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Accueil > Actualités > Marques > Le tourisme réunionnais est piqué au vif

Le tourisme réunionnais est piqué au vif

02/03/2006 - Le comité du tourisme de La Réunion tente de lutter contre la désaffection des vacanciers effrayés par le virus du chikungunya.

Dominique de Villepin était à la Réunion, dimanche 26 et lundi 27 février, au chevet d'une île durement frappée par le virus du chikungunya. Jocelyne Lauret, elle, a fait le trajet inverse. La présidente du comité du tourisme de La Réunion est à Paris pour tenter d'enrayer la chute de fréquentation touristique sur l'île. Elle a de bonnes raisons d'être inquiète. Les réservations hôtelières, en baisse de 20 à 30 % depuis quelques semaines, sont en chute libre. Pour mars, elles sont d'ores et déjà à - 65 %. De quoi affecter toute l'économie de l'île : avec 360 millions d'euros de revenus annuels, le tourisme en est la première activité économique marchande.

Pour tenter d'inverser la tendance, le comité du tourisme de la Réunion a fait appel, le mois dernier, à Leo Corporate, cabinet-conseil en stratégies d'information du groupe Leo Burnett. Des messages à destination des professionnels du tourisme, mais aussi des voyageurs, ont été élaborés. « Nous rappelons que le risque zéro n'existe pas et que le paludisme, deuxième cause de mortalité dans le monde, n'a jamais empêché les touristes de se rendre en Afrique, explique Arnaud Dupui-Castérès, en charge du dossier chez Leo Corporate. Il suffit de prendre des mesures de précaution élémentaires, comme porter des tee-shirts à manches longues et se badigeonner d'antimoustique. »

Cette semaine, le message sera ­répété aux tour-opérateurs réunis pour l'occasion, alors qu'ils élaborent leur catalogue annuel, à paraître en mai. Objectif : éviter qu'ils ne suppriment la destination Réunion de leurs pages. Ni plus ni moins. « Nous devons maintenant sauver la saison touristique 2007 », explique Arnaud Dupui-Castérès. Une tâche d'autant plus difficile que les discours élaborés par l'agence sont soumis à l'évolution des connaissances scientifiques sur la maladie et sur un virus qui, chose inédite, serait directement la cause du décès de cinq personnes.

Alerter les pouvoirs publics sans alarmer les touristes

Tout en cherchant à rassurer, le comité du tourisme de La Réunion et son agence-conseil ont fait le choix de la transparence. À l'inverse de l'île Maurice, qui, elle, est nettement moins touchée par la désaffection des vacanciers... « Ce pays n'a officiellement reconnu qu'une centaine de cas, alors qu'il compte bien plus d'habitants que La Réunion. Sans parler des Seychelles, qui ont annoncé une décroissance du virus chez eux. Manifestement ils gomment la réalité, ce qui me paraît très risqué », commente Arnaud Dupui-Castérès.

Ce dernier a été chargé d'une autre mission, auprès des pouvoirs publics, cette fois. Depuis début février, Leo Corporate émet des signaux d'alerte auprès des responsables politiques pour qu'ils prennent conscience de l'impact économique du chikungunya. Ce qui passe par de nombreux rendez-vous et coups de téléphone. Sans oublier les petites phrases chocs, comme celle de Jocelyne Lauret adressée au ministre de l'Outre-mer, François Baroin, lors d'une visite sur l'île : « Nous avons le sentiment que les poulets sont plus importants à protéger que les Réunionnais. »

Maintenant que le gouvernement et les médias se sont réveillés, Leo Corporate va s'assurer que les déclarations de Dominique de Villepin ne restent pas lettre morte. Et que sur les 60 millions d'euros promis à l'économie réunionnaise, une bonne partie soit reversée à la filière touristique.


Delphine Masson
Information traitée dans Stratégies Magazine n°1403

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