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Comment L'Événement a échoué

22/10/1999

Relancé par Hachette Filipacchi Médias en janvier dernier, le news magazine a été vendu le 11octobre à son fondateur Jean-François Kahn.

Best off 99». C'est sous ce titre que le dernier numéro deL'Événementest sorti jeudi 7octobre, avec une sélection des meilleurs articles publiés depuis le début de l'année. Racheté au groupe Lagardère par Jean-François Kahn, le news magazine sera relancé en novembre sous la forme d'un hebdomadaire culturel. Un nouveau chapitre se prépare dans l'histoire mouvementée de ce journal créé, il y a quinze ans, par... son nouveau propriétaire. Ce singulier aller-retour confirme, pour certains, la théorie du «news de trop». Depuis 1992, qui fut une année record avec une diffusion totale payée de 212586exemplaires, les ventes de l'hebdomadaire n'ont quasiment jamais cessé de décliner pour s'établir, l'an dernier, à 144906exemplaires. Pour d'autres,L'Événementest avant tout le journal d'un homme, Jean-François Kahn, dont le départ n'a jamais vraiment été digéré. Il est vrai qu'un dépôt de bilan à l'automne 1994, l'arrivée d'un nouveau propriétaire (Thierry Verret) en janvier 1995, et plusieurs plans sociaux avaient déjà fragilisé l'entreprise. D'autres font valoir que la nouvelle formule deL'Événement,lancée en janvier dernier sous la férule de Hachette Filipacchi Médias (HFM), avait permis de repositionner le journal sur un territoire «gauche libérale-libertaire» et de regagner du crédit sur le marché publicitaire. Le résultat est pourtant là: dix-huit mois après avoir pris le contrôle deL'Événementen mai 1998, Lagardère s'est résigné à tirer l'échelle.

Bilan contesté

La faute à qui? Georges-Marc Benamou, directeur de la rédaction depuis février 1997, est montré du doigt. Les journalistes deL'Événementn'ont pas de mots assez durs pour l'ancien directeur deGlobe.Dans une adresse aux lecteurs du journal qui n'a pas été publiée, la rédaction dénonce les responsabilités de sa direction, ses«choix éditoriaux désordonnés»,sa«désorganisation croissante»et ses«incohérences».Dans l'éditorial du dernier numéro deL'Événement,Georges-Marc Benamou défend pourtant son bilan.«J'ai le sentiment d'avoir assuré, durant ces trois années, la rénovation de ce titre. N'en déplaise aux Cassandre,L'Événementne se porte pas si mal: sa part de marché kiosque est la même qu'en 1995, moment effectif du départ de son fondateur, son portefeuille publicitaire est rétabli, et son image restaurée.»

Homme de réseaux

Sa personnalité controversée en fait certes un bouc émissaire. Familier des époux Lagardère, proche des écrivains-éditeurs Bernard-Henri Lévy et Jean-Paul Enthoven, il serait avant tout un homme de réseaux.«Quand Hachette Filipacchi Médias est devenu opérateur du journal, on s'est dit qu'on allait en être débarrassé»,se souvient un journaliste deL'Événement.Erreur. Dominique Pouchin, ancien directeur de la rédaction deLibération,est bien appelé à la rescousse en juin 1998 pour préparer une nouvelle formule, mais ses rapports avec «GMB», comme on le surnomme à l'interne, sont difficiles et il décide d'abandonner le navire six mois plus tard. Cet épisode achève de convaincre nombre d'observateurs de la duplicité de Hachette Filipacchi Médias. Lorsque Lagardère prend le contrôle deL'Événement,les espoirs sont pourtant grands au sein de la rédaction. Le groupe dispose de la force de frappe nécessaire pour relancer le titre. Gérald de Roquemaurel, Pdg de HFM, n'est pas partisan de la reprise deL'Événement,mais il s'exécute. Ce dossier relève de Jean-Luc Lagardère: le news magazine n'est d'ailleurs pas contrôlé par HFM mais par Holpa, une filiale de Lagardère qui détient notamment les haras de l'industriel. L'implication du groupe de presse dansL'Événementn'a pas vraiment frappé les esprits. Au siège du journal, rue René Boulanger, dans le 10e arrondissement de Paris, les poubelles, extincteurs et cendriers ont bien été mis aux normes maison, mais le groupe de presse n'aurait dépensé que 15% des sommes provisionnées pour les relances d'abonnement... Hachette Filipacchi Médias a-t-il volontairement laissé pourrir la situation pour forcer la main à Lagardère? C'est l'intime conviction des salariés deL'Événement.Quant à la version de l'entourage de Gérald de Roquemaurel, elle est tout autre:«Après des premiers résultats plutôt encourageants, on s'est rendu compte finalement que la mayonnaise ne prenait pas.»Un audit est réalisé au début de l'été 1999: le journal n'est pas du tout viable s'il conserve sa configuration présente. Approché au même moment par plusieurs candidats à la reprise, Lagardère prend en juillet la décision de principe de vendreL'Événement,un journal au capital duquel il est présent depuis septembre 1990. L'aventure aura, au final, coûté plus de 100millions de francs au capitaine d'industrie. Son dernier avatar laisse 27des 67salariés deL'Événementsur le carreau.

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