
05/07/2007 - Et si l'ouverture du marché de l'énergie donnait le pouvoir aux consommateurs ? C'est l'analyse à contre-courant de Benoît Héry, vice-président de l'agence G2 Paris.
La libéralisation totale du marché de l'énergie en France, effective depuis le 1er juillet, ne déchaîne pas les passions. Seulement 1 % des Français envisage de changer de fournisseur d'électricité, selon un sondage CSA publié dans Le Parisien. Peut-être trouve-t-on parmi eux une bonne part de salariés de Poweo et Direct Énergie, les deux challengers principaux de l'ancien monopole... Après l'ouverture des marchés de la téléphonie, d'Internet et du renseignement téléphonique, les Français semblent se méfier de la concurrence. La crainte d'une flambée des prix, exprimée notamment par l'association UFC-Que choisir, n'est pas pour les encourager. Benoît Héry, vice-président de l'agence de marketing services G2 Paris, qui travaille pour EDF, tente une analyse différente. Rédacteur de rapports sur la dérégulation pour le compte de l'État, il juge que celle-ci « est la première qui se mette en position de servir le consommateur. » Explication : « Toutes les autres dérégulations ont mis en avant le prix en phase de recrutement, mais des déceptions ont eu lieu sur les temps d'attente téléphoniques, l'opacité des offres, etc. On est passé de l'idée du prix bas, devenu synonyme de paupérisation, à celui de juste prix, comprenant des services. Les gens sont fatigués des « discounters ». Les fournisseurs qui lanceront des offres à faible valeur ajoutée se tromperont de combat. »
La nature particulière du marché de l'énergie et la maturité des consommateurs habitués à comparer les offres renforcent le caractère inédit de cette dérégulation. Déjà, de nouveaux sites Internet se créent sur le thème du changement de fournisseur, comme energie-info.fr, lancé par la Commission de régulation de l'énergie avec des associations de consommateurs, ou jechange.fr, monté par un investisseur privé.
Un marché tâtonnant
Le marché tâtonne encore. Direct Énergie, qui a obtenu gain de cause auprès du Conseil de la concurrence dans sa contestation des tarifs de gros pratiqués par EDF, dévoilera sa stratégie commerciale complète en septembre. Poweo joue à sa manière la carte « service » en déroulant notamment des offres de forfaits sur le thème de la simplicité (cf. Stratégies n° 1460). Gaz de France mène une communication autour d'hommes en collants rappelant celle du 118 218 avant de passer à une présentation plus concrète de ses offres. Quant à EDF, sa position de leader lui permet de passer sans à-coups d'un statut de fournisseur d'énergie à celui d'acteur de la maison. « L'énergie comprend également une notion de développement durable qui diffuse l'idée que l'on ne peut pas tout avoir à n'importe quel prix », ajoute Benoît Héry. Et de prédire : « Cette dérégulation va prendre plus de temps que les précédentes car elle demande plus de pédagogie. » Une lenteur qui ne peut que profiter aux historiques EDF et Gaz de France.
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