
14/02/2008 - Derrière les premières photos officielles du trader de la Société générale, on trouve Christophe Reille, un ancien journaliste devenu porte-parole des personnalités mises en cause dans l'opinion.
Une séance photo avec l'Agence France-Presse (AFP) n'aura pas suffi à éviter la détention provisoire à Jérôme Kerviel. Mais elle aura au moins donné un visage plus amène au trader accusé d'avoir causé une perte de 5 milliards d'euros à la Société générale. Depuis l'irruption du scandale le 24 janvier dernier, le jeune homme qualifié par la banque de « terroriste » n'était connu que par une vilaine photo d'identité. Dernièrement, des clichés pris au téléobjectif à la brigade financière de Paris étaient parus dans Paris Match, moyennant, selon les estimations, plus de 100 000 euros. La rencontre avec deux journalistes de l'AFP, organisée le 5 février au cabinet de son avocate, a permis de faire connaissance avec un trentenaire calme et réservé, loin de l'image de l'opérateur boursier arrogant que l'on aurait pu lui prêter. Par la même occasion, la dépêche AFP a fait apparaître le nom du conseiller en communication qui a monté ce rendez-vous : Christophe Reille.
Ancien journaliste au Nouvel Économiste et à France Info, associé du cabinet de conseil Tilder jusqu'en décembre dernier, cet homme de quarante-trois ans est spécialisé dans les dossiers judiciaires. Il a conseillé Denis Gautier-Sauvagnac dans l'affaire concernant les retraits d'argent du syndicat professionnel UIMM (le Medef, quant à lui, s'appuyait sur Image 7, qui épaule aussi la Société générale). Il a également été le conseiller en communication de Noël Forgeard, ancien coprésident d'EADS, accusé de délit d'initié. Pour un connaisseur du monde judiciaire, il n'est pas étonnant de le voir aujourd'hui aux côtés de Jérôme Kerviel : « Dans le milieu des avocats pénalistes, tout le monde le connaît. Quand un client est en difficulté face aux médias, le réflexe est d'appeler Reille. Certains avocats, comme Jean Veil, le défenseur de la Société générale, n'ont besoin de personne. Ils connaissent tous les numéros de portable des rédactions. Mais d'autres ne maîtrisent pas cette matière-là. »
Un consultant qui nécessite quelques moyens
Facilement accessible sur son Iphone, Christophe Reille décrit simplement son rôle : « L'avocate de Jérôme Kerviel, Élisabeth Meyer, a jugé nécessaire que j'intervienne quand la masse des journalistes qui appelaient son cabinet empêchait ses propres clients de la joindre. Dans la mesure où tout le monde voulait avoir des photographies de lui, le meilleur moyen de les diffuser équitablement était de contacter l'AFP. Ensuite, il était normal que durant cette séance photo, un journaliste professionnel soit présent pour recueillir ses commentaires. » Le communicant assure n'avoir pas « coaché » le jeune homme sur son discours ou son style vestimentaire : « Je fais le métier d'attaché de presse, pas de manipulateur de presse. J'explique à mes clients comment fonctionnent les médias. Il n'y a pas de machiavélisme là-dedans. »
La présence de Christophe Reille en coulisses a tout de même révélé que le recours aux « spin doctors », ou conseillers de l'ombre, ne se limite plus seulement aux hommes politiques et aux patrons d'industrie. Un simple particulier, pour peu qu'il en ait les moyens, peut s'offrir les services d'un consultant. En Grande-Bretagne, les parents de la fillette disparue Madeleine McCann avaient eux aussi créé la surprise en recrutant un ancien journaliste de la BBC comme porte-parole. Quelle est la rémunération de ces conseillers de luxe ? Dans l'affaire Denis Gautier-Sauvagnac, le chiffre de 30 000 euros d'honoraires mensuels pour Tilder a circulé. Christophe Reille, lui, ne souhaite pas préciser la nature de son contrat avec Jérôme Kerviel.
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