
18/12/2008 - La télévision est promise à de profonds bouleversements. Elle est menacée d'éclatement avec la suppression de la publicité sur les chaînes publiques et l'émergence d'Internet dans la consommation d'images.
Dans la journée du 15 décembre 2008, rares sont les individus connectés à un ordinateur qui n'ont pas vu les images de George Bush éviter une chaussure lancée à pleine volée par un journaliste irakien. Orange, MSN, You Tube ou Daily Motion ont tous diffusé la séquence, qui a été vue sur les plates-formes vidéo plusieurs centaines de milliers de fois en quelques heures. Elle avait déjà été largement partagée et commentée lorsqu'elle est arrivée sur TF1, dans le journal de 20 heures de Laurence Ferrari. Certes, pressé par le flux d'images incessant, l'internaute n'avait pas toujours pris le temps de s'informer en profondeur sur le journaliste ou sur la visite du président américain. Mais il n'a rien véritablement découvert en regardant son journal télévisé.
Pour que le téléspectateur y trouve son compte, il faut qu'il ait le souci d'une information fédératrice, qui crée du sens commun. La fonction des grandes télévisions n'est-elle pas de créer du lien social? Comme le rappelle le PDG de TF1, Nonce Paolini, il y a encore 25 millions de personnes qui continuent de se rassembler autour du prime time. «Contrairement aux chaînes de niches, les généralistes font en sorte que la société n'éclate pas», lâche-t-il au cours d'un colloque des Échos, le 9 décembre.
Si la société française n'explose pas, au contraire de la Grèce, le paysage audiovisuel, lui, est bien en voie d'atomisation. Et pas seulement à cause de la montée en puissance des «autres TV», qui pèsent désormais 26% de l'audience nationale, dont 12,7% sur la seule TNT.
La rupture est à la fois technologique et générationnelle. Au cours des trois derniers mois, selon une étude d'Ipsos Media CT, la consultation de vidéos sur des sites de télévision généralistes et des plates-formes de partage touche un internaute sur deux, soit 17,6 millions de Français pour les seuls portails généralistes ou les sites de partage de vidéo. Quand on les interroge sur les motifs de cette consommation, quatre internautes sur dix mentionnent la possibilité de choisir le moment de consultation du programme ou de rattraper une émission manquée.
Rupture temporelle
C'est ce qu'Orange a bien compris en concevant une télévision sur ADSL laissant une grande place à un visionnage interactif et délinéarisé (lire en page 40). Raoul Roverato, son directeur exécutif, s'en expliquait le 9 décembre: «Le matin, avant de partir à l'école, mes enfants mettent la chaîne 123 pour leur dessin animé. Quand ils reviennent, ils le retrouvent là où il l'avait laissé.»
Le sociologue Jean-Louis Missika, auteur d'un essai sur la Fin de la télévision (Seuil, 2006), insiste sur l'importance de cette mutation: «La délinéarisation est le produit d'un phénomène plus vaste lié à la réallocation des budgets temps. La nouvelle génération est en train de reléguer au second plan la télévision comme média dominant au profit d'Internet. Elle change de média de référence et de mode de consommation: ce n'est plus le programmateur mais l'internaute qui détermine l'agenda ou l'emploi du temps.»
Pour les éditeurs de chaînes, il faut donc espérer que les jeunes ne vont pas décrocher durablement des programmes de télévision en même temps qu'ils perdront le réflexe d'une consommation simultanée, à heure fixe. Déjà, Nonce Paolini reconnaît que ses propres enfants passent plus de temps sur MSN que devant leur petit écran. Et le démarrage des émissions de France Télévisions à 20h35 le 5 janvier, surtout si elle n'est pas suivie de l'ensemble des chaînes, risque de ne rien arranger.
La rupture avec un rendez-vous bien établi pour le prime time comporte aussi le risque de modifier des habitudes de consommation. Heureusement, toutes les grandes chaînes proposent désormais de la télévision de rattrapage (M6 Replay, TF1 Vision, etc.) ou de la vidéo à la demande (Canal+). Il s'agit d'éviter à des producteurs comme Disney ou Warner d'aspirer le public vers leurs propres sites de films ou de séries à la demande. Et de lutter contre les plates-formes de partage de vidéos telles que You Tube, avec leurs contenus pirates.
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Dossiers :
2008, année des médias.