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Presse

Journaliste, un métier sens dessus-dessous

01/04/2016 - par Amaury de Rochegonde

«Le journalisme, une profession sens dessus dessous»: un débat organisé par la Commission de la carte d’identité des journalistes à l'occasion de son 80e anniversaire, mercredi 30 mars, a réuni plus d’une centaine de professionnels au Conseil économique social et environnemental. Animé par David Abiker, journaliste à Europe 1, il a donné une radiographie assez précise de la profession journalistique à l’heure de la crise de la presse, de la mondialisation de l’information et de la précarisation des carrières.

Professeur d’économie à Science-Po Paris, Julia Cagé a notamment fait part des dernières études statistiques qui montrent que la rémunération des journalistes se détériorent: sur les 35 928 cartes de presse attribuées en 2015, le salaire correspond en moyenne à 1,2 fois le salaire moyen alors qu’il était de 1,8 fois le salaire moyen en 1990. Et les 10% les mieux payés gagnent quatre fois ce que gagnent les 10% les moins payés. C’est là le signe d’une relative homogénéité sociale de cette profession avec le reste de la population, loin de l’image d’Epinal d’une corporation coupée du peuple et proche des pouvoirs ou des puissances d’argent.

A la lumière d’une étude sur la PQR depuis le milieu des années 2000, la chercheuse observe aussi une réduction des effectifs par média qui a des conséquences sur la qualité de l’information: «Derrière l’appauvrissement des contenus, il y a moins de production journalistique, moins de journalistes.» Paradoxe, alors même que le web a augmenté la capacité de publication, il facilite la reproduction d’un même contenu: «Une étude INA sur des médias d’information politique et générale atteste que plus de 50% de ce qui est produit en ligne est du copié-collé», pointe la chercheuse.

60% des femmes parmi les nouveaux titulaires

Christine Leteinturier, maître de conférences à l'Institut français de presse (Paris II), remarque aussi une «simplification du point de vue»: «La rédaction est vue comme un poste de coûts et non de recettes, on oublie trop souvent la valeur ajoutée des journalistes.» L'universitaire constate aussi une très grand homogénéité des journalistes en général, le plus gros secteur d'emplois étant encore la presse, qui réunit en 2012 64% des titulaires de la cartes de presse (72,8% en 1990), et plus spécifiquement la presse spécialisée. 60% des premières cartes de journalistes sont en outre aujourd'hui attribuées à des femmes. La part venant des écoles non reconnues par la profession a d'ailleurs plutôt tendance à augmenter (23,3% en 2013).

Eric Marquis, ancien président de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, rappelle de son côté que les condition d'attribution de la carte ont évolué pour faire face à une précarité grandissante. Dans les années 2000, décision fut ainsi prise de diviser par deux l'exigence de revenus mensuels tirés du journalisme, soit la moitié d'un Smic ou 627 euros pour la première demande. «Si on avait maintenu [les anciens critères] il y aurait des milliers de journalistes qui n'auraient pas leur carte».

Mais, a-t-il déclaré, «on observe une régression du salariat, avec des gens qui ne sont pas payés en salaires, et le développement de l'auto-entrepreneuriat qui est la négation du statut de journaliste». Impossible par exemple de faire valoir avec des factures ce que prévoit la convention collective des journalistes en raison de son ancienneté, notamment le bénéfice des clauses de conscience ou de cession. Faut-il pour autant retirer la carte de presse à ceux qui subissent ce système? «Certains nous disent qu'ils ne nous ont pas élus pour qu'on leur enfonce la tête sous l'eau», reconnaît Eric Marquis. Les syndicats, notamment le SNJ, mène actuellement campagne contre le statut d'auto-entrepreneur.

Tenir compte de l'évolution des usages

D'autres débats ont régulièrement lieu au sein de la Commission de la carte. Pour l'attribution du sésame, la tendance est à la souplesse concernant les professionnels venus des sites ou du numérique et plutôt à la rigueur s'agissant de l'infotainment, comme l'avait montré le refus adressé aux collaborateurs du Petit Journal de Canal +. Un clivage existe cependant concernant les community managers: «Certains disent que c'est trop marketing, d'autres qu'ils vaut mieux des journalistes que des marketeurs...»

Enfin Patrick Eveno, professeur à Paris I, invite la profession à réfléchir à l'évolution des usages: «Si le public s'enfuit des journaux, on n'y arrivera pas, même sous perfusion.» Celui qui est également président de l'Observatoire de déontologie de l'information plaide pour une instance tripartite qui représenterait les intérêts du public en cas de dérapage ou d'insuffisance des journalistes.

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