
18/12/2008 - Plutôt que de retirer les œuvres mises en ligne sans autorisation, You Tube et My Space proposent aux ayants droit de percevoir des recettes publicitaires sur leur diffusion.
L'année 2008 aura été celle des premières tentatives, certes encore timides, de monétisation des contenus illégaux sur Internet. Autrement dit, de tirer parti des recettes publicitaires liées à des œuvres publiées sans autorisation. Une idée choc dans l'univers de la musique et de la vidéo, qui s'est développée depuis les réflexions sur la licence globale en France.
«Lors de l'examen de ce dispositif, de nombreuses solutions ont été envisagées en matière de rémunération du "peer to peer" [poste à poste], mais les organismes les mieux placés pour le décompte et la répartition y étaient réfractaires, à l'image de la Sacem», rappelle Jean-Samuel Beuscart, chercheur en sociologie et spécialiste de la musique numérique.
Ainsi, le projet de Qtrax, autoproclamé premier réseau mondial de peer to peer gratuit et légal, a fait sensation lors de son lancement au Midem 2008, le marché international du disque. Financé par la publicité, ce site américain de téléchargement de musique mise sur une idée audacieuse. Son fonctionnement est conçu selon les principes des réseaux peer to peer (Bit Torrent, E-Mule et Gnutella), condamnés pour leur utilisation à des fins de piratage par l'ensemble de la classe politique et de l'industrie musicale.
«Cette dernière commence à comprendre qu'il est impossible de mettre un terme au téléchargement illégal, explique Patrick Haour, responsable de la musique pour le site de promotion artistique Jamendo. Elle accepte l'échec des barrières de protection, mais elle cherche un nouveau modèle économique de référence. C'est la première industrie culturelle à être confrontée à ce phénomène d'accès gratuit et illimité aux contenus.»
Choisir entre diversité ou efficacité
Cependant, Qtrax a vécu une première année difficile. Ses promesses n'ont pas été tenues, notamment faute d'accords avec les majors du disque et les gros labels indépendants. De ce fait, son catalogue se restreint aux titres qui ont fait l'objet d'un accord avec les ayants droit. «En raison de son caractère bridé et hybride, Qtrax représente le pire des deux mondes, regrette Jean-Samuel Beuscart. Soit on garde le désordre riche et foisonnant du peer to peer sous une licence globale (certes le décompte est complexe, mais on arrive bien à rémunérer les artistes pour la diffusion de leurs musiques dans les cafés !), soit on revient à un portail de distribution centralisée qui sera plus efficace.»
Moins spectaculaires, mais peut-être plus avancées, les pistes suivies par You Tube et My Space participent aussi à cette recherche de monétisation. Il s'agit dans ce cas de tirer profit de l'audience des vidéos mises en ligne illégalement par leurs utilisateurs. Au mois de novembre, My Space a conclu un partenariat avec MTV afin de monétiser l'audience des clips de la chaîne musicale et des sketchs de Comedy Central. Lorsque de tels contenus seront mis en ligne par les internautes sur le site communautaire, ils seront détectés et des publicités ciblées seront alors affichées à côté. Elles permettront de rémunérer les ayants droit.
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Mots-clés :
piratage, monétisation, P2P, téléchargement
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