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Accueil > Actualités > Marques > Innocent aux mains pleines... d'innovations

Innocent aux mains pleines... d'innovations

06/07/2006 - La boisson britannique à base de fruits frais mixés étend sa distribution en France. Décryptage du mix-marketing d'une marque dans l'air du temps.

Avis aux amateurs. Après Bert's, Colette, L'Eau chaude ou Cojean, ­Innocent débarque chez Monop' (ex-Daily Monop), les concept-stores de ­Monoprix ciblant les bobos. Arrivée en France début 2005, la marque de « smoothies » - des boissons à base de fruits frais mixés très en vogue chez les Anglo-Saxons - tisse lentement mais sûrement sa toile dans l'Hexagone. « Nous ne sommes pas pressés, nous sommes mixés », sourit ­Matthew ­Gardan, ­directeur marketing d'Innocent France, avec un accent et un humour tout droit venus d'outre-Manche.

Vendredi 23 juin, il a délaissé son scooter recouvert de gazon pour faire déguster des bouteilles de fraise-­banane et d'airelle-framboise à quelques journalistes. L'un deux, du mensuel Capital, préparerait-il un sujet pour la rubrique Succès ? Fort possible. Car Innocent est une vraie « success story » en Grande-Bretagne. En huit ans, la marque a pris la tête du marché des smoothies, doublant son principal concurrent, P&J. Le dossier de presse dresse la liste de ses trophées : numéro trois des sociétés de Grande-Bretagne en termes de rapidité de croissance tous secteurs confondus, prix 2002, 2003 et 2004 de la meilleure boisson aux Quality Food&Drink Awards, prix 2005 des meilleurs entrepreneurs de l'année aux Ernst&Young Entrepreneur Awards, etc.

À quand un prix en marketing et communication ? La boisson a en effet tapé dans l'oeil de bien des professionnels. « C'est l'une de mes marques fétiches, raconte Jean-Pierre Mialon, vice-­président de Challenger House (Publicis Groupe). Elle a su se développer sans films ni campagnes traditionnelles. Mais tout chez elle est ­publicité : le nom, le logo, le packaging. Rares sont les produits aussi cohérents dans le mix-marketing. » Pour Sophie Romet, directrice générale de Dragon rouge, Innocent ­annonce une nouvelle manière de faire du marketing : « La marque mise sur la qualité, l'éthique, l'humain, l'engagement citoyen dans la lignée de Ben&Jerry's ou de Stonyfield Farm. Elle est dans l'air du temps, innovante et disruptive. »

Comment expliquer ce succès ? Dès l'origine, Innocent a su répondre à un problème de société. Pour lutter contre l'obésité et promouvoir une alimentation équilibrée, les pouvoirs publics britanniques ont préconisé, bien avant leurs homologues français, la consommation de cinq fruits et légumes frais par jour. Lancée en 1998, Innocent propose une façon simple et nouvelle de consommer des fruits. « Une bouteille de 250 ml assure la totalité des apports recommandés en fruits et 100 % des apports journaliers en vitamine C naturelle », énumère Matthew Gardan. Un produit tendance, mais aussi en phase avec la cible des jeunes actifs urbains, soucieux de leur santé mais pris par le temps.

Innocent, c'est aussi une boisson 100 % naturelle, sans additifs ni ­conservateurs, et sans ajout de jus ­concentré, de sucre ou d'eau. Ce qui lui pose, encore aujourd'hui, des problèmes de distribution, le produit devant être conservé au frais et ­consommé sous quinze jours. Ces difficultés ont fini par faire sa force. Elles lui simplifient également la vie en matière d'étiquetage nutritionnel, sujet épineux pour l'ensemble de l'industrie agroalimentaire. Ce que contient un banane-fraise ? « Dix-neuf raisins pressés, dix fraises, une demi-­banane et quelques gouttes de jus d'orange frais et de jus de citron frais », lit-on au dos de la bouteille. « Notre produit est simple et honnête. Nous n'avons rien à cacher », commente Matthew Gardan. L'idée est déclinée à l'envi sur l'ensemble de la communication : le nom, le logo représentant un fruit-visage auréolé, la pureté du blanc, couleur largement utilisée, la simplicité des icônes et des symboles, semblables à des dessins d'enfants...

Innocent, c'est aussi, comme toutes les grandes marques, une histoire fondatrice qui réinvente les études de marché. Pour valider leur idée, les trois fondateurs, Richard Reed, Adam Balon et Jon Wright, racontent avoir proposé leur boisson dans un festival de jazz en interrogeant le public. « Devons-nous quitter nos jobs et créer notre entreprise pour produire des smoothies ? », avaient-ils inscrit sur des pancartes. Deux poubelles « oui » et « non » étaient placées sur le stand : celle du « oui » l'a emporté haut la main.


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Michel & Augustin jouent en décalé

En découvrant Innocent, j'ai eu un coup de déprime, explique Augustin, cofondateur des "Petits sablés ronds et bons" Michel&Augustin. C'était exactement ce que j'avais en tête. Puis j'ai positivé : c'était la preuve que l'idée était bonne. » Lancée en mai 2005, la « marque alimentaire décalée » se réclame davantage de Ben&Jerry's. Mais les ressemblances avec Innocent sont frappantes : produit premium, utilisation du packaging pour raconter des histoires, rapport direct avec le ­consommateur, titres farfelus pour les fonctions dans l'entreprise (Augustin est « vizir »), engagement caritatif, volonté d'être différent en marketing et communication. « Nous souhaitons nous amuser, vivre une aventure gourmande, souriante et authentique, avec une marque premium et populaire dont une partie des profits seront investis dans les grandes causes », commente-t-il. Les produits sont lancés en fonction du goût personnel des fondateurs. La marque commercialise des jus de fruits ultrafrais colombiens au Drug­store Publicis. À venir, des biscuits salés et un yaourt à boire baptisé Vache à boire, qui sera distribué et testé cet été chez Bert's.

Innocent en bref

1998. Lancement en Grande-­Bretagne.

53,8 millions d'euros. Chiffre d'affaires 2005 en Grande-Bretagne.

62 %. Part de marché en valeur en Grande-­Bretagne (58 % en volume).

1 million. Nombre de bouteilles vendues chaque semaine outre-Manche (15 000 en France).

100. Nombre de salariés.

En image
Depuis son lancement en 1998, Innocent parie sur le hors-médias, avec par exemple des camions de livraison originaux.
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