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Le Routard contre-attaque

16/03/2006 - par Aymeric Mantoux

En trente ans, le Guide du routard s'est imposé comme le leader des guides de tourisme. Alors que paraît une enquête qui bat en brèche la collection mythique, son directeur-fondateur, Philippe Gloaguen, prend la plume pour se défendre.

La meilleure défense, c'est l'attaque. Dans l'édition et la communication sans doute plus qu'ailleurs. Et cela, il y a bien longtemps - peut-être sur les bancs de Sup de Co, au début des années soixante-dix - que Philippe Gloaguen, fondateur et directeur du célèbre Routard l'a compris. Jeudi 16 mars, il fait paraître chez Calmann-Lévy Une vie de routard, un ouvrage où il revient sur l'histoire des guides et en livre quelques secrets. Au même moment doit être publié, mais dans un tout autre registre, Enquête sur le routard, aux Éditions du Panama, fruit des investigations d'un journaliste, Baudoin Eschapasse, qui a rencontré plus de deux cents personnes pour les besoins de son ouvrage plutôt critique sur cette institution de l'édition touristique publiée par Hachette. Coïncidence ? L'Express, qui devrait publier les bonnes feuilles du livre d'Eschapasse, ne semble guère croire à celle-ci. Les deux livres paraissent après un article très critique du magazine Lire à l'encontre du Routard, en décembre 2004, suivi d'un papier du Canard enchaîné en janvier 2005, qui dénonçait certaines pratiques. L'hebdomadaire satirique sortira d'ailleurs prochainement un supplément consacré aux dérives du tourisme.

Philippe Gloaguen, lui, s'explique : « J'avais deux commandes. Je connais mon éditeur depuis quinze ans et il y a un moment qu'il m'a demandé ce livre. Je l'avais en tête au moment de l'affaire Houellebecq, il y a quatre ans, lorsque dans son roman Plateforme, il a pris à parti Le Routard. » Le saint patron de tous les routards n'aurait donc pas, comme Pierre Lescure ou Jean-Pierre Pernault avant lui, pris la plume pour donner sa propre version de l'histoire ? « Je n'ai pas le sentiment d'être traqué. Chaque année, il y a un mauvais papier dans la presse contre plusieurs centaines de positifs ! Ce livre de Baudoin Eschapasse ne me gêne pas. Mais c'est Hachette qui est très protecteur. Dans mon bouquin, je vais m'expliquer sur le fond. Je réponds à toutes les questions. » L'attaque, c'est souvent prendre son adversaire de vitesse : en publiant son propre ouvrage, avec l'aide de Patrice Trapier, du Journal du dimanche, déjà co-auteur de son précédent ouvrage (Génération routard), Philippe Gloaguen espère déminer le terrain.

Baudoin Eschapasse, lui, se défend d'avoir écrit un livre à charge : « Je n'ai rien à leur reprocher. J'ai beaucoup de respect pour le Routard et sa belle réussite. Au départ, je voulais faire un livre sur les guides touristiques. C'est le seul qui ne m'a pas ouvert la porte. Alors, j'ai eu envie d'en savoir plus, c'est tout. Mais c'est la première fois de ma carrière qu'on fait ainsi pression sur moi. Un cadre de chez Hachette m'a même dit que " je violais la vie privée d'une entreprise ", pour justifier son refus de me répondre. C'est quand même fou ! » Dès qu'Hachette a appris qu'un journaliste travaillait à une enquête sur l'histoire de cette marque phare, avec 2,5 millions d'ouvrages vendus chaque année et 15 titres classés parmi les 50 meilleures ventes du secteur, une stratégie de défense par anticipation a été mise en place. L'aspect juridique a été bétonné avec un bataillon d'avocats. Le livre de Philippe Gloaguen a été accéléré et la promotion maison affûtée : bonnes feuilles dans Paris Match, émission sur Europe 1 et mise en place de quelque 30 000 exemplaires, bien en vue dans les Relais H. « Pour défendre la marque, tous les coups sont permis, note un bon connaisseur du dossier. Hachette a même menacé de faire saisir le livre si le mot " routard " figurait dans le titre. »

Changement d'image

Le développement de la collection du Routard a très tôt aiguisé les appétits. Quand le premier guide est sorti, une marque de pneus a utilisé le nom dans une publicité. Philippe Gloaguen a donc été contraint d'effectuer un dépôt de marque pour son bonhomme au sac à dos. Bien lui en a pris, l'essor de la collection n'a dès lors fait qu'attirer les convoitises, sous la forme de plagiats et détournements, en France comme à l'étranger. « La marque Routard est très forte, explique Philippe Gloaguen. Les gens se la sont accaparée. Mais on se développe aussi sans cesse : le nombre de titres grandit, on a créé des guides de conversation qui sont devenus les seconds du secteur en moins d'un an, le site Internet est très dynamique, et on fait des livres d'entreprise. » De grandes marques, comme Hertz et SFR, ont fait appel au Routard. Terminé les babas cool. Ce qui leur plaît, c'est l'image jeune, urbaine et branchée du guide. Le Routard compte d'ailleurs beaucoup sur cette branche pour étendre son développement. De même que sur les partenariats avec les médias (Libération, RTL, Le Parisien ou Paris Match). Mais pas au point de lancer un magazine, comme son concurrent Le Petit Fûté. Avec tous ses succès, on comprend en tout cas pourquoi, quand il s'agit de se défendre, le Routard n'est jamais en retard.

>Une vie de routard, Philippe Gloaguen, Calmann-Lévy, 2006.

>Enquête sur le routard, Baudoin Eschapasse, Éditions du Panama, 2006.

www.routard.com

www.lire.fr/enquete.asp/idC=47850/idR=200/idG=

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