
15/11/2007 - Opération « Payez mobile » ou site voyages-sncf.mobi, les expérimentations de paiement sans contact via le téléphone portable se multiplient. Le mobile entre de plain-pied dans l'ère du marketing.
Votre Carte bleue, vos cartes de paiement et de fidélité, vos badges d'accès au parking et à l'immeuble de votre bureau, ceux de votre restaurant d'entreprise ou de votre club de sport, jusqu'aux clés numériques de votre appartement : tout cela, et bien plus encore, tiendra bientôt dans votre téléphone portable. Grâce à la technologie Near Field Communication (NFC), qui permet d'échanger des données sécurisées à quelques centimètres de distance, le mobile peut devenir un moyen de paiement mais aussi un redoutable outil de relation client. Ce qui suscite évidemment l'intérêt des commerçants, des marques et des entreprises.
L'opération Payez mobile, officiellement lancée le 9 novembre dernier, en témoigne. Cette expérimentation de paiement mobile sans contact, qui doit débuter le 19 novembre à Caen et à Strasbourg pour une durée de six mois avec le concours d'un millier de clients et de deux cents commerçants, est menée par une vingtaine d'entreprises. Et non des moindres, puisqu'on y retrouve six grandes banques (BNP Paribas, Crédit agricole-LCL, Crédit mutuel-CIC, Caisse d'épargne, Banque postale et Société générale) et quatre opérateurs de téléphonie mobile (Bouygues Telecom, NRJ Mobile, Orange et SFR). « Il s'agit de la première initiative de ce genre, qui vise à l'inter-opérabilité et à la définition d'un standard international », assure Patrice Herzog, directeur des moyens de paiement du groupe Crédit mutuel-CIC.
Bouquets de services
De fait, que ce soit en France ou à l'étranger, notamment au Japon, pionnier en la matière (lire en page 21), les expérimentations sont toujours limitées à un opérateur et un partenaire, souvent une banque ou un transporteur. Ainsi, Orange mène depuis 2005 à Caen un test en collaboration avec Cofinoga et Vinci. L'opérateur s'essaie également depuis octobre à la billettique (application de l'informatique à toutes les opérations relatives à la billetterie) en Grande-Bretagne grâce au concours d'une cinquantaine de fans du Manchester Football Club. Bouygues Telecom n'est pas en reste, avec des opérations pilotes dans le domaine des transports, en 2006 en Île-de-France avec la RATP et la SNCF et, depuis mars dernier, à Grenoble avec le transporteur Transdev. Même la carte Monéo s'y met. BMS, société exploitant cette carte de paiement lancée en 1999 pour les petits achats du quotidien, conduit depuis le 1er octobre à Besançon une expérience sur mobile avec des étudiants.
La dernière expérimentation en date a été lancée fin octobre à Rennes et dans sa région par SNCF Proximités (TER, Transilien, Corail intercités, etc.). Testée avec le concours d'Orange auprès d'une cinquantaine de clients volontaires, l'opération propose d'accéder avec son mobile NFC au réseau de transport et aux parkings locaux, et de recevoir des informations via SMS ou grâce au système des « tags » (petits codes électroniques) affichés en gares et à terme sur les Abribus. « L'objectif est d'étudier la réaction des clients afin de construire un bouquet de services, que nous comptons déployer dans deux tiers des régions d'ici à 2010 », explique Sylvie Bourgeois, directrice marketing et services à la clientèle de SNCF Proximités.
« L'opération Payez mobile ne se limite pas au seul paiement, note également Laurent Herbillon, directeur développement des services et innovations de Bouygues Telecom. L'objectif est évidemment d'animer cette fonctionnalité de paiement en lui greffant une multitude de services. » Des services bancaires (état et gestion de son compte, transfert d'argent, etc.) mais aussi des applications de marketing relationnel comme la gestion de cartes de fidélité ou le dialogue avec des publicités interactives permettant de télécharger des informations via les « tags » que l'on photographie ou que l'on enregistre directement grâce au système NFC de son mobile.
Encourager les consommateurs à s'équiper
Il est clair que des initiatives comme Illimithics, les forfaits illimités à l'Internet mobile récemment lancés par SFR, devraient accélérer le mouvement. Sans parler du projet Android de Google, qui consiste à créer une plate-forme ouverte et compatible avec tous les terminaux mobiles, et dont les premières applications sont prévues dès l'an prochain.
Si les Français commencent tout juste à découvrir les joies du marketing mobile, les Japonais, eux, ont depuis longtemps fait de leur téléphone le nouveau couteau suisse de la mobilité. Depuis deux ans déjà, au Japon, les produits physiques et les services sont plus nombreux à se vendre sur le mobile que les produits numériques, qui représentent encore l'essentiel des recettes du « m-marketing » en Europe. Mais les Japonais sont déjà passés à l'étape suivante, en se servant de leur téléphone portable comme d'un porte-monnaie. Les Coréens et les Autrichiens, notamment, s'y essaient également depuis quelque temps, mais c'est bien dans l'archipel asiatique que le phénomène s'est le plus développé. Les Japonais sont aujourd'hui près de 30 millions, soit un quart de la population, à avoir accès à ce service. Au-delà de ce paiement sans contact, dont l'approvisionnement ne peut toutefois excéder 75 euros, ils peuvent aussi collecter, via leur mobile, des informations, des coupons de réduction, des tickets virtuels, etc.
Points de vente sans contact
Le précurseur en la matière a été, dès 2004, le leader japonais de la téléphonie mobile NTT Do Co Mo, qui a créé pour l'occasion sa propre marque de carte de crédit et son service de crédit maison. Parmi ses partenaires, que McDonald's Japon vient récemment de rejoindre, on compte la compagnie ferroviaire East Japan Railway Company et le consortium Bit Wallet, dont il est actionnaire et qui développe un service de paiement sans contact dans plus de 40 000 points de vente et sites Internet au Japon. Au printemps dernier, son challenger, l'opérateur KDDI, s'est à son tour lancé dans l'aventure en partenariat avec le groupe Seven&I Holdings Co, qui possède 12 000 magasins et restaurants dans l'archipel. Cette dernière initiative compte déjà plus de 3 millions d'utilisateurs. Mais NTT Do Co Mo voit plus loin et travaille sur un prototype permettant d'effectuer un paiement... sans sortir son téléphone de sa poche !
1/3. Part de la population mondiale équipée d'un téléphone portable.
11,5 milliards de dollars. Valeur du marché mondial du paiement par mobile d'ici à 2011.
1,5 milliard de dollars. Investissements publicitaires prévus sur les mobiles dans le monde en 2007 (11 milliards en 2011).
52,5 millions. Nombre de lignes mobiles en France (83 % de pénétration).
70 % du parc est compatible multimédia mobile (30 % actifs).
22 millions de téléphones sont compatibles avec les services vidéo et MMS.
25 %. Nombre d'utilisateurs actifs de la 3G fin 2008 (14 % en 2007).
20 mois. Durée moyenne avant le renouvellement d'un téléphone mobile.
10 %. Part des mobiles qui embarqueront la technologie NFC d'ici à 2011.
77 % de la population française possède un téléphone portable, dont 94 % des 18-25 ans.Sources : Arcep, TNS Sofres, AFMM, SFR.
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