
03/04/2008 -
Outre le fait de perdurer depuis trente ans, le disco a pour avantage d'être à la fois populaire et non segmentant. Symbole d'individualisme et d'hédonisme, son retour sur le devant de la scène est une aubaine pour les marques.
Concours disco au Gin Fizz, une boîte de nuit du Havre. Les Bee Kings se déhanchent sur une piste de danse pailletée. Bienvenue dans l'univers de Disco, le dernier film de Fabien Onteniente. À Franck Dubosc, version Didier Travolta, on adhère moyennement, mais à la bande-son, alors là, oui ! Daddy Cool, Sunny, It's raining men... Nostalgique de cette fin des années soixante-dix, le réalisateur s'est fait plaisir. C'est d'ailleurs la chance de son film : s'inscrire dans une tendance au retour de la musique disco. Soirées thématiques dans les boîtes de nuit ou fêtes événementielles avec boule à facettes pour les agences de communication sont désormais de bon ton. Même France 2 et France 3, qui ne sont pas partenaires du film, ont consacré des émissions au phénomène disco. Sur le portail Yahoo, les leçons de danse disco interprétées par Dubosc ont déjà été vues plus de 600 000 fois.
Poignée de tubes
La vague « glitter » (paillettes) déferle sur la France depuis quelques semaines. « Logique : on est en plein dans la période anniversaire de ces années Fièvre du samedi soir », souligne Cédric Troudet, responsable du marketing chez Studio Canal, distributeur du film Disco. Dans la publicité, certaines marques ont ressorti les vieux tubes. En janvier, le sucre Daddy, jouant de son nom, lançait une campagne au son du Daddy Cool du groupe Boney M avec l'agence BETC Euro RSCG. Même reprise pour les produits laitiers qui, sur les conseils de La Chose, ont choisi les Bee Gees, icônes disco, pour faire danser leurs petits squelettes en septembre dernier.
La naissance de la vague remonte à la fin 1977, le 16 décembre exactement, jour de sortie sur les écrans de La Fièvre du samedi soir avec John Travolta. Pendant longtemps, ce style musical a semblé cantonné à cette période, avec ses paillettes et shorts flashy. « Depuis peu, une jeune scène électro-disco est en train de renaître », souligne Fabien Brovelli, directeur général plurimédia de BETC. Un jeune musicien écossais, Calvin Harris, affirme même : « I created disco » ! Pour Florent Mazzoleni, journaliste et auteur du livre Disco (éditions Flammarion, 25 euros), « il ne s'agit pas d'un "revival" car le disco n'est jamais véritablement mort. La preuve : le succès rencontré par les compilations sur le sujet. » Des ventes qui, depuis trente ans, ne tiennent paradoxalement que sur une poignée d'interprètes et de tubes. Et ce mois-ci encore, la Fnac marque elle aussi le coup avec une opération commerciale proposant plus de cinquante références à prix réduit.
Dans le film de Fabien Onteniente, la ficelle du disco apparaît parfois usée. Pourtant, l'image du style musical est restée intacte au fil des décennies. Populaire, le disco n'est pas segmentant et touche toutes les populations. « C'est un mouvement hédoniste qui préfigure l'arrivée d'une forme de matérialisme et d'individualisme car ce n'est pas une danse de couple, affirme Florent Mazzoleni. Le disco est aussi synonyme de liberté grâce à une mixité sociale, raciale et sexuelle. Il a ainsi permis à la communauté gay de s'émanciper. » Une époque insouciante, dévouée au plaisir. Du pain bénit pour la publicité.
En danseur de disco, le comédien Franck Dubosc a séduit les marques bien avant la sortie du film. Les équipes de Studio Canal ont été très sollicitées : Super U, Darty ou Paru Vendu ont voulu faire du placement de produit. « La chaîne Buffalo Grill a tout de suite proposé à Fabien Onteniente que sa scène de restaurant entre Franck Dubosc et Emmanuelle Béart se passe chez elle », ajoute Olivier Bouthillier chez Marques et Films. Une exposition suffisamment intéressante pour que la marque mette à disposition son restaurant du Havre pendant deux nuits. De son côté, Fanta, qui n'apparaît pas dans le long-métrage, a mis son site Internet au rythme du disco, proposant des produits dérivés du film à gagner. Une opération menée par l'agence de promotion JCBE.
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