Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Médias

Comment Eurosport est devenue une usine à cash

06/11/1998

La chaîne de sport paneuropéenne dirigée par TF1 pourrait réaliser un milliard de francs de chiffre d'affaires cette année, avec plus de 10% de résultat net.

Cette année, les résultats d'Eurosport International, l'unique chaîne de sport paneuropéenne, devraient tutoyer ceux des grandes chaînes hertziennes, avec plus d'un milliard de francs de chiffre d'affaires. Quant à sa rentabilité, elle devrait dépasser allégrement les 10%. Une prouesse, lorsqu'on connaît la difficulté des chaînes thématiques à équilibrer leurs comptes.«Après TF1 et M6, Eurosport est une des plus belles réussites de l'audiovisuel français»,disent tous les spécialistes des médias. Les débuts furent délicats. Créée en février 1989, par les membres de l'Union européenne de radiodiffu-sion (UER), elle est alors dirigée par un certain Rupert Murdoch. En mai 1991, confronté à la loi antitrust, le tonitruant patron de Sky TV doit quitter le navire. TF1 en devient l'opérateur. Pour autant, la ligne éditoriale, définie dès l'origine par l'UER, n'a pas du tout changé:«La chaîne doit proposer tous les sports pour le plus grand nombre de téléspectateurs en Europe, elle doit être complémentaire des grandes chaînes existantes, se rapprocher le plus possible du public à travers des déclinaisons linguistiques et enfin se financer en grande partie grâce au marché publicitaire paneuropéen»,explique Angelo Codignoni, vice-Pdg d'Eurosport. Il suffit d'analyser les récentes décisions de régionalisation de poids lourds comme CNN ou MTV pour être convaincu du bien-fondé de cette stratégie. Mais avant d'être diffusée, comme aujourd'hui, en quinze langues dans quarante-sept pays, reçue par 78,3millions de foyers et d'employer cinq cent cinquante journalistes, les péripéties ont été nombreuses. Au début des années 90, Eurosport n'était pas la seule chaîne thématique sportive en Europe. La société TESN avait notamment déjà lancé sur les réseaux câblés français la chaîne TV Sport, soutenue par le groupe Canal+, la Générale d'images et la chaîne américaine ESPN. En 1993, pour mettre un terme à la guerre sanglante qui les oppose, les patrons des deux chaînes, Patrick Le Lay et André Rousselet, se rencontrent pour négocier les termes d'un rapprochement. La conversation se solde par une fusion des deux sociétés, TF1 restant opérateur d'Eurosport International avec 34% du capital, Canal+ et ESPN en prenant chacun 33%. Côté Eurovision, le consortium conserve son regard sur la ligne éditoriale. André Rousselet, anticipant une future concurrence frontale entre TF1 et Canal+, prend le soin de conserver une fenêtre française, d'environ 500heures par an, sur la chaîne paneuropéenne. Véritable chaîne dans la chaîne, TV Sport continue d'exister, mais seulement comme opérateur d'Eurosport France. Canal+, avec 34% du capital, en est l'opérateur. TF1 entre dans le tour de table avec 31%, la Générale d'images en prend 25% et ESPN 10%.

Une Europe miniature

À l'époque, tout reste à faire sur le plan publicitaire. Et c'est sur ce terrain qu'Eurosport International va marquer le plus de points, notamment à travers un gros investissement dans les études et le marketing.«C'est nous qui avons défini le mètre de la mesure de l'audience européenne»,indique Jacqueline Vogelbach, directrice commerciale de la chaîne, qui met en avant une audience cumulée quotidienne de 17millions de téléspectateurs.«Aujourd'hui, 95% des sociétés qui font de la publicité paneuropéenne sont présentes sur Eurosport, auxquelles s'ajoutent des budgets nationaux.»Plus important, les recettes publicitaires représen- tent à ce jour environ 60% des recettes totales de la chaîne contre 20% pour une chaîne thématique classique. Le solde provient des opérateurs du câble et du satellite. Entièrement coordonnée, sur le plan des programmes comme de la publicité, depuis son siège d'Issy-les Moulineaux, Eurosport International se plaît à ressembler à une Europe en miniature. La moindre retransmission sportive est au minimum commentée par quinze journalistes, sans compter les consultants. À l'équilibre depuis fin 1996, la chaîne propose 30% de ses programmes en direct - du football au tennis, en passant par le traktor pulling, qui plaît beaucoup aux Allemands - et bénéficie d'une notoriété rare sur le continent, en particulier parce que 93% de ses téléspectateurs la reçoivent dans leur langue maternelle. Certes, les droits sportifs du football et de la formule1 augmentent, mais moins vite que la progression annuelle - de l'ordre de 30% - des recettes publicitaires. La seule ombre au tableau pourrait bien être française. Après plusieurs anicroches, les rumeurs vont bon train autour du rachat de la chaîne concurrente AB Sports par le groupe Pathé, allié de Canal+. Le groupe présidé par Pierre Lescure aurait-il dans l'idée de contrôler totalement sa propre chaîne de sport, quitte à prendre du champ avec Eurosport International?

Envoyer par mail un article

Comment Eurosport est devenue une usine à cash

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.