25/05/2006 - Les produits alimentaires ne pourront plus cacher leur fort taux de sucre ou de graisse en se disant riches en vitamines ou en calcium. Le Parlement européen a tranché. Reste à définir ce qu'est un bon ou un mauvais profil nutritionnel.
Dans quelques mois, les sucettes Chupa Chups s'afficheront-elles toujours « sans matières grasses » ? Et le chocolat Poulain, ligne gourmande, sera-t-il toujours « source de calcium », comme indiqué sur son packaging ? Les céréales Lion se vanteront-elles encore d'être « riches en fer et en calcium », sans indiquer leur teneur en sucre ? Rien n'est moins sûr. Le 16 mai, le Parlement européen a adopté un texte réglementant le marketing des produits alimentaires, après trois ans de discussions, souvent âpres, entre institutions européennes, associations de consommateurs et entreprises agroalimentaires. En jeu, la réglementation des allégations nutritionnelles (messages du type « source de fibres » ou « sans sucres ajoutés ») et des allégations santé (« réduit le taux de cholestérol » ou « renforce vos défenses immunitaires »). Des messages jugés trompeurs pour le consommateur car pouvant occulter la réalité globale d'un produit sucré ou très gras. Mais qui présentent bien des avantages pour les fabricants : ils favorisent fortement les ventes tout en justifiant des prix élevés.
Une application retardée
À l'avenir, fantaisie et légèreté ne seront plus de mise. Les allégations santé seront interdites pour les produits ne présentant pas un bon profil nutritionnel, c'est-à-dire trop riches en matières grasses, en sucre ou en sel. Toute nouvelle allégation devra, par ailleurs, être prouvée, et validée par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Aesa) avant son utilisation marketing. En revanche, les allégations nutritionnelles, que certains souhaitaient totalement interdire pour les produits déséquilibrés, seront autorisées même si l'un des nutriments (sel, sucre ou matière grasse) ne respecte pas le seuil prévu par l'Aesa. Le fabricant devra toutefois indiquer ce dépassement de seuil (riche en sucre, en gras, en sel...) sur la même face du paquet et avec la même typographie. Il est ainsi très probable que les sucettes Chupa Chups devront ajouter « riches en sucre » à leur « sans matières grasses ». Une obligation à laquelle l'entreprise se prêtera sans difficulté. « S'il faut préciser que les sucettes c'est du sucre, nous le ferons », indique, avec un brin d'ironie, la porte-parole de l'entreprise. Qui ajoute plus sérieusement : « Pour nous, le sucre est responsable des caries, pas de l'obésité. Le bonbon est aujourd'hui montré du doigt, comme le tabac et l'alcool. S'il faut aussi rappeler qu'il est source d'énergie, de plaisir et de partage, nous le ferons. » Reste à connaître les seuils à partir desquels la double allégation (par exemple « source de calcium » et « riche en sel ») sera rendue nécessaire et ce que l'on appelle, in fine, un bon ou un mauvais profil nutritionnel. Un travail de longue haleine que doit maintenant mener l'Aesa et qui retarde l'application immédiate du règlement. « Nous estimons qu'il faudra bien deux ans pour y parvenir », indique Jean-René Buisson, président de l'Ania, l'Association nationale des industries alimentaires. De quoi laisser le temps aux fabricants de s'organiser, mais aussi, peut-être, à l'obésité de gagner du terrain. « À l'heure où la France connaît une progression de l'obésité comparable à celle des États-Unis dans les années soixante-dix, l'UFC-Que Choisir demande à l'Aesa de définir de toute urgence des profils nutritionnels européens », indique, dans un communiqué, l'association de consommateurs. D'une manière générale, l'UFC-Que Choisir critique le « compromis purement politique adopté par les eurodéputés sous la pression des industriels ». Pour elle, il donne lieu à des « informations contradictoires ne pouvant que renforcer la confusion des consommateurs ».
Comment aider les Français à consommer plus de fruits et de légumes ? Unilever a trouvé la réponse. Début juin, le groupe annoncera le lancement d'un produit inédit, baptisé Knorr Vie, sorte d'Actimel version fruits et légumes. La bouteille, identique en taille au produit de Danone, contient plus de 200 grammes de ces ingrédients. Et une texture, mi-jus de fruits, mi-compote, garantie 100 % naturelle et sans sucres ajoutés. Trois références seront commercialisées fin août dans les grandes surfaces : « pomme, carotte, fraise », « orange, banane, carotte » et « banane, potiron, kiwi ». Le groupe surfe ainsi sur une des tendances du moment : la recherche d'une alimentation équilibrée pour lutter, entre autres, contre l'obésité. « Deux Français sur trois ne mangent pas assez de fruits et légumes », commente Mélanie Desaleux, chef de produit chez Unilever. Or, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d'en manger cinq portions par jour, soit environ 400 grammes. Tout comme le Programme national nutrition santé (PNSS), organisme français qu'Unilever a pris soin de consulter avant de lancer Knorr Vie. « La crainte est que le produit se substitue à la consommation de fruits et légumes frais », commente Mélanie Desaleux. La bouteille française ne porte donc pas la mention « 50 % des besoins quotidiens », adoptée sur les packagings d'autres pays d'Europe où Knorr Vie a été lancé depuis l'an dernier (Belgique, Pays-Bas et Portugal, entre autres). Enfin, le produit (2,29 euros le pack de 3) ne se positionne pas directement comme une denrée santé. Il mise davantage, selon Unilever, sur la fibre plaisir, dans l'esprit de la campagne télévisée (agence JWT), visible à partie du 10 septembre prochain et signée : « La petite bouteille très généreuse en fruits et légumes. » Unilever accompagnera « ce lancement majeur » d'opérations de dégustations et d'échantillonnage. En espérant réitérer les succès belge et hollandais. En un an, le groupe a vendu dans ces pays une bouteille par habitant, soit respectivement 10 et 16 millions d'unités.
Selon le texte du Parlement européen, la bière et le vin ne pourront faire l'objet d'allégations nutritionnelles sur leurs étiquettes, sauf à préciser « une teneur réduite en alcool ». En revanche, les fabricants français d'alcool devront très bientôt y apposer soit un pictogramme représentant la silhouette barrée d'une femme enceinte portant un verre à sa bouche, soit la phrase : « La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l'enfant ». Les entreprises auront un délai d'un an pour s'y conformer, à compter de la publication de l'arrêté annoncé pour l'été. Vu la longueur de la phrase, beaucoup ont déjà opté pour le pictogramme.
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