débat et réveiller les consciences.
Stupéfaction, gêne, curiosité ? Difficile de définir le sentiment provoqué par la prochaine campagne presse de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF). L'agence Colorado, qui a travaillé gracieusement, n'y est pas allée avec le dos de la cuillère. Les deux visuels mettent en scène tantôt Jésus, tantôt Marie, souillés du tag « Sale juif » pour le premier, « Sale juive » pour la seconde. La signature, elle, se veut plus fédératrice : « L'antisémitisme : et si c'était l'affaire de tous ? ». Les visuels feront irruption dans la presse nationale à partir du 26 octobre.L'Équipe,Le Parisien,Le Monde,20 Minutes,Le FigaroetLeJournal du dimancheont tous accepté d'offrir une pleine page. D'autres titres sont en négociations et une campagne de relations presse est prévue en parallèle.
Mais qu'a voulu faire l'UEJF en mélangeant ainsi les genres ?« Tout simplement réveiller les consciences et susciter un débat,explique son président, Yonathan Arfi.Nous voulons faire de l'antisémitisme une cause nationale, au même titre que la sécurité routière ou le sida. Il y a un décalage trop important entre la prise de conscience des pouvoirs publics et l'indifférence de l'opinion. Cette campagne interpelle tout le monde. »
Évacuer le contexte israélo-palestinien
En utilisant Jésus et Marie comme porte-parole, Olivier Bensimon, directeur de la création de Colorado, bouscule volontairement les schémas classiques de l'antisémitisme. Que cela lui plaise ou non, le lecteur ne pourra tourner la page sans entamer une réflexion sur la symbolique de cette campagne.« C'est ce que nous a demandé l'UEJF dans son brief,rebondit Stephan Oliel, directeur associé de l'agence.Un message qui ne repose ni sur la victimisation ni sur la culpabilisation, en s'adressant avec impertinence à un large public. »
La stratégie est toutefois risquée. L'UEJF mise sur les réactions, qui ne devraient pas tarder.« Bonnes ou mauvaises, elles alimenteront le débat et permettront de sortir l'antisémitisme du piège d'une exportation du conflit israélo-palestinien,analyse Yonathan Arfi.Au lieu de renforcer l'image d'une lutte judéo-arabe qui met au ban les deux communautés, il s'agissait cette fois de faire appel à celui qui d'ordinaire ne se sent pas concerné par les questions de racisme et d'antisémitisme. »
La première réaction a été celle de JCDecaux, qui avait d'abord promis d'offrir 250 panneaux à Colorado. La société d'affichage s'est finalement désistée en voyant les visuels, de peur« d'avoir des ennuis avec les municipalités ». Jésus et Marie : chemin de croix ou bonne étoile pour la campagne choc de l'UEJF ?
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