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Vivendi en discussions avancées avec Prisa pour racheter Digital+

05/12/2008 - L'actionnaire de Canal + négocie avec Prisa, dirigé par Juan Luis Cebrian (photo), pour devenir l'opérateur de la première télévision payante en Espagne. Il s'appuie sur Telefonica, le géant espagnol des télécoms, pour faire une offre commune évaluée à près de 2 milliards d'euros.

Juan Luis Cebrian, le directeur général de Prisa, l'a confirmé vendredi 5 décembre au cours d'une assemblée générale : Prisa est bien en discussions avancées en vue de céder sa filiale Digital + à Vivendi, l'actionnaire de Canal+. Le groupe français s'est associé dans cette opération à Telefonica, le géant espagnol des télécoms, mais il pourrait être l'opérateur du nouvel ensemble de 2 millions d'abonnés avec, selon le quotidien espagnol Expansion, 60% de son capital contre 40% pour Telefonica. Les autres candidats à la reprise, News Corp (Murdoch) et Tele Cinco (Berlusconi), semblent avoir jeté l'éponge.

Selon un porte-parole de Vivendi joint vendredi par Stratégies, les discussions sont encore très ouvertes : "Vivendi-Groupe Canal+ étudie la possibilité d'un partenariat avec Telefonica visant à évaluer l'éventuelle acquisition de Digital+. Les discussions sont à un stade préliminaire." Reste que Vivendi, et à travers lui Canal +, se trouve en position de reprendre de façon spectaculaire son développement en Europe, six ans et demi après avoir été contraint de sortir de la télévision payante en Italie (Telepiù) et de renoncer à toute implantation internationale en dehors de la Pologne.

En fait, c'est la conjonction de deux réalités qui explique l'arrivée possible de Vivendi en Espagne. La première est liée à la situation très délicate de Prisa.Historiquement présent dans El Pais mais aussi dans la radio avec la Ser et dans la télévision avec des parts dans Digital +, le groupe s'est lancé en 2007, à la mort de son fondateur Jesus de Polanco, dans une coûteuse politique d'expansion.

Expansion géographique d'abord avec le rachat du groupe portugais Media Capital, une part dans Le Monde (15%) et 140 stations de radios au Chili. Expansion verticale ensuite en lançant une offre de rachat de la totalité de Sogecable, l'entité qui regroupe Digital + et la récente chaîne gratuite Cuatro.

Problème : pour financer ces développements, Prisa a considérablement emprunté, au point que sa dette s'élève aujourd'hui à près de 5 milliards d'euros. Et le groupe est dans l'obligation de rembourser près de 2 milliards d'euros à ses créanciers d'ici au mois de mars. Or, 2 milliards, c'est justement le montant sur lequel va sans doute se négocier la vente de Digital Plus, soit la moitié de ce qu'en attendait Juan Luis Cebrian, le patron de Prisa, quand il a mis en vente sa filiale en décembre 2007.

En un an, l'action du groupe espagnol s'est effondrée de 78% et il a donc fallu démarrer un programme d'économies qui va de la vente du siège d'El Pais, journal qui a vu ses recettes publicitaires baisser de 20% en 2008, à la fermeture de stations de télévision locale (Localia).

De son côté, Vivendi ressort plutôt en grande forme d'années de consolidation en France. Et il a justement une ligne budgétaire de 5 milliards d'euros pour faire ses emplettes en Europe. Jusqu'à présent, cette somme était plutôt dévolue au rachat des actionnaires minoritaires de Canal + (Lagardère, TF1, M6).


Amaury de Rochegonde
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