
09/06/2005 - À Bruxelles comme à Paris, les projets de loi pour lutter contre l'obésité se précisent. Les industriels de l'agroalimentaire tentent de limiter les dégâts sans ternir leur image.
L'obésité tue. ça vous fait toujours marrer ? », interpellait l'annonce presse du Collectif national des associations d'obèses (Cnao), vendredi 3 juin, dans le quotidien gratuit20 Minutes. Le visuel choc (une énorme femme nue recroquevillée sur elle-même) tombe en plein débat sur la question. Le même jour à Bruxelles, le Conseil des ministres européens de la Santé décidait de conserver un article du règlement sur les allégations de santé et de nutrition - texte en cours d'élaboration - supprimé une semaine plus tôt par le Parlement européen, qui le jugeait trop restrictif. L'article en question subordonne l'usage d'allégations au respect d'un profil nutritionnel général des produits.
En France aussi, le débat bat son plein. Politiques et associations s'insurgent contre la promotion des produits calorifiques et le manque d'information. Une proposition de loi pour la prévention de l'obésité par voie publicitaire vient d'être déposée à l'Assemblée nationale par le député PS Jean-Marie Le Guen (lire ci-dessous). Elle va bien plus loin que la loi de 2004, qui préconise la diffusion de messages de prévention dans les publicités pour les produits concernés ou prévoit une taxe en cas de refus par les annonceurs.
Flou législatif
« Les marques de l'agroalimentaire poussent à la consommation,estime Anne-Sophie Joly, présidente du Cnao.Seuls les grands groupes comme Nestlé et Danone font de réels efforts sur ce terrain. Mais il ne faut pas laisser les marques cadrer le secteur. »Les industriels, eux, se méfient d'une législation trop sévère et surtout trop floue sur la question.« Nous sommes d'accord pour assurer une protection élevée au consommateur européen,affirme Anne Perycot, directrice des affaires publiques de l'Association nationale des industries alimentaires.Mais nous rejetons le principe d'interdiction systématique d'allégations sur le packaging. Si la mention " Bon pour la ligne " est scientifiquement prouvée, on ne voit pas pourquoi elle serait interdite. »Entre politiques, associations, industriels et publicitaires, la partie de bras de fer est loin d'être terminée.
Àl'occasion de la sortie de son livreObésité, le nouveau mal français(Armand Colin, 21 e), Jean-Marie Le Guen, député socialiste de Paris et auteur de la proposition de loi pour lutter contre l'obésité en France, s'exprimait le 3 juin dernier dans le cadre d'une conférence organisée par l'agence Edelman.
Selon lui,« on finance les programmes audiovisuels avec de la publicité pour des produits à risques. Cela me pose problème. J'aurais préféré qu'avant un spot alimentaire, on puisse voir des messages d'éducation nutritionnelle, plutôt que des insertions de prévention dans les messages publicitaires. Qu'on valorise les fruits et les légumes, par exemple. L'industrie alimentaire en a les moyens.
« Il devrait également y avoir des lieux d'information santé dans les grandes surfaces. Les publicitaires doivent acquérir leur indépendance de pensée. Ils ne peuvent pas être les mercenaires ou les boutefeux des visions commerciales les plus étriquées. L'Association des agences-conseils en communication (AACC) a combattu la loi de santé publique en 2004. Elle a mis en cause l'éthique d'une profession pour laquelle j'ai par ailleurs une haute considération. Je constate que les agences sont en général en avance sur l'AACC. »
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